- https://npnf.eu/spip.php?article1278 (Nouvelle parution (février 2026) "Antisémitisme : passerelles et tunnels mortifères 2002-2025", par Yves Coleman)
Le livre sera disponible début février 2026. 764 pages, 25 euros (frais de port inclus)
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Ce recueil contient des redites inévitables, puisque les « antisionistes » ânonnent sans cesse les mêmes arguments erronés, fondés sur des falsifications historiques, des préjugés judéophobes ou antisémites, des « théories » fumeuses, ou simplement leur ignorance.
J’ai parfois traité les mêmes questions sous des angles différents, au fil des années, en fonction de mes discussions avec des lecteurs et lectrices, ou avec des « camarades » ou « compagnons ».
Mes lectures et traductions concernant ces sujets m’ont amené parfois à changer d’avis et à nuancer certaines affirmations – processus normal pour quiconque essaie de réfléchir pendant deux décennies à des questions aussi difficiles.
J’ai ajouté, en note ou dans le corps du texte, quelques remarques, [en italiques et entre crochets], pour indiquer qu’elles ont été écrites en 2025.
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A cause de leur contenu très (trop) flou, j’ai unifié l’écriture de trois termes : « gauchistes », « ultragauches » et « antisionistes » en les mettant entre guillemets, choix que je n’avais pas toujours adoptés au départ.
Il me faut expliquer pourquoi et quel sens j’accorde à ces mots utilisés n’importe comment dans les médias, mais aussi par la gauche et l’extrême gauche.
1) « Antisionisme » et « antisionistes » : ces termes ont acquis depuis quelques années une signification douteuse, à force d’être utilisés à toutes les sauces. Anti-nationalistes, anti-chauvins ou antipatriotes sont des concepts plus clairs, car le sionisme ne constitue qu’une des formes du nationalisme et du chauvinisme qui divisent la classe ouvrière et dressent les peuples les uns contre les autres.
Qu’on le veuille ou non, la nébuleuse « antisioniste » va des fascistes aux islamistes en passant par l’extrême gauche, certains intégristes juifs ou de nombreux intellectuels ou politiciens simplement soucieux des intérêts nationaux de leur État dans le jeu géopolitique mondial.
De plus, j’ai placé ce concept entre guillemets pour quatre autres raisons :
– LE sionisme n’existe pas, parce qu’il a existé plusieurs sionismes ;
– comme le souligne David Hirsh [2018], le sionisme des « antisionistes » est un sionisme fabriqué et imaginaire ; le sionisme n’est qu’une forme de nationalisme et les nationalismes tendent à créer un État oppresseur. L’emploi abusif du terme « sionistes » par les « gauchistes » dans un sens injurieux, quasi synonyme de fas-cistes ou de nazis, va de pair avec leur soutien acritique à toutes sortes de nationa-lismes, de proto-États voire d’États dictatoriaux ;
– l’antisionisme historique a pris plusieurs formes avant le judéocide : reli-gieux, athée, socialiste, communiste, anarchiste, etc.
Même si les « antisionistes » actuels se revendiquent de tel ou tel courant ayant existé avant 1948, leur « antisionisme » moderne est entièrement « hors sol », essentialiste.
Comme l’explique Da-vid Hirsh [2018], le sionisme n’est plus une utopie ayant diverses facettes, mais une réalité matérielle : l’État d’Israël.
On ne combat pas de la même façon une idéologie (ou plusieurs idéologies concurrentes) et un État, à moins de vivre dans le ciel des idées et d’ignorer les réalités terrestres ;
– le sionisme proprement dit est mort en 1948 avec la fondation de l’État d’Israël. Depuis il existe un nationalisme israélien, ou plutôt plusieurs formes de nationalisme israélien.
2) « Ultragauches »
Ce terme journalistique devrait, en toute rigueur, désigner uniquement les oppositions de gauche à Lénine et/ou à Staline : les Gauches com-munistes italienne (Bordiga), allemande (Korsch) et hollandaise (Pannekoek, Gorter).
Ces militants s’opposaient à la direction de l’Internationale communiste qui prônait la participation aux élections et aux syndicats ; des raccourcis tactiques (front unique ouvrier, lettres ouvertes aux dirigeants « réformistes » pour les mettre au pied du mur, etc.) pour édifier des partis de masse ; et un soutien acritique aux luttes de libération nationale.
