Puisque vous aimez les cascades périlleuses, (voir sondage précédent), et les questions irritantes, lançons-nous dans la question qui fâche :

QU’EST-CE QUE LE PEUPLE JUIF ?

Disons-le tout net, le sujet est complexe. Et ce pour plusieurs raisons :
1) Personne n’est d’accord sur la définition du mot « peuple ».
2) Nous, Européen.ne.s du XXIe siècle, sommes baigné.e.s dans une définition conceptuelle du « peuple » assimilable à celle de « nation », directement héritée de la Révolution française.
3) L’antijudaïsme puis l’antisémitisme, ont transformé la conception de ce que sont les Juifves, d’une confession religieuse à un groupe à part, en passant par une race.
4) On tend à dénier aux Juifves la définition qu’iels se donnent pour eux-mêmes. C’est une façon de nier leur identité et leur agentivité, car elle ne correspond pas nécessairement et totalement aux canons contemporains de la conception du « peuple ».

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#antisemitisme #HistoireAntisemitisme

Disclaimer : ce fil contient des morceaux de Torah, des morceaux d’ouvrages historiques, mais aussi des extraits de pop culture, car ici, on aime les sources sûres, et détendre l’atmosphère.

Et pour les universitaires, si vous trouvez des éléments fautifs, ou complémentaires, n’hésitez pas à apporter votre grain à ce modeste château de sable.

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Pour comprendre le propos qui va suivre, il faut garder à l’esprit un élément fondamental : la notion de « peuple » n’a pas la même signification en – 1500, en 1492, ou en 2025. Êtes-vous prêt.e.s à garder ceci en arrière-plan de votre lecture ?

-------- Le peuple juif dans la Torah --------

Souvenez-vous, la Torah est une des parties du Tanakh, cet ensemble de textes sacrés que l’on nomme parfois Bible hébraïque.
La Torah est composée de 5 livres, que l’on nomme en français Genèse, Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome.

On peut dire que c’est un texte ambitieux : il définit des lois religieuses, réfléchit à de grandes questions éthiques, mais surtout, il raconte une très longue histoire, qui va de la création du monde à Moïse, en passant par Adam, Abraham, Noé , toustes leurs ami.e.s, et leurs ennemi.e.s, aussi.

Voici concrètement à quoi cela ressemble aujourd’hui : un rouleau de Torah (celui-ci date du XVIIIe ou XIXe siècle, et vient du pourtour méditerranéen).

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Dans la Torah, le dieu unique se révèle à Abraham et fait un pacte avec lui : si Abraham accepte de professer le monothéisme, alors, une terre sera donnée à ses descendants, la terre de Canaan. C'est l'alliance. Abraham, très motivé, fait ce qui lui est demandé, et il en est de même pour ses descendants, dont Jacob, que l’on nomme Israël. Les descendants de Jacob sont donc les « béné Israël ». Les enfants d’Israël (« ben » veut dire « fils de »).

Si la Torah est un livre religieux, et ne peut être pris intégralement comme source historique, la région de Canaan a bien existé ; elle se situait entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée, d’Est en Ouest, et de Lattaquié, en Syrie actuelle, au Nord, à Réïm, près de l’actuelle bande de Gaza.

Dans la Torah, ces descendants sont réduits en esclavage pendant 400 ans (oui, oui, comme dans la chanson de Bob Marley lorsqu’il fait référence à l’esclavage des afrodescendants).

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Ni une, ni deux, Moïse libère son peuple, le fait sortir d’Égypte en fendant la mer Rouge, reçoit les Dix Commandements au sommet du mont Sinaï, se heurte à l’incrédulité et à l’idolâtrie de ses congénères hébreux, pique une colère, casse les Tables de la Loi, remonte sur le Sinaï, redescend avec un nouvel exemplaire, et maintenant ça va bien, eh, ho, Moïse mène les Hébreux décidément très râleurs jusqu’aux portes de la Terre promise.

Une épopée incroyable, qui montre que, comme dans la B.O du dessin animé Prince d’Egypte, chantée par Mariah Carey et Whitney Houston :
There can be miracles when you believe
Though hope is frail, it's hard to kill
Who knows what miracles you can achieve?
When you believe, somehow you will

Comme il n’a pas tout accompli pour qu’on l’oublie, Moïse met tout ça par écrit.

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Selon la Torah, il y a donc un peuple, le peuple d’Israël, soit les descendants des Hébreux qui ont réussi à sortir d’Egypte.

