L'école inclusive.

La promesse : accueillir tous les enfants, quel(s) que soi(en)t leur(s) handicap(s).
Qu'elle est belle, la promesse.

La réalité : accueillir tous les enfants, y compris ceux dont le(s) handicap(s) les empêchent de bénéficier des enseignements, faute de moyens, faute de professionnels formés, faute d'effectifs suffisants.

1/...

Résultat : des AESH (accompagnantes d'élèves en situation de handicap), à la base (très) mal payées, au SMIC horaire maxi 26H/semaine, pas assez nombreuses, "saupoudrées" par leur structure gestionnaire - le PIAL (pôle inclusif d'accompagnement localisé) - entre plusieurs enfants notifiés par la MDPH (ou pas, d'ailleurs, mais alors ils viennent en surnombre de ceux qui le sont), confrontées à des handicaps parfois très, TRÈS lourds.

2/...

Exemple : une petite fille polyhandicapée, alimentée par une stomie (poche), également autiste, non verbale, qui vient à l'école en revêtant un... casque de boxe, pour éviter qu'elle s'arrache les cheveux.
Son AESH s'en occupe seule, dans une salle à part, hors de la classe. Sans aucun matériel approprié, sans jouets même. L'institutrice ne s'en occupe pas, ne lui donne rien. C'est l'AESH qui travaille chez elle pour réaliser des supports, sur ses propres deniers.

3/...

Autre exemple : un petit garçon en grande section de maternelle, autiste sévère. Il est notifié par la MDPH pour 15 heures d'aide humaine individuelle par semaine. Il a d'importants problèmes de comportement : il crie en permanence, se roule dans tous les sens. Lui non plus ne peut pas rester en classe car il en empêche le déroulement. L'AESH l'amène donc aussi dans une salle à part. Sans rien.
Ces 2 enfants, leurs AESH doivent s'en occuper, SEULES, pendant... 3 HEURES ET DEMIE.

4/...

Ces enfants ne devraient pas être à l'école maternelle ou primaire. C'est maltraitant pour eux. C'est maltraitant aussi pour les personnes qui s'occupent d'eux.
L'un devrait être dans un IME.
L'autre devrait être dans une MAS.
Mais il n'y a pas de places. La liste d'attente est longue, se compte en années. Et pas une ou deux, hein...
Et si l'inspectrice d'académie passe dans l'école et qu'on lui objecte ça, elle répondra : C'EST LA LOI, vous DEVEZ les accueillir. Ce qui est fait, de facto.
5/...

Ce matin, le petit garçon en grande section de maternelle était épuisé au bout de 2 heures à l'école. La récréation s'était bien passée, puis, une fois celle-ci terminée, son AESH l'a pris par la main pour le ramener en classe.
Il s'est jeté sur elle, lui a lacéré le cou après lui avoir donné un coup de poing à la mâchoire, puis tiré les cheveux avec force.
Il a fallu l'intervention de DEUX adultes pour qu'il la lâche.
Que se serait-il passé si l'AESH avait été seule avec lui, en salle ?

6/...

Ça se passe à #Lyon , la 3ème ville de France.
L'AESH est revenue, ce midi, choquée. Elle en a eu, pourtant, depuis cinq ans, des enfants autistes sévères, très difficiles, mais là, un cran supplémentaire a été passé.

C'est venu après la journée d'hier, au cours de laquelle l'instit d'un autre enfant en maternelle l'a traitée comme un vulgaire torchon sur lequel elle s'essuie les mains, lui disant "t'as compris la consigne ou il faut que tu notes ?"

7/...

Instituteurs, institutrices, vous ne devriez pas maltraiter les AESH qui viennent dans votre classe... Certes, il y a "un peu de tout", mais ça va avec les conditions d'embauche (des années en CDD avant un éventuel CDI payé au SMIC horaire, je répète, 26H par semaine maxi) et d'exercice de ce métier, pourtant si important car garant de la possibilité même de l'école "inclusive".

Education Nationale, pourquoi ne recrutes-tu pas DEUX AESH pour les enfants que j'ai décrits ?

8/...

Que tu sois obligée de tous les accueillir, soit, puisqu'il n'y a pas de places dans les structures qui leur seraient pourtant les mieux adaptées ! Mais au moins, mobilise les moyens pour ce faire !
Dans ces structures (IME, MAS, que sais-je), les professionnels (éducateurs, AMP, psychologues, etc.) sont dûment formés aux méthodes adaptées pour les accueillir (TEACCH, PECS, MAKATON, etc.) et disposent des matériels pour ça.

