Réflexions sur le tarif de l’impression à la demande pour l’auto-édition

Cette question a occupé pas mal de mes réflexions en fin d’année 2023 : devrais-je préparer une version physique de TNBS ? Les obstacles sont multiples : financiers, éthiques, logistiques.

Au fil de mes réflexions, l’approche de l’impression à la demande + expédition direct au client m’a semblé la plus intéressante.

Mais très souvent, les tarifs proposés par les prestataires d’impression à la demande font que le pourcentage de revenus pour l’auteur n’est pas compétitif, lorsqu’un livre est vendu au prix communément admis dans sa catégorie et format. Je m’explique, juste après l’aparté qui suit.

Aparté sur une autre piste étudiée

L’autre piste consistait à imprimer pour constituer un stock et vendre soi-même. Mais elle comprenait de nombreuses contraintes :

  • Il faut commander en gros pour économiser sur les frais de transport et de manutention.
  • Il faut de la place pour entreposer les livres.
  • Il faut se procurer des enveloppes pour l’expédition.
  • Il faut étudier les services de transport pour déterminer le cout de livraison.
  • Il faut traiter chaque commande soi-même :
    • établir une facture,
    • emballer soigneusement,
    • faire l’étiquette de transport,
    • aller déposer le colis,
    • s’occuper du SAV.

Ça prend du temps, de faire tout ça !

Comparatif pour l’exemple : Amazon vs. concurrent français

Pour moi, un livre de 330 pages (ce que représente plus ou moins TNBS1, je pense) coute dans les 13 €.

Je vais également mettre en perspective les chiffres qui vont suivre avec la part que gagne un auteur sous contrat d’édition, soit environ 8% à 12%, selon ce que je lis sur le net.

Pour notre livre de 330 pages évoqué plus haut, regardons maintenant les redevances pratiquées par deux prestataires. L’un est Amazon, l’autre un imprimeur bien implanté en France dont je tairai le nom. Les redevances sont récupérées de leurs calculateurs. Et les services sont équivalents : fabrication et expédition direct au client, sans passage par une librairie physique.

Dans le segment des prix acceptables, le concurrent commence avec une redevance à environ 9 %. Amazon commence à 23 %. Sacrée différence. Par contre, le concurrent devient plus intéressant qu’Amazon en montant les prix… mais seulement quand le livre est littéralement hors de prix, à 22 € et plus. Et c’est sans compter leur abonnement annuel, car ils en ont un…

Si on en revient au prix acceptable, 13 €, vu que c’est le segment le plus populaire pour un livre pareil, on comprend que le concurrent a ajusté sa courbe de tarification pour se faire le plus d’argent à ce prix de vente. Et pour les livres plus chers (beaucoup trop chers pour un client, s’il fallait le préciser), il reste gagnant, car le livre est de toute manière vendu bien plus cher que son cout de fabrication, qui est fixe, évidemment…

Ce qui est amusant, c’est que le concurrent pousse l’auteur à vendre son livre plus cher, en lui faisant miroiter une redevance plus importante. Mais comme le prix devient prohibitif pour les lecteurs, l’auteur vendra surement moins d’exemplaires. On se retrouve ainsi avec une situation où l’auteur est forcé de sacrifier soit son revenu par vente, soit des ventes tout court à cause du prix trop élevé.

Au prix acceptable, le concurrent ne laisse ainsi à l’auteur que ce qu’il aurait gagné en tant qu’auteur chez un éditeur classique.

Dit autrement, le concurrent s’octroie au final la part qui revient à l’éditeur, au diffuseur, au distributeur, et au libraire. Rappelons que c’est vous, en tant qu’autoédité·e, qui avez la charge de relire, de corriger, de mettre en page, de fournir l’illustration de couverture, de démarcher, de faire la pub, de réseauter… Et puisque c’est de l’impression à la demande, il n’y a aucun stock à entreposer et gérer, pas d’investissement initial, donc aucun risque. Donc pourquoi c’est si cher ?

