Tribune à signer contre le partenariat Pompidou-Hanhwa.
Nous, artistes, auteur.ices, chercheur.euses, travailleur.euses de l’art et de la culture, ex- ou invité.es potentiel.les des différentes institutions et festivals associé.es au Centre Pompidou, avons été alerté des liens entre le Centre Pompidou - Paris et le conglomérat coréen HANWHA, ouvertement impliqué dans les opérations militaires d’Israël sur les territoires colonisés et dans le génocide palestinien.
D’ici quelques semaines, la collaboration entre #Pompidou et la multinationale sud-coréenne aboutira à l’ouverture d’un centre d’art nommé Centre Pompidou Hanwha Seoul, fruit d’un précédent accord passé en 2023 (qui signe le premier accord entre Pompidou et ce marchand d'arme notoire dont la valeur boursière avait augmenté de 800% après le 7 octobre de cette même année).
Bien que la France se positionne comme le second pays exportant le plus d'armement au monde et refuse toute transparence quant à ses propres contrats avec l'armée israélienne, nous ne pouvons que déplorer qu’une institution comme le Centre Pompidou encourage et participe directement à l’enrichissement d’une puissance militaire aussi étroitement liée à des crimes de guerre.
Il est du devoir des institutions artistiques et culturelles autant que des travailleur.euses en leur sein de résister coûte que coûte à la banalisation des complicités génocidaires comme à la militarisation progressive du monde.
Hanwha, complice de génocide.
Hanwha prétend créer « un nouveau repère artistique et culturel à Séoul ». Or l'intérêt récent de la multinationale pour des projets culturels à grande échelle coïncide avec un renforcement des liens entre ses filiales et des sociétés israéliennes d’armes, notamment un contrat d’environ 800 milliards de KRW (600 M$) entre Hanwha et Elbit Systems.
Les initiatives culturelles de Hanwha Group via sa fondation dédiée constituent un cas‑type d’art‑washing, où les profits tirés du génocide sont investis dans l’art afin de dissimuler les crimes et les violations du droit international commises avec les armes produites par l’entreprise.
Ajoutons également qu'outre les entreprises d’armement israéliennes Elbit System et Elta System avec lesquelles Hanwha collabore, la multinationale commerce également avec d’autres entreprises occidentales impliquées dans le génocide.
Diplomatie culturelle, faillite morale.
Côté Pompidou, la création de ce centre s'inscrit dans le cadre du programme « Centre Pompidou Constellation ». La marque muséale – puisqu’il faut l’appeler ainsi – compte déjà des lieux à Bruxelles (2018), Shanghai (2019) et Malaga (2015). Elle vise désormais à développer de nouveaux projets à Paraná (2027) et Jersey City (2030). Futur hub est‑asiatique de cette expansion stratégique, le centre de Séoul devrait ouvrir en juin 2026, année du 140ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France. La centralité d’une entreprise comme Hanwha dans les liens entre la France et la Corée du Sud nous alerte. Ce pays est une puissance militaire régionale à l’industrie d’armement florissante et comptait en 2024 parmi les dix pays exportant le plus d’armes au monde. Allié historique d’Israël, il compte encore plusieurs bases militaires américaines sur son territoire où stationnent toujours entre 20 000 et 30 000 soldats états-uniens.
Ne nous y trompons donc pas : il ne s'agit pas de créer un pont entre la culture française et la culture coréenne. Nous déplorons les méthodes et stratégies expansionnistes de ce soft-power culturel, autant que ses objectifs. Cette stratégie accroît la marchandisation de l’art, en imposant aux grands musées, notamment occidentaux, de devenir des entreprises qui s’exportent et nouent des partenariats avec des multinationales et fonds privés.
Nous dénonçons la transaction que ces politiques imposent à la culture : en échange du financement de l’art, les institutions blanchissent l’image d’acteurs néfastes. Le partenariat Hanwa-centre Pompidou en est un triste exemple, puisque la galerie occupera une extension neuve du 63 SQUARE, siège actuel de l’entreprise coréenne. Ironie sinistre, l’exposition inaugurale portera sur le cubisme, avec des œuvres notables de Pablo Picasso et Georges Braque dont nous rappellerons l’engagement contre la guerre.
Parce que la vision de l’art et des institutions culturelles que nous défendons et dont le Centre Pompidou se targue publiquement ne peut s’associer à cette entreprise, nous demandons la rupture immédiate de ce partenariat et appelons à refuser toute intervention ou nouvelle collaboration avec les institutions liées au Centre Pompidou et ses « succursales » tant que cette demande ne sera pas adressée. Nous invitons également les multiples travailleur.euses et syndicats solidaires de ces revendications au sein de cette institution à interpeller leur direction de la manière qui leur semblera la plus adaptée.