Cependant, la Torah est un texte sacré. On peut y croire, entièrement, littéralement, ou partiellement, ou pas du tout.

Il n’a pas de valeur historique au sens moderne du terme, car il procède d’un régime d’historicité très différent du nôtre, qui consiste à dire les faits, et à les classer selon un ordre chronologique vérifié.

Mais ce qui vient de vous être présenté, c’est la notion de peuple juif, ou peuple d’Israël, selon la Torah.

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--- Le peuple juif selon l’histoire ---

En histoire, on croise des sources.

La source la plus ancienne mentionnant un peuple d’Israël date du XIIIe siècle avant J.-C. C’est une stèle en marbre, parce que chez les pharaons, on aime les matériaux nobles, on est pas chez Valérie Damidot ! Une bonne grosse stèle de 3,20m sur 1,60m !

Le recto de la stèle fut utilisé par Amenhotep III, et le verso, par Mérenptah, treizième fils de Ramses II.
Sur ce verso, Mérenptah relate sa victoire militaire en pays de Canaan, et précise : « Israël est dévasté, sa semence-même n’existe plus ».

On voit le terme « Israël » apparaître à nouveau sur la stèle de Mesha, au IXe siècle avant J.-C.

Ce peuple qui abrite donc la naissance du monothéisme vit donc bien en Canaan à cette période, même si ses contours demeurent flous. On sait qu’au Xe siècle, existe un territoire dans les monts de Judée, entouré de petits fortins, et qui comprend Jérusalem.

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Des royaumes hébreux naissent entre les Xe et VIe siècles avant J.-C. Là encore, les contours, la chronologie, pour les premiers siècles, sont brumeux.

Le premier roi d’Israël connu est Saül, mentionné dans la Torah, mais on sait de lui peu de choses vérifiables par l’archéologie. Israël Finkelstein, archéologue qui fut directeur de l’institut d’archéologie de l’Université de Tel-Aviv, pense que Saül a bien existé, mais qu’il ne régnait pas sur un royaume unifié.

Ce dont on est certain, c’est qu’au VIIIe siècle, deux royaumes se côtoient : celui d’Israël (ou de Samarie) au Nord, et celui de Juda au Sud. D’ailleurs, le mot « juif » vient de judéen, habitant du royaume de Judée.

Si l’on suit une définition ethnique (une ethnie, c’est un groupe d'êtres humains qui possède, en plus ou moins grande part, un héritage socio-culturel commun, en particulier la langue), les Juifves sont donc les descendant.e.s de ce fameux royaume de Juda.

Mais cette histoire n’est pas finie !

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Ces royaumes sont entourés de voisins plus ou moins alliés, plus ou moins hostiles, plus ou moins puissants, tels que les Égyptiens. Autrefois ennemis, les petits royaumes d’Israël et de Juda tentent de s’allier aux Égyptiens pour faire le poids face aux autres, mais peine perdue !

Au VIIIe siècle avant J. C., les Assyriens détruisent le royaume d’Israël, puis au VIe siècle avant J.C., c’est le tour du terrible roi Nabuchodonosor, de conquérir le royaume de Juda. Nombre d’habitant.e.s fuient et vont s’installer autour de la Méditerranée. A leur contact, des locaux se convertissent au judaïsme de cet époque, qui est alors prosélyte. Mais surtout, des dizaines de milliers de Juifves sont déportés en exil à Babylone.

Oui, oui, comme dans la chanson de Boney M., qui n’est autre qu’un extrait des Ketouvim (les Hagiographes) : « Sur les rives de Babylone, nous étions assis, et nous pleurions, en nous remémorant Sion ».

(Sion est un nom pour Jérusalem).

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Adieu Jerusalem, adieu le Temple, détruit !

Cet épisode de l’histoire est important, car un siècle avant l’exil à Babylone, le roi de Juda nommé Josias, pour asseoir son pouvoir et fortifier son petit royaume menacé, avait lancé une réforme religieuse, en unifiant la mise par écrit de parties de la Bible hébraïque, notamment les Devarim (ou Deutéronome).
Or, les exilé.e.s à Babylone continuent la rédaction du texte : iels n’ont plus de terre, plus de roi, plus de temple, mais iels veulent garder leur identité et leurs traditions !

Un grand empire en chasse un autre : en -539, Cyrus II, le roi des Perses, s’empare de Babylone. Les Perses sont beaucoup plus smooth que les Assyriens ou les Babyloniens avec les peuples vassaux. Cyrus II libère donc les exilé.e.s.