Comme j’ai ressenti ça comme une forme d’arnaque (le mot est un peu exagéré, mais je n’en ai pas trouvé de plus adapté), c’est pourquoi je n’ai pas poursuivi avec l’imprimeur concurrent susmentionné.

Je veux bien qu’une différence de qualité puisse justifier un certain écart, mais là, c’est abusé. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’Amazon n’est pas rentable sur cette activité et à ses tarifs. Sa courbe de tarification me semble bien plus honnête, et proche de la réalité des montants nécessaires à la fabrication et distribution des livres.

En résumé

Renseignez-vous sur le prix public normal pour le format de livre que vous visez. Puis faites une étude comparative des différents services d’impression à la demande qui existent. Évitez les politiques tarifaires irréalistes qui ne vous aideront pas à développer votre activité.

Et idéalement, restez libre de changer de prestataire à tout moment. Ne soyez pas captif / captive d’un unique prestataire. Vous pourrez ainsi mieux faire jouer la concurrence.

Notes

  • J’ai écrit cet article un an avant de le publier. Je ne savais pas encore que TNBS1 allait faire 404 pages… ↩︎
  • #autoédition #autopublication #distribution #impression

    @NemuLumeN

    Bonjour, merci pour le partage. Avant d'être éditeur, j'ai aussi eu beaucoup de réflexions à ce sujet de l'auto-édition et des possibilités accessibles. J'y ai acquis l'expérience que j'ai maintenant (j'apprends encore) et voici quelques commentaires sur vos réflexions :

    La question du prix n'est pas posée correctement selon moi. J'imagine que vous êtes allé en librairie pour regarder quel prix est un livre de 330 pages.

    @NemuLumeN

    Mais votre situation d'auto-éditeur n'est pas du tout comparable à celle de Gallimard, Bragelonne. Ils impriment moins cher et ils visent un autre public. Il n'y a aucune raison de s'aligner sur leurs prix mais de définir le prix selon vos propres charges et votre propre public. Un livre de @pvheditions à 330 pages serait 19.99 € en France et Belgique, 23.90 CHF en Suisse.

    @NemuLumeN

    Je sais que certains pensent que c'est cher (par rapport aux prix cassés des gros éditeurs), mais je sais que ça les vaut. Vous ne payerez pas un MacDo le même prix qu'un burger dans une brasserie. Et nos lecteurs le savent aussi, car nous leur expliquons. Pour ceux qui ne veulent pas mettre ce prix, ils peuvent acheter ou télécharger nos e-books sur les réseaux p2p. S'ils ne veulent pas payer ce prix, c'est qu'ils n'en veulent pas vraiment.

    @NemuLumeN

    Ensuite, le public d'un livre auto-édité est particulier et limité : des proches, des amis auteurs et des ventes directes en salon ou marchés. Et généralement, un prix supérieur mais raisonnable n'est pas un problème. En vendre 200-300 est déjà super, en vendre 1000 est extrêmement rare. Mais je vous l'espère !!!

    Mais il y a une chose qu'il ne faut pas vraiment espérer : la découverte et l'achat de votre livre "par hasard" ou par une mise en avant des algorithmes.

    @NemuLumeN

    Presque tous vos livres achetés nécessitera un travail de votre part. Les plateformes ne donnent que l'illusion d'une mise en avant.

    Concernant le comparatif :
    Oui, je trouve aussi que les conditions du concurrent français ressemblent à une arnaque, il y en a plein sur internet. Ils profitent des rêves des auteurs en herbe pour faire leur beurre (certains sont bien pire que le prestataire dont vous parlez).

    @NemuLumeN

    Mais c'est pas parce qu'Amazon est meilleur en comparaison que ce n'est pas également une arnaque. Ils se sucrent sur le dos des auteurices auto-édités. Faire une marge de 30-35% est ridicule lorsque toute la charge éditoriale et commerciale repose sur l'auteurice.

