Comment défendre ses droits dans l’ESR ? Réflexion sur des expériences perso.

Deux cas de figure, deux fils (développés en plusieurs fois) :

1) l’attaque des droits des personnels ; 2) les pressions sur les élus représentant le personnel dans une université (ex CHSCT).

L’attaque des droits des personnels.

Le contexte (1/12) : une UFR dont la direction élue et les responsables administratifs ont été entièrement renouvelés à la rentrée. La directrice administrative et la responsable de la sco prennent leur poste sans formation adaptée. Cela a eu de grandes conséquences.

5 mois + tard : l'incompétence répétée des cheffes suscite une souffrance au travail au sein du service de la scolarité, la direction élue ne réagit pas, faute d'avoir été formée à temps, la direction administrative provoque une terrible pagaille dans les emplois du temps qui met sens dessus dessous les enseignants et les étudiants. Du coup, une protestation du personnel et des étudiants se déroule pendant 8 jours. A la clé: quelques moyens en plus, mais la désorganisation admin. se poursuit.
Il s'en suit une nouvelle protestation des étudiants. Elle provoque en retour des réactions répressives de la part de la direction de l’Université : elle ordonne la fermeture du bâtiment, les gestionnaires de sco sont déplacées sur un autre campus dans le bâtiment de la Présidence où elles sont soumises à une stricte surveillance et subissent autoritarisme et intimidation. L’une est même agressée verbalement. Cela lui vaut une succession d'arrêts de travail au titre d'un accident de service.

Entre temps, le comité constitué qlq mois plus tôt pour faire un audit du service administratif rend des conclusions abusives pour lesquelles il n’est pas compétent.

Les réunions plénières de l’UFR sont dénoncées comme nuisibles et il recommande de les supprimer (abus de pouvoir : le comité n'a pas été missionné pour cela), la protestation des personnels est présentée comme une simple instrumentalisation du mal-être des gestionnaires de scolarité , celles-ci sont déclarées fautives.

Le comité d’audit a simplement dédouané les détenteurs de l’autorité (jamais la responsabilité de la DRH n’a été évoquée, ni celle de la Direction élue et administrative de l’UFR) en chargeant les personnels les plus subalternes (catégorie C). Le rapport recommande de les déplacer.

C’est si simple.

Avant les vacances, un conseil de discipline se réunit et sanctionne 2 étudiants et 1 enseignant.

Une enquête administrative est organisée et entend une partie seulement des personnels. Elle est conduite à charge et sa durée supposée ne cesse d'être étirée.

Le déménagement de l’UFR est décidé en douce, la direction de la composante répond aux questions du personnel à ce sujet par des mensonges récurrents. Des réunions secrètes sont organisées avec un cabinet conseil payé par l'Université.

S'ajoute à cela la pression exercée par le DRH et la DGS sur la gestionnaire qui n’avait pas fui l'UFR : elle est fermement invitée à muter.

Ceci n’est que le contexte initial qui s'étale sur 4 mois et demie.

Le soupçon, la surveillance, l’autoritarisme réduisant à presque rien la collégialité et les intimidations n’ont pas cessé pendant plus de 3 ans.

Comment les personnels ont-ils réagi ?

Lorsqu’on est loin d’un collègue en difficulté, on n’a pas de grandes possibilités pour exprimer son soutien : on peut signer des pétitions, faire circuler l’information autour de soi, contribuer à une cagnotte.

Quand ce sont des collègues avec qui on interagit de semaine en semaine depuis plusieurs années, on pourrait s’attendre à ce que les soutiens soient + intenses, que les gens se sentent personnellement concernés (parce que le contact va au-delà des liens impersonnels entre fonctions enseignantes et administratives) et essaient de les aider à se sortir de cette mauvaise passe.

Les possibilités d'agir en leur faveur sont aussi plus nombreuses sachant qu'on est + près de la hiérarchie.

Mais non.

Pourtant, quand il y a des enjeux d’ordre académique (définition des profils de poste, avis sur les dossiers de promotion, construction de maquettes de formation), les collègues se mobilisent : ils sont présents aux réunions préparatoires, ils rédigent des courriers argumentés, ils rencontrent le V.P, ils assistent à l’ACS ou transmettent des procurations.