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Beaucoup retournent autour de Jérusalem, reconstruisent le Temple. Mais nombre d’entre elleux restent à Babylone, car iels ont fini par y avoir une famille, une activité économique. Entre ces personnes et celles qui s’étaient installées autour de la Méditerranée, c’est un peu le début de la diaspora juive.

Mais décidément, les grands empires se succèdent : en -63, les Romains s’emparent de la Judée. Au départ, ils essaient de ne pas trop froisser les habitants. Ils établissent leur siège sur le littoral et non à Jérusalem, ils laissent une relative autonomie à cette province, parois gouvernée par un roi de Judée, comme Hérode Agrippa.

Au Ier siècle, ça se gâte ; la Judée est en crise, les Judéen.ne.s subissent les brimades du pouvoir romain, du gouverneur Florus à l’empereur Néron, des Syrien.nes avec lesquels iels cohabitent, et une agitation religieuse accroît cette ambiance bouillante.

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La guerre est déclarée, elle est sanglante et d’une violence extrême. Les Romains l’emportent en 70 après J.-C. : assiégié.e.s, affamé.e.s, divisé.e.s, les Judéen.ne.s voient le Temple détruit, pillé.

Encore une fois, un grand mouvement d’exil se produit : la Judée perd toute autonomie, le Temple ne sera jamais reconstruit, c’est la deuxième diaspora. Les Juifves se dispersent autour de la Méditerranée, et en Orient.

Au bout de ce (long) cheminement historique, vous avez compris que le peuple d’Israël, ou peuple juif, s’entend tout d'abord comme attaché à un territoire, mais se trouve à plusieurs reprises en exil. Il forme une diaspora, qui, au fur et à mesure du temps, se colore des coutumes, des langues des territoires qui l’accueillent.

Il lui reste en commun le souvenir de l’exil, et la Torah écrite, à laquelle s’ajoute le Talmud (Torah orale, mise par écrit, qui devint alors le fondement du judaïsme rabbinique tel qu’on le connaît aujourd’hui).

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Bon.

Vous nous direz, tout cela est très ancien. Cette histoire commence avant les Gaulois, avant les Romains … Et ces Juifves ont beaucoup voyagé, volontairement ou contraint.e.s. Iels se sont mélangé.e.s, ont intégré des converti.e.s, ont adopté des enfants, ont fricoté à droite, à gauche, comme tout le monde.

----- Aujourd’hui, qu’est-ce que le peuple juif ? ------

Eh bien tout simplement la somme de tous les individus qui consentent à y appartenir, c’est à dire qui se subjectivent comme tels.

Ceci est important et nous y reviendrons.

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Aussi différent.e.s qu’iels soient, les Juifves partagent au moins un des éléments qui suivent :
- un rapport à la Torah et aux histoires qu’elle raconte, qu’iels y croient ou non
- un rapport à l’hébreu, (qui est demeuré la langue de communication internationale lorsque les communautés juives de la diaspora voulaient communiquer entre elles, notamment pour des raisons religieuses), qu’iels le parlent ou non
- un rapport à l’exil : avoir été une minorité nationale, partout, tout le temps, depuis au moins 70 après J.-C., jusqu’à l’émancipation pendant la Révolution française, voire jusqu’en 1948 pour celleux qui sont allé.e.s vivre dans le tout nouvel État nommé Israël

C’est une identité qui entretient un rapport particulier au temps et à l’histoire.

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Philip Roth, l’écrivain juif, dit que « les Juifs sont à l’histoire ce que les Eskimos sont à la neige ».

Évidemment, Roth ne connaît rien aux Inuits, mais il s’y connaît en Juifves (et en tas de choses pas très catholiques). Peut-être veut-il dire que les Juifves ont un très long passé. Ou que les Juifves sont habité.e.s par le passé. Ou que les Juifves sont une écriture du passé. Ou que l’écriture du passé est la judéité. Ou que l’identité juive traverse les Juifves en suivant un axe chronologique. Ou que l’écriture du passé est le « milieu naturel » des Juifves.

On n’en sait rien. Et puis on ne va pas laisser un écrivain définir l’identité d’un groupe qui compte 14 millions de personnes environ. Non ?

Car si la question « qu’est-ce que le peuple juif ? » ne cesse d’être posée, c’est qu’elle est un irritant régulier, que les sociétés qui sont habitées par des Juifves aiment beaucoup gratter, triturer. C’est une question politique.

