Je reste sur l'idée que l'on devrait renommer nos concepts en tenant compte des réseaux sociaux; qui favorisent, donc, des réponses traumatiques.
Lorsque des personnes affectées sans le savoir par nos oppressions se socialisent politiquement sur le web 2, c'est-à-dire dans la rue, elles voient la valorisation d'outils pertinents (par rapport à l'électoralisme et à Mastodon) comme des injonctions à produire "pour la cause" des réponses traumatiques chez leurs proches et leurs camarades, ce qui a pour mérite, du point de vue d'une multinationale états-unienne de l'information et de la communication, de les isoler de leurs proches, mais aussi pour effet de fragmenter le milieu militant de l'intérieur.
(Nos oligarques étaient sans doute incapables de prévoir que l'on y résisterait avec tout ce qui nous resterait de dignité, et donc qu'ils gamifieraient la résolution de problèmes sociaux; bref que l'on se retrouverait avec 5% de syndicalistes en puissance, accro à la consommation et à la production de ressources.)
Pour le milieu militant, le web 2 et plus généralement la technologie sont un énorme angle mort. On a des assos influentes prenant au sérieux le marché, la loi, et les normes, mais celles traitant la technologie sont généralement ignorées, voire déconsidérées en réaction à un antivalidisme NIMBY, lui-même réac, faisant passer à la trappe les besoins de nos propres adelphes, sans parler de ceux des personnes valides.
S'il est vrai que le milieu militant devrait prendre au sérieux le changement de notre environnement numérique, nous avons dès aujourd'hui la possibilité de tenir compte du contexte traumatique et réactionnaire dans lequel nos audiences accéderont à nos idées.
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Il y a des raisons à ça, mais ça implique que l'on doive renommer nos concepts. Lorsque l'on parle de "masculinité toxique", on parle bien évidemment de dispositions genrées dont souffrent les femmes mais aussi les hommes, qui nous oppressent mais qui mettent aussi les hommes en échec.
Lorsque des personnes étrangères à nos sphères d'abstraction conceptuelle, victimes de maltraitance numérique, découvrent sur les RS le féminisme, elles comprennent intuitivement que "la masculinité" serait "toute manière pour un homme d'être et de se vivre comme un homme", et qu'on qualifierait donc l'état, l'essence d'un homme comme indissociablement toxique.
C'est particulièrement délétère pour les populations prenant le web pour un lieu de vie: des victimes de maltraitance et des personnes structurellement improductives, c-à-d. notamment des cancres, donc majoritairement des enfants de pauvres; des personnes LGBTIAQ+ dans le placard; et des personnes ayant un handicap invisible (trouble neuro-développemental non-diagnostiqué, comme l'autisme et le TDAH; ou/et toute maladie rare pouvant amener à croire qu'untel serait bête, paresseux, et "en [ferait] des caisses").
D'émancipateur, ce concept devient extrêmement, intimement violent.
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