Ces courants exercent encore une petite influence théorique aujourd’hui, même si leurs descendants politiques n’ont construit aucune organisation de taille significative... à part Lotta comunista en Italie.
De plus, leurs idées ont été adop-tées/transformées voire déformées par de nombreux groupes-revues rejetant tout projet militant classique mais dont les écrits circulent grâce à Internet et aux ré-seaux sociaux.
Aujourd’hui, on a plutôt affaire à une mouvance « ultragauche » aux contours indéfinis (certains sont même très critiques par rapport à Marx lui-même) qu’à des courants structurés, comme cela a pu être le cas dans les années 1920 et 1930, voire jusqu’au début des années 1960.
3) « Gauchistes ».
A partir de 1968, particulièrement en France, le PCF a remis ce terme au goût du jour, pour désigner de façon méprisante et condamner les groupes qui prétendaient se situer à sa gauche.
En réalité, les « gauchistes » de l’après-68 n’avaient rien à voir avec les communistes de gauche des années 1920.
Au contraire, ils partageaient les positions de Lénine (favorables à la participation aux élections, à la construction d’un Parti régi par un introuvable « centralisme démocratique », aux luttes de libération nationale, et aux syndicats).
Leur critique de l’État (au-delà de sa fonction purement répressive) et du capitalisme manquait et manque toujours de profondeur.
Après la fin des régimes capitalistes d’État (URSS, « démocraties populaires » et Chine,), les militants « gauchistes » sont restés accrochés aux fondements de leurs idéologies.
Ils font preuve du même suivisme vis-à-vis des régimes du « Sud » (Cuba, Venezuela, Nicaragua, Iran, etc.). Face au retrait des grèves ouvrières, ils soutiennent également toutes les luttes partielles et parcellaires (quelles qu’en soient les bases objectives) de la société « civile » qui engendrent perpétuellement des « mouvements » dont ils ne prennent pas la peine d’analyser les causes, les idées, et l’évolution, selon le principe «
Tout ce qui bouge est rouge ».
Le gauchisme représente une mouvance très large et sans unité idéologique, même si elle se retrouve sur des thèmes et un langage « branché » communs.
Sympathisants et militants consultent toute sorte de sites « catégoriels » (féministes, anti-racistes, anticolonialistes, etc.) en fonction de leurs intérêts.
On peut aussi englober les « autonomes » français (appelés parfois « anarcho-autonomes », « totos » ou « appelistes »), mouvance aussi vague, sous la catégorie des « gauchistes ».
Un « gauchiste » est donc quelqu’un qui construit rarement ses raisonnements à partir de faits précis, d’une stratégie claire et compréhensible par tous, ou d’une activité politique ou syndicale visant à engranger une dynamique révolutionnaire classique de prise du pouvoir.
Le gauchisme du XXIe siècle résulte d’un mélange hybride entre des concepts classiques empruntés au mouvement ouvrier tradition-nel (marxisme, anarchisme, trotskisme, léninisme) et surtout d’autres concepts ou références venus des sciences sociales, ou d’idéologies réformistes comme celles dominant le mouvement altermondialiste (écologie, tiers-mondisme, keynésianisme, féminismes, identitarismes, etc.).
Parfois ce sont des militants sexagénaires qui ont modernisé leur langage et ont bricolé une idéologie ad hoc, mais ce sont surtout des trentenaires ou des quadragénaires formatés par l’université au cours des vingt dernières années et par les modes militantes…
Et cette mouvance influence parfois aussi certains humanitaires de gauche qui s’intéressent aux sans-papiers, ou les associations de quartier qui ont une approche mouvementiste.
Je n’ai pas réécrit les textes de ce volume, seulement supprimé des tournures maladroites, des répétitions, des passages inutiles, et les ai signalés par trois points de suspension entre crochets – […] –, quand il s’agissait de plusieurs mots ou phrases.
Enfin, pour limiter le nombre de notes, j’ai placé en fin de volume les références citées et une liste des traductions sur le sionisme et l’antisémitisme parues dans la revue et sur le site Ni patrie ni frontières.
Ces articles, écrits par des auteurs très différents, entretiennent un lien direct avec les sujets abordés dans ce livre.
N’étant ni écrivain, ni journaliste, ni universitaire, je prie les lecteurs et lectrices de me pardonner mes maladresses d’expression.
J’espère qu’ils et elles se concen-treront sur le fond, plutôt que sur la forme, et que ces textes les aideront à se poser quelques questions. (31 décembre 2025)
Yves Coleman
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