[ #tutedito - La rentrée littéraire 4 : Etape 1 : la diffusion]

1- Or donc, nous avons des livres à proposer, deux, nécessairement géniaux, comme les 450 autres qui paraitront au même moment. Le tout maintenant est de le faire savoir. Et le premier relai d'un éditeur de taille moyenne comme La Peuplade, c'est la diffusion.
Cette étape se déroule courant avril et se passe en 4 étapes.

#Édition_Indépendante #rentreelitteraire
#mastolivre

2- Première étape : on parle très brièvement des titres avec la direction commerciale pour estimer la mise en place que l'on souhaite faire du titre vs la mise en place qu'ils pensent réaliser.

La mise en place, c'est le nombre de livres qui seront présents dans les points de vente le jour de la sortie.

L'enjeu de cette étape est purement commercial : trouver le juste nombre qui peut favoriser la visibilité du livre sans se prendre, en fin de rentrée une vague de retours

3-
Pour rappel, les libraires ont droit de faire des retours, c'est à dire renvoyer les invendus aux distributeurs. suite à ça, l'éditeur rembourse ces retours aux libraires.
Donc placer des livres, c'est top, mais si c'est pour qu'ils soient retournés, ce n'est pas rentable. D'autant plus que les éditeurs qui accumulent trop de retours sont condamnés à payer une pénalité au distributeur, pour couvrir le nombre d'opération logistique effectué...

4- Une mise en place en littérature pour un éditeur moyen sur un titre de la rentrée, ça va grosso modo de 500 à 5000.

Les plus gros éditeurs, sur les enjeux commerciaux et les auteurs connus, peuvent pousser à 10 000, 15 000 voir 30 000. Plus haut, ça arrive, mais c'est tellement rare que ces réalités m'échappent.

Pour nous, ça se joue entre 700 et 3000, et la plupart du temps, entre 1500 et 2100.

5- Donc on décide du chiffre avec la diffusion, sachant que ce chiffre est un objectif, pas une réalité. Les commandes des libraires feront foi à la fin.

Fixer l'objectif permet aussi de déterminer le tirage du livre : il faut qu'il y en ait suffisamment pour servir tout le monde, mais pas trop non plus pour qu'en cas de mévente on ne se retrouve enseveli sous un stock mort... qui risque de partir au pilon et de coûter cher.

6- Deuxième étape : l'oral aux représentants.
Pour chaque office (période de sortie), les éditeurs passent présenter leurs nouveautés aux représentants qui vont aller sur le terrain parler des livres.
On leur fournit l'argumentaire, si possible les textes avant de passer les rencontrer.
C'est une tentative de les convaincre du potentiel du livre, par deux moyens : leur donner des arguments rationnels, et leur donner envie de lire le texte.

6-) Une équipe de représentants moyenne va avoir entre 70 et 100 livres à défendre pendant la rentrée, c'est énorme, ils n'auront pas le temps de tout lire.
Notre premier job est donc de leur donner les clés des ouvrages, de manière à leur donner une idée des libraires qui pourraient être intéressés.

Notre 2e job : faire en sorte qu'ils lisent nos textes.

La Peuplade est une maison de littérature de création, que l'on se concentre sur des auteur•ices inconnu•es, cette étape est cruciale

7- L'exercice est ardu, il faut le dire, et l'on sait qu'au final les arbitrages seront sévères.
Pour notre part, on procède généralement à 2 selon le schéma suivant :
- Un éditeur parle du texte (de quoi ça parle, quel est l'enjeu, comment le texte nous parvient etc.)
- je donne ma lecture du texte avec comme idée de rester le lecteur "hors profession"
- le directeur commercial (mon autre moi) prend le relais et avance un certain nombre d'arguments commerciaux, thématiques, politiques...
8- Une fois ça, si on a bien fait le boulot, les représ savent à qui parmi leurs clients ils vont proposer le texte, et ils ont envie de le lire. Là c'est bingo, tous les voyants sont au vert pour les étapes suivantes.

9- Troisième étape : les représentants et la direction commerciale de la diffusion lisent le texte.

Et si jamais on a trop emphatisé sur les qualités littéraires ou commerciales (si on a menti quoi), c'est le retour de bâton : on nous signale les "difficultés" (c'est la version polie) ou on nous accuse d'avoir dit n'importe quoi (la version "c'est la crise"').
Comme ce job repose beaucoup sur la valeur de ta parole, mentir, ça passe une fois, après c'est élimination d'office...

10-
En fonction de la relation avec les représentants et la diffusion, on peut parler ensemble des textes en connaissance de cause. On confronte nos lectures et nos arguments, et on voit comment tous ensemble, on peut défendre le bouquin au mieux.
Pour moi c'est une phase du travail que j'adore, parce qu'elle conjugue la discussion littéraire, commerciale, et si on est en synergie, la meilleure manière de défendre un texte qui nous tient tous à cœur.

11- Et c'est le début de la 4e étape, qui est entre les mains des représentants : trouver les bons mots pour défendre chaque texte en fonction de ses qualités et de son potentiel.

Cette phase échappe bien évidemment à l'éditeur, sauf si on provoque la discussion, ce que l'on ne peut pas faire pour chaque livre.

Souvent les représentants discutent ensemble pour jauger les textes, parler de leurs ressentis, leurs enthousiasmes et leurs appréhensions.

12- Et une fois tout ceci calé, il est temps pour eux d'aller en tournée auprès des libraires et de transmettre la flamme.
Ce sera l'enjeu du prochain fil.

FIN