J'arrive pas à dormir. Alors je vais écrire. Ce que je pense que Macron tente, et comment on peut s'en sortir.

Commençons par "qu'est-ce qu'il fait ?"

Déjà, je pense qu'il a ce fétichisme de vouloir faire des trucs exceptionnels. Il a touché à toutes les grandes lois de la République, la Constitution, la liberté de la presse, le droit pénal des mineurs, etc.

Dissoudre, c'est exceptionnel, ça marque. Tout le monde a oublié les mandats VGE ou Sarkozy, il s'est rien passé. On parle encore de 1997. Et Macron veut qu'on parle encore de lui dans 40 ans.

Ensuite, je pense qu'il y a la volonté d'être "maître des horloges" et toutes ces conneries, en bref, ne pas subir une censure par les LR sur le budget en septembre ou leur simple menace.

(Maître d'une montre Casio pétée, ouais…)

Mais surtout, je pense qu'il y a un autre calcul.

J'ai passé 2 ans à dire qu'il n'allait pas dissoudre, avec comme argument "quel intérêt ? Il a une majo avec LR, l'équilibre est bancal, mais ça tient".

Bon, je mange mon chapeau, et c'est pas très bon.

Ceci étant, je l'ai jamais dit sur twitter pour pas donner d'idées aux idiots de l'Elysée (je sais qu'on m'y lit...), mais en privé, je disais "s'il doit dissoudre, l'idéal pour lui serait le 18 ou 19 mai".

Pourquoi ?

Parce que le 18 et le 19 mai étaient les deux jours qui permettaient d'avoir une gauche bloquée avec des listes séparées aux européennes + 1er tour des législatives le 9 juin.

Faire une union dans ce contexte aurait été très compliqué. Sans union, on aurait été laminés, et même avec, allez expliquer en 20 jours aux électeurs la logique d'être divisés à un scrutin et unis à l'autre.

Donc voilà, déjà, si vous voulez relativiser, on a évité ça...

Bon, au final, il dissout juste après, et la situation est quasiment la même. Du coup, je pense encore la même chose : son pari, c'est pas une victoire du RN, son pari, c'est bel et bien sa victoire à lui, grâce à la division de la gauche. Je m'explique.
Petit rappel de l'état des forces à l'AN : les macronistes ont 250 députés, et la majorité absolue est à 289. La Nupes a 149 députés, le RN 88, LR 61, et il y a 29 députés LIOT/non-inscrits.
Si la Nupes est divisée aux législatives, on va s'entretuer au premier tour, et on risque de faire entre 25 et, allez, soyons TRES généreux, 75 députés maximum. On en avait fait 60 en 2017, pour rappel (28 PS, 17 FI, 15 PCF). Prenons 60 pour la suite.
149 moins 60, ça fait 89 circos qui iraient aux autres camps. Je vois mal 89 circos basculer de la gauche au RN, dans des 2nd tours LREM-RN. Les macronistes appelleront au vote barrage, les électeurs de gauche qui savent le danger qu'est le RN feront le sacrifice nécessaire.
Là dedans, Macron n'a qu'à en récupérer 40 pour avoir une majorité. Sachant en plus que des circos LR risquent fort d'être à prendre + il y aura des défections de LR qui le rejoindront.
Et s'il arrive à avoir la majo, tant mieux, et s'il échoue, tant pis, au pire ils seront à genre 250-270 macronistes face à 200-240 RN.

Parce qu'en face, le RN part de beaucoup plus loin, 88. Pour faire 289, il leur faut réussir à gagner 200 circos, soit plus de 80% de la Nupes, LR et LIOT/non inscrits (149+61+29 = 239).

Même avec leur score aux européennes, c'est très très loin d'être gagné.

Et puis si Macron échoue vraiment et que le RN est effectivement devant, alors oui, il y a le scénario "mettre le RN au pouvoir, pour qu'ils se plantent pendant 3 ans et espérer qu'ils perdent en 2027".
Si c'est son pari, je vais me permettre de parler au nom de toutes celles et ceux qui vont souffrir d'un gouvernement FN : Emmanuel, tu termineras encore plus dans les poubelles de l'Histoire, et ça sera mérité.
Mais je pense qu'il n'a pas du tout peur de ça, en vérité, parce que comme je l'ai dit, c'est loin d'être faisable pour le RN.
En vérité, qu'il soit devant ou que le RN le soit, dans un paysage politique où la gauche est morte et où il reste lui et les fachos, il pourra penser qu'aux yeux de l'histoire il aura été leur opposition, qu'il reste au pouvoir ou que ce soit eux. Ce qui, je pense, lui convient.
Autrement dit, le pari est gagnant quelle que soit le côté où la pièce retombe : s'il a la majo, tout bénef. S'il l'a pas, il (pense qu'il) sera "le résistant".
Ce qui me fait penser que son pari est la division de la gauche, c'est deux choses. Primo, le délai. Il a choisi le délai le plus court possible pour faire les législatives, 20 jours, donc moins de 3 semaines, quand il pouvait en laisser 40, presque un mois et demi.
En vérité, il pouvait même en laisser bien plus s'il le voulait : "Je demande au Parlement de ne plus rien voter d'ici au 30 juin, pas de session d'été, et je prononcerai la dissolution pour que les législatives aient lieu le 15 septembre"
20 jours pour négocier un accord, déposer les candidatures dans les circos, faire campagne et clarifier les lignes à gauche, c'est très très très court, quasi mission impossible, et il le sait.
Et le deuxième truc qui me fait penser que notre division est son pari, c'est ça :
https://t.co/4CV7D603Hl https://t.co/4CV7D603Hl
Agence France-Presse (@afpfr) on X

Dissolution de l'Assemblée nationale: la majorité "ne présentera pas de candidat" aux élections législatives contre des députés sortants "faisant partie du champ républicain", annonce le ministre Stéphane Séjourné à l'#AFP

X (formerly Twitter)
@malauss Niveau délai, si on oublie l'hypothèse de septembre, une ou deux semaines plus tard, ça tombe le 14 juillet, et ensuite durant les JO.
Ça bloque un peu je pense
@malauss mais ça n'a pas de sens, personne même pas lui peut prétendre à la fois détenir l'exécutif et être résistant. L'exécutif est pas essence en position de pouvoir. En plus ce serait lui qui, dans cette hypothèse, aura provoqué cette situation.