    Voici comment je m'y prendrais aujourd'hui si je devais partir de rien et auto-éditer un roman :

    @NemuLumeN

    1) Je demanderais des devis d'impression pour 100-200 exemplaires à différents prestataires en Europe (locaux mais pas seulement). J'ai un devis de cette fin d'année qui fait environ 500 € pour 100 ex., 800 € pour 200
    2) J'organise prévente en utilisant @bebop (ça me fait aussi un site de vente pour après la prévente) ou alors sur une plateforme. Je propose la possibilité de donner le livre de main à main. J'ajoute des frais de port pour les autres.

    @NemuLumeN

    Objectif, couvrir les frais d'impression pour 100 ex, soit 25-40 livres. Ainsi je n'ai rien à mettre de ma poche. Objectif : cibler le premier cercle, famille et amis qui veulent me soutenir dans ma démarche.

    @NemuLumeN

    3) J'adapte l'impression avec les préventes et l'espace à disposition chez moi. Il faut savoir que pour les besoins des salons et ventes directes après sortie (au doigt mouillé, il faut s'attendre à vendre au moins le même nombre auprès des proches retardataires que lors de la souscription), il faut bien compter 50-100 exemplaires minimum. Un carton de livre c'est 20-30 exemplaires (selon le format).

    @NemuLumeN

    J'achète le matériel pour les envois des préventes + quelques enveloppes supplémentaires (on ne sait jamais).
    4) Lorsque je reçois les livres, je prends une demi journée pour faire tous les envois : faire tous les envois en même temps simplifie la tâche.
    5) J'organise la distribution de main à main, c'est toujours un plaisir de revoir ses amis/famille, de les remercier et de pouvoir leur parler de sa petite aventure.

    @NemuLumeN

    Ensuite, selon le succès, je réimprime 100-200 ex. lorsque le stock est quasiment épuisé.

    Bien entendu, je parle ici d'un premier livre. Lorsqu'on en a plusieurs, c'est plus compliqué niveau logistique et espace. Mais un premier livre est l'occasion de se faire connaitre, de rencontrer des éditeurs, d'apprendre les ficelles du métier (la logistique en fait partie).

    Joyeuses fêtes

    @[email protected]

    Merci pour ton retour ! Toutes ces infos, c’est comme un cadeau de Noël. Haha

    Il est vrai que les éditeurs traditionnels ont cette force de réduire les coûts en de nombreux endroits (impression en gros en offset, mutualisation des stratégies commerciales, contrats avantageux dans la distribution…). Mais au final, entre un circuit traditionnel et un circuit autoédité, il n’y a théoriquement pas tant de différence que ça. Les seuls coûts qui changent, c’est la fabrication et le stockage, non ? Parce que pour le reste, il faut bien faire le travail d’édition, faire de la pub, livrer…

    Et encore, je ne parlais pas du scénario où le livre pouvait atterrir dans une librairie ; dans l’exemple évoqué, le livre est vendu directement au client via la boutique du prestataire. Si j’en crois ce que j’ai pu lire en ligne, une librairie physique prend dans les 30%-40% du prix de vente. S’il n’y a pas de librairie dans le calcul, ça devrait dégager de la marge pour l’auteur – l’autrice, non ?

    Je m’interroge donc concernant la marge prise par les prestataires de l’impression à la demande. Qu’est-ce que ça représente en coût de fonctionnement ? L’entretien de leurs machines ? Le coût du personnel ? Les bonus du PDG ? 😅

    Et effectivement, je trouve aussi qu’Amazon se taille une bonne part du gâteau sur la vente d’un livre. Je n’essayais pas de les encenser dans mon article. Mais à l’époque de l’écriture de cet article, je n’ai trouvé aucun concurrent qui proposait une meilleure tarification. Et comme tu le dis, des pires, on en trouve. J’ai cette impression étrange que tous les concurrents souhaiteraient qu’Amazon augmente encore plus sa marge pour que les auteurs n’y aillent plus, au lieu de travailler leurs propres offres pour se rendre attractifs sur les petits prix… Mais j’imagine qu’il y a tellement d’auteurs et d’autrices prêt·es à sacrifier leurs marges pour avoir leurs livres imprimés qu’il n’y a pas lieu d’opter pour une stratégie commerciale agressive.

