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Liquidité ou solvabilité ?

https://www.didiermary.fr/notes/liquidite-solvabilite/

Liquidité ou solvabilité ? Pour toute entreprise en difficulté, à un moment donné les créanciers et toutes autres personnes concernées, comme les salariés par exemple, peuvent se poser la question s’ils font fassent à une « simple » crise de liquidités, liée à un manque temporaire d’argent auquel il est possible de remédier a priori, ou à un sévère problème d’insolvabilité, du fait d’un bilan déséquilibré par une absence de valeur concrète des activités.

Si l’on prend pour exemple récent et retentissant, le cas de FTX, la bourse d’échanges de cryptos qui a brutalement explosé en vol fin 2022, l’entreprise de Sam Bankman-Fried, désormais condamné et emprisonné, faisait entendre que sa société souffrait d’un « simple » problème de liquidité. En réalité, l’entreprise était tout bonnement insolvable. Que recouvrent ces termes et pourquoi est-il important de savoir faire la différence ?

Le marché des cryptomonnaies est l’un des plus touchés depuis plusieurs années, car les entreprises du secteur sont confrontées les unes après les autres à des « crises de liquidité » qui les obligent à stopper les retraits des utilisateurs (en mode « HODL » forcé comme faisait Celsius ci-contre) ou en limitant les fonctionnalités de leurs comptes « en attente de vérification des informations fournies ou KYC » (comme c’est actuellement le cas sur la bourse d’échanges Coinbase) ou à réduire le niveau des prêts pour celles qui pratiquent ce type d’activité.

Lorsque l’économie, ou une société, dispose d’un flux financier continu, tout le monde se réjouit, car l’argent est « facile » à obtenir. Quand les cordons de la bourse se resserrent, les grincements de dents commencent : la survie devient un enjeu crucial et un combat de tous les instants.

En réalité, lorsque l’illiquidité devient si grave que l’entreprise se retrouve en faillite, le problème n’est presque certainement pas lié à un manque d’accès à un flux d’argent, de liquidités que banques ou partenaires pourraient venir combler s’ils jugent que prêter est un choix pertinent, mais démontre tout simplement son insolvabilité : ses actifs, ce qu’elle détient en propre pour garantir son existence, ne lui permettent pas ou plus d’offrir au marché une certitude quant à sa solidité financière.

Pour être totalement honnête, les acteurs du monde cryptos ne sont pas les seuls à déclarer souffrir de « crises de liquidités », alors qu’ils sont en réalité insolvables. Les institutions financières traditionnelles sont tout aussi susceptibles de dire que tout ira bien, si seulement quelqu’un veut bien leur prêter un peu plus d’argent.

Toute entreprise peut se remettre d’une éventuelle crise de liquidités dès lors qu’elle est saine et que les actifs dont elle dispose ont de la valeur sur le marché. En revanche, prêter de l’argent à une entreprise qui fait faillite parce que son modèle économique est corrompu, et/ou non viable à terme, revient à jeter de l’argent par les fenêtres. Il est donc important de savoir de quoi souffre réellement une société qui ne se porte pas bien.

Comme pour une plante, on peut arroser une société d’argent frais pour lui permettre de traverser une période de sécheresse. Mais si elle est malade, aucune quantité d’eau ne pourra la sauver.

On définit généralement l’insolvabilité comme une « incapacité à honorer ses obligations à l’échéance prévue », ce qui, effectivement, à première vue, ressemble beaucoup à une pénurie de liquidités, qui empêche de solder ses dettes.

Mais une période d’illiquidité n’est pas nécessairement synonyme d’insolvabilité :

  • Supposons qu’une entreprise possède beaucoup d’actifs à long terme, mais très peu de liquidités courantes, et soit soudainement contrainte de rembourser une grosse somme sur le marché financier. Elle doit trouver dans l’urgence de l’argent. Si elle trouve des acheteurs pour ses actifs ou des prêteurs disposés à lui avancer des liquidités en échange ou en nantissant ces actifs, elle peut alors honorer ses obligations. Elle n’est donc pas insolvable !
  • A l’inverse, si les actifs de l’entreprise se composent principalement d’une grande quantité de créances sur d’autres entreprises qui traversent également une crise de liquidité, et qui, par conséquent, vont elles-mêmes potentiellement faire défaut à leurs obligations, personne ne va se précipiter pour acheter ses actifs ou prêter de l’argent avec ces actifs en garantie.
    L’entreprise ne peut donc faire face à ses obligations : elle est effectivement insolvable.

Ces problématiques sont encore bien visibles dans le petit monde des actifs numériques, qui ont le potentiel pour déclencher des crises systémiques, et des crises profondes à répétition. Quelques exemples :

  • lorsque le bilan contient une grande quantité de jetons qu’ils ont eux-même émis, FTT par exemple pour FTX, BNB pour Binance (mais les détenteurs de bitcoins font souvent pareil…). Les entreprises qui fonctionnent ainsi ont une forte à comptabiliser leurs réserves au prix du marché courant (mark-to-market). Bonne chance pour liquider les jetons en cas de besoin, surtout si leurs cours s’écroulent… L’insolvabilité probable est inscrite au bilan.
  • lorsque des entreprises sont « reliées les une aux autres » par des chaînes de créances, une entreprise insolvable dans la chaine entraîne un effondrement en cascade dans tout un secteur (Terra => Three Arrows => Voyager par exemple).

L’exemple par excellence, c’est Tether. En théorie, les jetons de type « stablecoin » doivent être adossés à une réserve équivalente en dollar US, par exemple, dans un compte bancaire, sauf lorsque ce n’est pas le cas. Ainsi, depuis fort longtemps, Tether Inc. sort des milliards de tethers de son chapeau sous forme de prêts, et inscrit dans ses livres le prêt lui-même comme garantie.
Certes, les banques le font aussi, mais au moins elles agissent dans ce cadre en conformité avec les régulations existantes.

Terra et son jeton « UST », garanti en bitcoins, juste avant le Krach !

Il convient aussi de se méfier des bilans où apparaissent de grandes quantités d’actifs incorporels – intangibles et non monétaires, dont, en général, on ne peut se débarrasser facilement – car les sociétés concernées sont les plus susceptibles de se retrouver dans une situation d’insolvabilité catastrophique, si le marché décide de ne plus les supoorter à un moment donné.

Pour conclure, que l’on parle liquidité ou solvabilité, il convient de ne jamais oublier que l’écosystème des actifs numériques ne crée pas d’argent, bien qu’il y ait des factures à payer : l’argent des investisseurs, surtout celui injecté par le grand public (retail) est absorbé et recyclé, voire blanchi, de diverses manières.
Les acteurs crypto ne sont que des vampires.
Ils vendent des promesses d’enrichissement… dans un « nouveau » monde dont ils seront les maîtres absolus. Si vous participez, vous ne faites que dépenser votre énergie et votre argent pour rien.

#Bitcoin #Cryptomonnaies #FutureOfFinance

Liquidité ou solvabilité ? - Didier J. MARY (blog)

Liquidité ou solvabilité ? Que recouvrent ces termes de la finance et pourquoi est-il important de savoir faire la différence ?

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