Tout change quand les enjeux au sein du collectif de travail ne sont plus académiques et que l’autorité demande obéissance ou menace les opposants de rétorsions.

La suite au prochain numéro !

Grossièrement, la composante s’est scindée en 5 sous-ensembles, et ce pendant plusieurs années. C’est schématique et un peu fixiste comme on le verra un peu plus tard.
Le 1er groupe est composé de ceux qui relaient la répression venant de la Présidence et mettent en œuvre surveillance, hyper verticalité, intimidations et mises en accusation. On y trouve la direction élue, la directrice administrative et la responsable de la scolarité : 3 + 1 personnes.
J’écris 3+1 car la responsable de sco a servi de courroie de transmission des ordres de la direction, mais elle en a aussi subi les pressions, ce qui a abouti à un longue arrêt maladie de près d’1 mois avant l’été et à un rdv à la médecine préventive.
Soit dit en passant, la médecine préventive n’a jamais rien évité, elle a toujours été en deçà de ses missions sauf à la fin quand c’était trop tard. Souvent servile, elle a minimisé les événements en épousant systématiquement le point de vue de la présidence.
Elle a été jusqu’à convoquer un collègue à une visite médicale afin de contrôler son aptitude professionnelle sur la seule base d’un « on dit » anonyme, sans doute transmis par la DRH. L’enjeu officiel de cette visite : la prolongation du collègue sur son poste. Rien que ça.
Un 2e sous-ensemble inclut les gestionnaires de sco qui ont été les plus exposées aux diktats de la Direction car elles étaient placées sous son autorité et celle de la DGS & DRH. Les titulaires des postes ont eu beau changer d’une année sur l’autre, toustes ont subi le même management autoritariste.
Ce sont aussi celles et ceux qui sont les moins à même de se défendre par leurs propres moyens du fait de cette subordination directe. Ils/elles ont peu de marge de manœuvre pour résister aux pressions, même accompagné(e)s par des représentants du personnel. Moralité : syndiquez-vous !
La 3e fraction est composée de celles & ceux qui appuient la direction +/- activement : l’une plaint le directeur et la directrice adjointe du moment pénible qui les attend : eh oui, ils vont devoir faire une déposition orale devant le conseil de discipline pour accuser un collègue.
Et elle appelle le maximum de collègues à signer un courrier de soutien en leur faveur -oui, le monde à l’envers. Quelques courageux et courageuses signent, certains en se réjouissant publiquement sur la liste de diffusion de pouvoir le faire.

Une autre envoie des lettres délirantes pleines de fiel aux syndicats et aux personnels de l’UFR en criant à la machination. Elle se moque des gestionnaires de scolarité qui, selon elle, auraient tout simulé : elle dénonce les certificats de complaisance qu’il serait si facile à obtenir.

Indigne !

La 4e fraction regroupe les collègues apathiques qui désapprouvent la direction mais ne veulent pas que cela se sache. Au max, ils le font en chuchotant quelques fois leur désaccord et se disent que le temps fera son œuvre, mais pas de solidarité. Priorité à leur tranquillité !
Il n’y a pas de souci des personnes en difficulté. Certains collègues ont passé 10 ans à interagir avec la gestionnaire de scolarité partie en arrêt maladie après la reconnaissance d’accident de service. Ils n’ont pas pris de nouvelles et se sont étonnés qu’on en prenne !!!

Le dernier groupe est constitué de ceux et de celles qui ont essayé de s’organiser pour se défendre et pour s’opposer à la politique de la Présidence et de la direction de l’UFR.

La suite au prochain numéro.

L’attaque des droits des personnels (fin).
Les gens désireux de dénoncer cette situation et de s’opposer à ce qui se mettait en place à l’UFR se sont réunis pour échanger des infos et envisager comment ils pouvaient épauler les gens les + exposés et se défendre collectivement.
Parmi les faits les + marquants: une grève d’un jour pour dénoncer la situation faite à un collègue mis sous pression par la médecin de prévention qui subordonnait le maintien à son poste à un suivi médical, tout ceci sur la base de rumeurs dont l’origine n’a jamais été dévoilée.

@DrBiscuit La suite c'est par ici.

Une 3e et dernière série de tweets est prévue d'ici peu.