Ce livre est probablement lâun des plus importants que jâai lus ces derniĂšres annĂ©es. En une succession de courts chapitres oĂč elle se raconte, HĂ©lĂšne Giannecchini affirme quâun autre monde est possible, quâelle le vit, quâil est possible dâĂ©chapper Ă la famille biologique pour se fabriquer une famille choisie, de dynamiter les catĂ©gories dans lesquelles on nous enferme, amour, amitiĂ©, couple, dâinventer des relations pour lesquelles il nâexiste mĂȘme pas encore de mots mais oĂč lâon sâaffranchit des deux ou trois modĂšles uniques auxquels la sociĂ©tĂ© essaie de nous faire croire quâil nâexiste pas dâalternative. Je savais bien sĂ»r que cela existait, mais HĂ©lĂšne Giannecchini met ici ces alternatives en mots, parle de sa vie, et cela fait beaucoup de bien.
Elle aborde Ă©galement un autre sujet qui mâest cher, celui de la mĂ©moire des vies minoritaires. Lâhistoire nâest que le rĂ©cit des gens qui ont gagnĂ© et effacent les vies des perdant·es. Je sais depuis longtemps lâimportance de faire vivre la mĂ©moire des Ă©ternel·les vaincu·es, ma famille de cĆur. Mais les expĂ©riences libertaires ne sont pas les seules Ă toujours ĂȘtre effacĂ©es. Les vies queers le sont Ă©galement, et cet effacement rend trĂšs difficile de se sentir appartenir Ă une histoire, une communautĂ©. Dans plusieurs chapitres, HĂ©lĂšne Giannecchini explore donc la mĂ©moire, se cherche une famille en faisant revivre des queers dâavant, en interrogeant le rapport difficile des nouvelles gĂ©nĂ©rations aux annĂ©es SIDA.
Câest lâun de ces livres quâaussitĂŽt rendu Ă la bibliothĂšque jâai Ă©tĂ© acheter pour le faire tourner autour de moi.
(comment on Un désir démesuré d'amitié)