Je retombe sur des notes que j'avais prises il y a un moment du très bon livre d'Evgeny Morozov, Le mirage numérique. Pour une politique du Big Data, traduit en français (par Pascale Haas) en 2015.

Petit thread avec quelques extraits intéressants.

« Dans un génial coup publicitaire, [ #Uber ] a aussi proposé à l'un de ses plus farouches adversaires, la ville de Boston, d'accéder au trésor que constituent les #données anonymisées relatives aux itinéraires, pour l'aider à limiter les embouteillages et à améliorer l'aménagement urbain. » (p. 22)
« Comme les entreprises de #technologie se sont accaparé l'une des plus précieuses ressources actuelles, les #données , elles ont pris l'ascendant sur des municipalités aussi dénuées d'argent que d'imagination, et peuvent se poser en sauveurs bienveillants des ternes #bureaucrates peuplant les administrations. » (p. 23)
« les combats relatifs aux services publics seront remportés par ceux qui possèdent les #données et les capteurs qui les produisent. » (p. 25)
« #Facebook n'a pas besoin de comprendre pourquoi les histoires gaies font davantage cliquer les utilisateurs pour se servir de ce savoir. La fin de la théorie, que Chris Anderson avait annoncée dans le magazine Wired en 2008, est advenue dans de domaine un peu plus tôt que prévu : quand il devient possible d'observer, d'étudier et de tester un aussi grand nombre de choses, les débats théoriques et philosophiques approfondis ne sont plus qu'un obstacle. » (p. 64-65)
« #Google prétend que sa mission est d'"organiser l'information mondiale afin de la rendre universellement accessible et utile". Ne serait-ce pas formidable si, un jour, on lisait enfin entre les lignes le véritable sens de cette phrase : " #monétiser toute l'information du monde afin de la rendre universellement inaccessible et rentable" ? » (p. 76)
« la capacité d'insérer un #capteur et une connexion Internet dans tout et n'importe quoi [...] permet de transformer toute chose en marchandise […]. Si c'est bien vers cet avenir que nous nous dirigeons, alors il est évident que des lois ne serviront pas à grand-chose. En effet, les citoyens opteront volontairement pour ce genre de transactions, comme nous optons déjà pour l'email gratuit (mais facile à surveiller) et les liseuses moins chères (mais financées par la publicité). » (p. 102-103)
« On nous explique souvent qu'il est bon de céder ses données à des fins commerciales. Par exemple, vous installez un capteur dans votre voiture pour prouver à votre compagnie d'assurance que votre conduite est plus sûre que celle du conducteur moyen, base sur laquelle elle établit ses tarifs. Tant mieux pour vous : [...] vous paierez moins. Mais le problème, avec les moyennes, c'est que la moitié de la population se retrouve du mauvais côté de la barrière. (1/2)
[…] Dans ce modèle, la décision de vendre ses #données personnelles ne relève plus seulement du marché et de l'économie, mais aussi de l'éthique. En effet, si cette décision implique une dégradation de la situation d'autrui, alors il faut prendre en compte un facteur #éthique : l'économie seule ne suffit pas. » (p. 105) (2/2)
« La régulation algorithmique, quels que soient ses avantages immédiats, accouchera d'un régime politique exclusivement dominé par les grandes entreprises de technologie et par la bureaucratie d'État. » (p. 129)