Journée mondiale de lutte contre l'obésité. J'ai grandi obèse. Je ne le suis plus. Pour ce que j'en comprends, j'ai maintenant l'apparence d'une personne mince (ce qui est déjà chouette parce qu'on ne me fait plus chier avec mon poids), mais pas son métabolisme. Je reste à risque pour une poignée de maladies. Mais j'ai le privilège de mener une vie où je peux contrôler mon alimentation et mon activité physique sans trop trop de difficultés.
#grossophobieJ'ai grandi obèse à une époque où les fonctions exécutives n'existaient pas encore dans le grand public et où si tu réussissais à l'école, tu étais intelligent‧e, donc capable de te contrôler. L'absence de contrôle manifeste lors de tes épisodes de frénésie alimentaire montrait donc très logiquement, soit que tu te fichais sciemment des conséquences, soit que tu souffrais d'Angoisses Profondes™️ ou autre trouble psy très très grave
Trouble qu'on va donc te diagnostiquer et... ah, pardon, tu vis en pleine cambrousse avec des parents pauvres et débordés ? Hahaha, je disais donc, trouble avec lequel on va te laisser te démerder, tout en te sermonnant au cas où quand même tu ferais exprès de t'empiffrer et de ne pas écouter les adultes. Et puis comme ça on aura eu l'impression d'avoir fait quelque chose - sans s'impliquer dans ta vie pour t'aider concrètement, faut pas charrier.
Me répandre en détails sur les violences subies à l'école puis au collège à cause de mon poids n'aurait pas d'intérêt. Aujourd'hui ces souvenirs ne me font plus ni chaud ni froid (ce qui ne veut PAS dire que je sois devenue indifférente à la question, d'un point de vue politique). J'ai de la curiosité pour mes ancien‧nes harceleur‧euses, quelles sortes de personnes sont-iels devenu‧es ?
Dans mon vécu, ce qui laisse les traces les plus durables ne vient pas des "petits cons" qui insultent et tapent, mais des personnes censées t'aimer et te guider dans la vie. On louait mes facultés intellectuelles tout en se lamentant de mon corps et de la façon dont je l'habitais. J'ai grandi coupée en deux et le travail de recollage est encore à l'œuvre aujourd'hui
La 1e fois que j'ai perdu du poids, c'était à 12 ans, 102kg, quand ma mère a acheté un livre intitulé "Que faire ? Mon enfant est trop gros", qu'elle a feuilleté puis abandonné sur une étagère parce que sa vie était déjà trop compliquée pour ça (1er degré). Livre super bien foutu, accessible, écrit par un médecin qui sait ce qu'est un enfant et ce qu'on peut - OU PAS - en attendre.
J'ai tout lu et appliqué soigneusement les règles basiques qui y figuraient. J'ai perdu 12kg que je n'ai jamais repris par la suite. Il va sans dire que mon cas n'est pas un exemple à suivre. N'attendez pas d'un‧e enfant qu'iel fasse ça, tout HPI qu'iel soit.
Par la suite il y a eu plusieurs épisodes de perte de poids intentionnelle, parfois suivies d'un regain, mais jamais au point de tout reprendre