Dans la suite de la séquence, je pense que le plus simple et le plus effficace est de revenir un peu sur l’histoire du recueil poétique à travers les liens entre texte et image. Sans entrer dans des jeux plus complexes comme ceux de Raban Maur, il est aisé de montrer que de nombreux manuscrits médiévaux sont illustrés. Guillaume de Machaut se met en scène rencontrant Amour ; les poèmes de Charles d’Orléans comportent une première page richement ornée.
Sans même parler de cas exceptionnels comme le Codex Manesse ou Le Roman de la rose (et des 300 manuscrits qui le conservent). Les ressources des Essentiels de la BNF à ce sujet sont une source d’informations précieuse sur l’histoire du livre, entre autre des enluminures des manuscrits :
https://essentiels.bnf.fr/fr/livres-et-ecritures/histoire-du-livre-occidental/827cc9bf-5a3e-4180-886b-9974538a24b0-livre-medieval/article/61ace8e6-9bb4-46e6-b193-f1aefc3adaf6-enluminure-manuscrits-medievaux
L'enluminure des manuscrits médiévaux | BnF Essentiels
La peinture à l'intérieur des livres médiévaux se conçoit en relation étroite avec le texte.
BnF EssentielsBien sûr tous les recueils poétiques ne sont pas aussi richement illustrés, comme en témoigne ce manuscrit de Guillaume de Machaut. Dans l’ensemble, les enluminures servent souvent d’illustration au récit, racontant une histoire grâce aux images. Et puis, avec l’apparition de l’imprimerie, les illustrations semblent quasiment disparaître des recueils de poèmes.
Pas tout à fait : les incunables du début du XVIe siècle peuvent être encore richement illustrés les poèmes religieux de Catherine d’Amboise. Mais comme l’explique bien les Essentiels de la BNF, la reproduction mécanique des images semble pousser l’illustration hors de la poésie.
https://essentiels.bnf.fr/fr/livres-et-ecritures/histoire-du-livre-occidental/efbeed25-e194-437d-ac46-ee9254f2d014-livre-lepoque-moderne-16e-18e-siecles/article/4378cf6b-b10b-420d-979b-a83958ad834b-livre-la-renaissance
Le livre à la Renaissance | BnF Essentiels
Au début du 16e siècle, les imprimeurs continuent de fournir les textes médiévaux disponibles pour le marché universitaire.
BnF EssentielsA défaut de lire le livre adapté de sa thèse (et qui ne sort qu’en février), j’ai trouvé passionnante la conférence d’Anna Baydova :
https://youtu.be/oRBgz8_JF54 Elle a également été commissaire d’une exposition de la bibliothèque de Moulins qui aborde brièvement la question de l’illustration de la poésie.
https://mediatheques.agglo-moulins.fr/userfiles/file/MediathequeCommunautaire/2017_Animations/Expo_IMAGinez_la_Renaissance_Livret.pdf
Illustrer le livre imprimé au XVIᵉ siècle
YouTubeC’est dans ce catalogue, à l’occasion d’une partie sur la circulation des motifs, qu’elle évoque le portrait de Ronsard en prince des poètes par Nicolas Denisot qui figure dans l’édition des Amours et qui a servi de modèle à des siècles de portraits de Ronsard. Cette présence de Ronsard au seuil de son livre, est selon moi à mettre en rapport avec l’émergence de la figure de l’auteur au XVIe siècle.
Certes, le poète n’est pas absent de l’enluminure médiévale, comme chez Machaut (mais le poète-amant s’y met en scène comme personnage du récit poétique), ou dans ce Chansonnier provençal proposant des portraits de chacun des troubadours présents dans le recueil.