Puisqu'on parle de conflit de légitimité entre médecins et historiens sur l'autre réseau de l'enfer, profitons du débat pour aborder un point intéressant: les réactions des personnes étudiées dans le cadre des sciences sociales - ou est-ce que l'expérience de la "vraie vie" bat la recherche ⬇️
Une des choses dont on s'aperçoit assez vite lorsqu'on doit étudier des personnes, ce qui est un peu la base des sciences sociales, est qu'il y a toujours un gap entre le ressenti et le vécu des personnes étudiées et l'objectivation scientifique que les chercheur·se·s produisent
Mais ça va au-delà du décalage : c’est désagréable de s’exposer à ce décalage. Les personnes étudiées sont souvent blessées en voyant le résultat de l’objectivation, parce qu’elles ont l’impression que ça nie leur expérience personnelle.
Tout le monde voit bien ce que ça donne : des réactions du genre « Mais moi, je suis sur le terrain depuis dix ans, donc je sais mieux » ou « Je l’ai vécu, comment pouvez-vous dire que c’est une expérience minoritaire ? » Et ça n’épargne personne : en 1979, quand Latour et Woolgar sortent La vie de laboratoire, les réactions des neuroendocrinologues étaient du style : « Mais tout le monde sait ça » ou « Ils n’ont rien compris à ce que nous faisons »