    J’ai également testé la voie des impressions en gros (50 exemplaires). J’écoule mon stock très doucement (une quinzaine de ventes actuellement), n’ayant pas beaucoup de personnes dans mon entourage qui veuille bien m’acheter le bouquin. Mais bon, je m’y attendais un peu, vu ma capacité limitée à attirer les foules. Le travail de vente est loin d’être terminé, et fort heureusement, je ne désespère pas ! J’avais testé un financement participatif, mais je pense que la prévente aurait été plus judicieux, et c’est pourquoi je te rejoins totalement sur ta marche à suivre ! 👏

    En tous cas, je suis complètement d’accord que ce premier livre que j’ai commencé à vendre m’a fait beaucoup apprendre ! Au plaisir de discuter avec toi prochainement !

    Lionel Jeannerat (@[email protected])

    3,5K Messages, 191 Abonnements, 438 Abonné·e·s · Lionel Jeannerat, éditeur chez @[email protected], directeur de @bebop et actif dans l'économie pair-à-pair depuis 2013

    Tooting.ch [Swiss instance]

    @NemuLumeN

    Si si, il y a une énorme différence sont sur toutes les charges, grâce à la division des tâches. Dans une petite maison d'édition, je fais les envois, la livraison parfois, la relecture éditoriale, adaptation des contrats, je fais même les croissants au jambon pour le repas de fin d'année. Je ne me plaints pas, c'est des faits : le coût en travail pour la sortie d'un livre est bien plus bas qu'un petit indépendant ou auto-édité.

    @NemuLumeN

    Pour la diffusion et distribution, ils ont également de bien meilleures conditions également. Pour la logistique, ils doivent avoir tellement de flux entre leur réserve et le distributeur que ça ne doit pas leur coût grand chose par sortie.

    Ensuite, sur un premier roman, il ne faut pas s'attendre à un énorme travail de com ou pub.
    Et les livres de poche ? 0 travail éditorial, 0 en promo, une impression lowcost à gros volume.

    Nous ne sommes définitivement pas à la même enseigne.

    @NemuLumeN

    Oui tout à fait sur la vente directe via la boutique du prestataire, ils se gavent en prenant la marge du libraire (on est plus sur du 20%, 15-30% de nouveau selon la taille du vendeur), du diffuseur (10%) et distributeur (10%) alors qu'il ne fait aucun de leur métier.
    La marge des prestataires de l'impression à la demande n'est pas transparente et c'est clair qu'ils se gavent sur le dos des auto-édités.

    @NemuLumeN

    Et oui, Amazon a la meilleure tarification, car ils ont un volume énorme qui n'est pas concurrençable par d'autres prestataires.

    Oui les nouveaux auteurices sont prêt à tout pour être édités ou voir leur livre imprimé. Et ce n'est pas une question d'argent mais d'ego, d'accomplissement personnel, d'espoir de carrière. Et comme dans tout marché où il y a une demande, de l'ego et parfois un peu de désespoir, il y a une offre pour y répondre, souvent prédatrice.

    @NemuLumeN

    Le nombre d'auteurices que je rencontre sur des salons et qui me racontent leur mauvaises expériences est très important.

    Pour moi, la seule voie valable en dehors des maisons d'éditions normales, c'est l'auto-édition. Le print-on-demand et tous les modèles lancés par des startups qui promettent monts et merveilles sont des profiteurs. L'auto-édition a le mérite d'être formatrice et épanouissante, et c'est sans doute le meilleur chemin pour construire une carrière.