9/...

MAIS.
Ils ne les reçoivent, à DEUX PAR ENFANT, que... 1H30 par 1/2 journée !
Tes AESH, chère Education Nationale, elles doivent s'en occuper, sans RIEN (ni matériel, ni moyens, ni plan éducatif, ni programme, ni jouets, ni supports, ni techniques de communication) pendant... 3 HEURES 30 par demi-journée. Et ils sont scolarisés parfois TOUTE LA JOURNÉE.
Dans quel état ces enfants et leurs accompagnantes les finissent-ils, ces journées ?

Voilà la réalité du travail des #AESH .

10/...

Certaines ont la "chance" de s'occuper d'enfants aptes aux apprentissages. Mais il y a toutes les autres.
Elles y laissent leur santé.
Au mépris de leurs conditions de travail.
Au mépris de leur propre sécurité parfois, et de celle des enfants qu'elles accompagnent.
Mais PERSONNE n'en parle.
PERSONNE ne fait rien pour elles.
Au contraire, chère Education Nationale, tu laisses sciemment les établissements scolaires concernés, et ces AESH, BIEN DANS LEUR M...RDE.

11/...

Alors, ne t'étonne pas s'il y a une "crise des vocations". Et sois consciente que, dans cette affaire, les instits ne sont pas les plus à plaindre : elleux perçoivent ce qu'on peut appeler un "salaire". Oh, loin d'être mirobolant, mais ce n'est pas 700 à 1000 euros, ce qui oblige les AESH à cumuler les emplois. Quand elles le peuvent. Quand elles ont la santé pour ça. Ce qui implique qu'elles soient jeunes, et pas cabossées par la vie, comme beaucoup d'entre elles.

12/...

Et les parents, dans ces situations ?
Mais ils n'en PEUVENT PLUS, les parents !
L'école, pour eux, c'est l'ultime soupape qui va leur permettre de souffler ! Surtout les mamans, hein, bien sûr, parce que leurs conjoints gagnent plus qu'elles, donc ce sont elles qui s'arrêtent de travailler.
Eh bien, eux non plus ne sont pas bien traités par toi, chère Éducation Nationale. Il faut voir les mots que certains enseignants leur envoient à la figure lors des ESS !

13/...

Oui, tu vas me dire que c'est pas simple à gérer, ces situations, et qu'il y a bien des parents qui exagèrent, refusent d'entendre ce qui leur est proposé... Mais mets-toi un instant à leur place, au lieu de rester dans ta logique "institutionnelle" !

C'est kafkaïen ; c'est un cercle vicieux : pas de places en institutions pour les enfants pour lesquels ce serait adapté, pas de moyens, pas de personnel, des enfants et des adultes ainsi maltraités de toutes parts.

14/...

QUAND tout cela, QUAND ce système infernal va-t-il cesser ?
Combien d'AESH y auront laissé leur santé ?
Combien d'enfants finiront placés, faute d'avoir pu être étayés comme il aurait fallu ?

Quel ENFER !

15/15

@Cinquante_et_1 Une amie qui a été AESH pendant quelques années avant de laisser tomber, m'avait dit qu'en plus, les AESH n'étaient pas informés sur le handicap des élèves (parce que secret médical, etc) et que par conséquent iels ne pouvaient pas se préparer et découvraient au fur et à mesure des ennuis et des catastrophes, les besoins spécifiques des enfants. L'enfer.
@Cinquante_et_1
Moi ça ma troisième année scolaire où je bosse dans le transport scolaire adapté et j'ai découvert l'horreur de la réalité (même si j'en savais un peu), presque pas de formation et très tardivement. Les personnes embauchées sur dossier commencent à prendre en charge plusieurs enfants et s'il s'avère que ces personnes maltraitent les enfants bah on les fait remplacer mais après combien de temps et de souffrance infligée? C'est les enfants et les familles qui en paient les frais...
@Cinquante_et_1
Aussi la MDPH fait des circuits sans penser aux enfants, par exemple cette année je m'occupe de 6 enfants qui vont dans la même école mais le premier monte dans le van à 7h15 pour commencer l'école à 8h45 et rentre chez lui vers 18h, en tout il passe presque 3h/jour dans la voiture! Alors qu'il a des difficultés d'apprentissage, merci bien!