15/20

Les Européen.ne.s, et surtout les Français.e.s, ont une autre notion du « peuple ».
Depuis la Révolution française, le peuple, c’est la nation. Et la nation selon la Révolution française, c’est surtout un ensemble de personnes qui, au-delà des différences culturelles, religieuses, ...etc, décident de se gouverner elles-mêmes, et ensemble. Un peuple au sens moderne, et occidental, c’est un ensemble d’individus vivant sur un même territoire, régis par les mêmes lois, gouvernés par les mêmes institutions.

Tout le contraire de ce que l’on vient de dire.

Par ailleurs, l’idée de peuple, de nation a donné lieu, au XIXe siècle en Europe, à la naissance du nationalisme. Le nationalisme, cela peut être la croyance dans la supériorité de son propre peuple. Ou, dans une vision moins extrême, la volonté de donner un État à chaque nation.

On peut être d’accord avec cette idée ou non, mais elle constitue un axe majeur de l’histoire mondiale à laquelle nombre de personnes adhèrent.

16/20

Et si l’idée de « peuple juif » est irritante pour beaucoup, c’est parce qu’elle entre en contact avec le sionisme, qui n’est ni plus ni moins que l’idée de doter les Juifves d’un foyer national, d’un État.

Là encore, on peut être d’accord, ou non, mais cet État existe.

Ce n’est pas pour rien que c’est précisément Shlomo Sand (parce que oui, évidemment, vous voulez parler de Shlomo Sand), historien israélien, qui a écrit « Comment le peuple juif fut inventé ». Il y critique l’aspect mythique de la construction d’une version politique de ce peuple juif, parce qu’il se situe en réaction vis-à-vis de courants d’extrême-droite qui voudraient faire d’Israël l’État des seuls Juifves (ce qu’il n’est pas, puisqu’un quart des Israélien.ne.s ne sont pas juifves).

Par ailleurs, son travail historique pose des problèmes majeurs : il argumente notamment autour du fait que les Juifves d’Europe seraient issu.e.s de conversions massives.

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Cette question a donné lieu, dans les milieux universitaires, à des débats autour de la génétique, notamment.

Mais posons-nous une question : depuis quand détermine-t-on un peuple par la génétique ?

Un indice s’affiche sur votre écran : celleux qui le font sont rarement sympathiques politiquement.

Si la génétique est un domaine intéressant (et parfois utile, pour la santé), gardons-nous bien d’en faire un déterminant politique.

Car après tout, ce qu’est un peuple, c’est effectivement une construction historique. Cela n’existe pas « en soi ». C’est le résultat d’une histoire à laquelle un groupe de personnes souhaitent se référer.

Un peuple, c’est la somme des personnes qui y appartiennent, volontairement ou non.

Connaissez-vous d’autres peuples dont on conteste l’existence ? Les Russes ? Les Argentins ? Les Inuits ? Les Canadiens ? Les Coréens ? Les Peuls ?

Doit-on vivre dans des frontières pour être un peuple ? Peut-on avoir des frontières et aussi vivre en dehors ?

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En conclusion, une ouverture, comme les bon.ne.s élèves !

Si la dénomination de « peuple juif » est un irritant, c’est aussi parce que dans les outils classiques de l’antisémitisme, la mobilisation du terme de « peuple élu », déformé et mal compris, utilisé à des fins malveillantes, est une récurrence.

Mais nous y reviendrons dans de prochains posts.

Le prochain fil sera consacré à l’histoire de l’ #antisemitisme et nous nous pencherons sur l’Antiquité.

En attendant, hazak !

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Sources :

Eli Barnavi, A historical atlas of the Jewish people : from the time of the patriarchs to the present, 1992

Jonas Pardo et Samuel Delor, Petit manuel de lutte contre l’antisémitisme, 2024

Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé, 2008

Léon Poliakov, L'Impossible choix. Histoire des crises d’identité juive, 1995

Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, Les rois sacrés de la Bible: À la recherche de David et Salomon, 2007

Pascal Ory, Qu’est-ce qu’une nation, une histoire mondiale, 2020

Gilbert Labbé, L'Affirmation de la puissance romaine en Judée, 2012

Mario Liverani, La Bible et l'invention de l'histoire, 2012

20/20

@CultureContreAntisemitisme le peuple soutient-il encore Netanyahou ?

@Homer

Bonjour.

