Parler trouble. Une ethnographie de la conversation entre personnes avec la maladie d'Alzheimer
Soutenance de thèse de Giovanni Carletti (LIER-FYT) sous la direction de Michel de Fornel.

Résumé :
Cette thèse examine les interactions entre personnes vivant avec des troubles neurocognitifs au sein d’une institution hospitalière française. Elle s'appuie sur un corpus d'enregistrements recueillis dans le cadre d'une ethnographie à l’hôpital et en maison de retraite, ainsi que sur l’examen des archives nosographiques et du premier cas rencontré par Alois Alzheimer. Ce travail se situe au croisement entre l’anthropologie sociale, l’ethnométhodologie et l’analyse de la conversation. Il interroge dans un premier temps le hiatus entre le traitement institutionnel d’une parole trouble dite « vide » et « automatique » et le constat empirique d’interactions et de relations sociales entre les personnes vivant en institution. L’analyse se base sur un corpus composé d’une part de conversations entre personnes avec la maladie d’Alzheimer, et d’autre part d’interactions avec les soignants et avec un agent conversationnel animé. Elle s’écarte ainsi des orientations courantes qui traitent cette parole trouble par ses manques. Que font les personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer lorsqu'elles conversent ? La thèse rend compte de leurs relations sociales et de leur capacité à mobiliser les normes de la sociabilité ordinaire en guise de ressource pour s'entraider, instaurer un sens partagé et résister aux contradictions du cadre institutionnel. Elle révèle également une dynamique historique de mise en évidence des troubles articulée à une mise à l'écart des compétences préservées. Cela lie les façons contemporaines de traiter la parole des personnes en institution avec celles du début du siècle. En particulier, l’examen des situations de test conversationnel avec un personnage virtuel nous amène à remettre en cause les conceptions du langage qui structurent par défaut le rapport aux personnes âgées vivant avec la maladie d’Alzheimer. À savoir un modèle essentiellement cognitif qui promeut un individu qui agit sur la base de ses représentations et intentions mentales. En s’appuyant sur l’approche praxéologique, qui considère que le sens est un accomplissement socialement organisé et distribué, la thèse propose enfin de mettre la relation sociale – grande impensée des politiques publiques – au cœur du soin et du développement technologique.

INFORMATIONS PRATIQUES
Vendredi 20 mars 2026 | 14h30
Paris. 54 boulevard Raspail. EHESS. Salle A07_37.
Les personnes qui souhaitent assister à la soutenance par visioconférence sont invitées à se rapprocher du candidat.
[email protected]

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