La doublure (2022)
Roman français de Mélissa Da Costa, 567 pages, édité chez Albin Michel en grand format et en poche au Livre de Poche

Avant de commencer ce post, je tiens à remercier l'instagrammeur livraisondemots pour m'avoir permis de remporter ce roman dédicacé, il y a un peu plus de deux ans, lors d'un concours qu'il avait organisé (même si je ne l'ai lu que très récemment)

Evie Perraud est à un tournant de sa vie. Son marin de petit-ami décide de fonder une société en Amérique du Sud et de partir sans elle. Lasse des petits boulots et bien décidée à reprendre sa vie en main, elle prospecte pour un emploi moins précaire. Elle tombe sur le séduisant Pierre Manan qui lui propose un poste des plus étrange. Devenir la secrétaire particulière ainsi que la doublure médiatique de sa femme, Clara, artiste peintre qui commence à percer sous le pseudonyme de Calypso Montant.
Je n'avais pour le moment lu que les deux premiers romans de Mélissa Da Costa, tous les deux traitant de résilience. Si le début de ce roman semble partir sur la même veine, on va très rapidement sortir de ce schéma. L'autrice a su se renouveler en prenant de gros risques avec cette histoire prenante et dérangeante. Art, sexe, drogue et emprise sont les principaux thèmes qui émergent d'un scénario qui flirte presque avec le thriller.
Tout du long du roman, le lecteur est plongé dans une atmosphère sombre et poisseuse, à l'image du style artistique de Calypso, le romantisme noir dont on découvre des tableaux marquants de ce courant. Une toile, en particulier, représentant Lilith, première femme d'Adam selon les légendes juives, et qui va devenir le fil conducteur du récit, les événements du présent devenant comme une transposition moderne de ce mythe. L'art est aussi présenté comme vecteur d'un message féministe puissant.
Evie entre dans l'intimité du couple Manan et va découvrir le pouvoir cruel que Clara exerce sur son mari. Une emprise qui ne tarde pas à se poser aussi sur sa personne. Mais la gentille Evie va finir par ne plus être aussi docile et un jeu de manipulations aussi dramatiques que perverses commence à se mettre en place.
D'ailleurs, Mélissa Da Costa prend un malin plaisir à brouiller les cartes à chaque chapitre. Son histoire est imprévisible de bout en bout et parvient à surprendre le lecteur en même temps qu'elle l'horrifie par la noirceur de ses personnages, l'immergeant dans un climat proche de la folie, faisant monter la tension jusqu'à un final choc que je n'avais pas vu venir et qui m'a coupé le souffle.

Que dire d'autre ? La construction de ce roman relève du génie : des thèmes forts sont abordés avec une fluidité d'écriture machiavélique. C'est dense sans être indigeste. Bien au contraire, une fois commencé, il est difficile de lâcher ce livre. Un énorme coup de coeur.

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