De quoi parlez-vous exactement ? Pouvez-vous préciser votre propos ?

@CultureContreAntisemitisme
J'espère vivre assez longtemps pour voir un jour une solution pacifique au conflit israélo-palestinien où chaque personne puisse vivre en paix et dans le respect malgré leurs différences.
Je crains que la direction prise par Netanyahou n'engendre que du sang et des larmes à long terme.
Et je condamne l'usage de la violence d'où qu'elle vienne puisqu'elle ne produit que de la violence en retour. Existe t'il une volonté venant des peuples de sortir de cette spirale ?
@Homer
Une volonté de quels peuples ?
@CultureContreAntisemitisme la volonté de tous les peuples de ne plus suivre aveuglément les dictats de leur leader quand celui-ci ne propose que la domination de l'autre.
@Homer
Vous nous demandez si nous connaissons la volonté que vous formulez comme unanime et sans dissensions internes, de tous les peuples sans exception sur terre, de faire la paix, de toutes les manières et à tout prix ?
@CultureContreAntisemitisme Je ne sais pas si il y a quelqu'un.e derrière ce compte. Mais merci pour ce fil. Est-ce-que qu'on peut dire que certaines personnes aujourd'hui contestent l'existence du peuple palestinien ? Merci par avance.

@Gardenia Bonjour !

C'était une question rhétorique, il y a peu de peuples se concevant comme des peuples, qu'ils soient récents ou non, dont on conteste l'existence. Mais cela existe, notamment dans le cadre de conflits armés (cf. la contestation de la nation ukrainienne par Vladimir Poutine).
La notion de peuple palestinien mériterait un long développement, en tant que correspondant à un modèle plus récent de nation, qui évolue en fonction des options politiques et des périodes depuis les années 1960, entre territoire, religion, enjeu transfrontalier. C'est probablement un exemple de groupe qui se conçoit comme peuple et qui est contesté, oui.

@CultureContreAntisemitisme Merci beaucoup pour cette reponse. C'est vraiment très intéressant.
Certain.e.s de mes ami.e.s libanais.es sont en train de parler de peuple libanais aussi. C'est nouveau pour moi. Je n'avais jamais entendu ce terme en 5 ans de vie au Liban, à part chez les extrémistes chrétiens qui se revendiquent phéniciens et non arabes. (Ce qui est une aberration).
Je dirai que mes ami.es e parlent de peuple libanais en ce moment par souci de solidarité, pour rappeler et travailler sur la mémoire collective au Liban et anticiper une guerre civile. Saviez-vous que les livres d'histoire s'arrêtent à la seconde guerre mondiale au Liban ? Il n'y a rien sur la guerre civile. Le travail de mémoire et de réconciliation ne peut donc être fait. Mes ami.es au Liban sont de toutes les confessions, mais plutôt révolutionnaires et pour la création d'un état laïc au Liban.
@CultureContreAntisemitisme *Pardon j'ai fait une erreur. Les manuels d'histoire s'arrêtent en 1975 au moment où la guerre civile commence.
@CultureContreAntisemitisme Les bretons🌧️ !

@anneoneam
Un exemple intéressant car il questionne les frontières, la notion de minorité nationale, la frontière peuple/nation, le rapport à la langue, mais aussi, comme dirait Eric Hobsbawm, l'invention de la tradition.

Et un exemple qui nous rappelle des lectures d'études, comme Mona Ozouf, Composition française : retour sur une enfance bretonne.

@CultureContreAntisemitisme merci pour ce long fil très instructif. Je rebondis sur entre -63 et +70... comment l'avènement du christianisme interagit avec cette histoire ?

@Lubedyle

Bonjour !

Nous ne sommes pas spécialistes de cette période. On peut néanmoins tracer quelques contours : Jésus de Nazareth est juif et il apparaît dans cette période de bouillonnement politique et de fièvre messianique. Face aux troubles, une partie des Judéen.ne.s attendent le retour du messie à cette époque, et Jésus s'est peut-être présenté comme tel. Il est un exemple parmi d'autre des agitations politiques et religieuses de la région au Ier siècle.

Par ailleurs, le christianisme se développe dans l'empire romain, et même s'il est l'objet de dures persécutions dans un premier temps, il se coule progressivement dans la philosophie, la société et les institutions romaines.

C'est dans le contexte de cet occident chrétien qui se conçoit comme héritier de l'empire romain que l'antijudaïsme se développe par la suite (pour celui qui concerne l'Europe).