#Concert à l'#auditorium de la #MaisondelaRadio, 25/11/2022
#Orchestre #Philharmonique de #RadioFrance, Maxime Pascal
Patricia #Kopatchinskaja, #violon et #voix

György #Ligeti:
#Concerto pour violon
Mysteries of the Macabre

Olga #Neuwirth:
Masaot/Clocks without Hands (2013, #création française)

Gustav #Mahler:
#Adagio de la #Symphonie n°10

Un programme monumental traversant tout le #20esiècle, et un bout du 21e! Maxime Pascal, déjà admiré dans Stockhausen à la Philharmonie, aime les défis!

...et le #public est avide de suivre Maxime Pascal dans ses audaces: auditorium plein! Encore une fois un cinglant démenti au #cliché du "pas de public pour la #musiquecontemporaine"! 🤗 Je radote, mais ça me tient à coeur, d'autant que ce genre d'idée reçue tient de la prophétie auto-réalisatrice et rend les programmateurs frileux. Mieux vaut faire confiance à la #curiosité du public, venu nombreux pour #Ligeti et #Neuwirth (et aussi #Mahler, sûr que ça jouait...).
#contemporarymusic #audience
La #violoniste Patricia #Kopatchinskaja est la complice idéale du flamboyant chef: elle sait défendre le #répertoire #contemporain (qu'elle adore visiblement) sans excès de sérieux, avec humour même, avec verve, gouaille, couleur, naturel, simplicité... & bien sûr une virtuosité tranquille, sans ostentation: elle se joue des difficultés d'une partition redoutable comme s'il s'agissait d'une conversation avec l'orchestre & le public. Comme elle transmet aisément sa joie de jouer cette musique! 😍
Redoutable, le #concerto pour #violon de #Ligeti, mais quelle merveille, hantée par les mélodies populaires et les formes anciennes, avec ses consonances étranges tirées de la série harmonique naturelle, sa #microtonalité, l'accord #scordatura des cordes, les vents qui troquent régulièrement leurs instruments pour de stridents #ocarinas! Une oeuvre d'une insolente variété et pourtant d'un souffle entièrement cohérent, glissant sans cesse du malaise à l'expressivité pure!
https://www.youtube.com/watch?v=4FN7vdCPrlE
György Ligeti, Violin Concerto

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Quand Patricia #Kopatchinskaja revient sur scène, dans une entrée fracassante et clownesque, grommelant, froissant et déchirant les partitions, elle est grimée façon "grand macabre": dans les #Mysteries of the #Macabre de #Ligeti, pour #soprano #coloratura et #orchestre, elle tient à la fois le #violon et la partie #vocale! 😮 Avec une bouffonnerie gourmande, elle s'empare de ce texte #grotesque fait de quelques mots & d'onomatopées, et parvient même à le relier aux enjeux climatiques actuels!
C'est une sacrée #performance: #Kopatchinskaja, qui bien sûr n'est pas une #soprano #coloratura, utilise son #violon pour appuyer et/ou relayer la voix (légèrement amplifiée) - de sorte que le violon semble fusionner avec le personnage dans une incarnation réjouissante et cathartique:
https://www.youtube.com/watch?v=Nlj6bkA1t0M [ici avec la Camerata Bern]
CAMERATA BERN Patricia Kopatchinskaja Ligeti Mysteries Macabre

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...Cette oeuvre demande que l'on s'en empare de manière personnelle, imaginative et iconoclaste, et il y a autant de manières de l'aborder que d'interprètes, par exemple plus "#soprano-coloraturesque" (et vocalement ébouriffante - mon dieu ces aigus acérés comme des poignards!) comme chez Barbara #Hannigan [ici avec le Gothenburg Symphony Orchestra]:
https://www.youtube.com/watch?v=ireZYjEkpac
LIGETI Mysteries of the Macabre Hannigan GSO

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Après l'entracte, l'on retrouvait le #Philhar cette fois en (très) grande formation pour la #création française de #Masaot/Clocks without Hands d'Olga #Neuwirth, une #compositrice avec laquelle j'entretiens un rapport un peu dubitatif: je vais toujours l'entendre avec curiosité, mais rarement avec une excitation fébrile - il y a chez elle quelque chose de la citation brillante, du pastiche très intellectualisé, du gimmick dont j'admire la facture mais qui me fait souvent rester un peu extérieur.
Eh bien cette fois, avec la direction habitée, ardente de Maxime Pascal, Olga #Neuwirth m'a vraiment touché! Je comprends mieux cette impression de pastiche que j'éprouvais parfois, liée en fait à un travail de (re)collage partant d'une #mémoire rapiécée de la #Mitteleuropa et du #Danube, travail qu'Olga Neuwirth mène à la fois du "dedans" et du "dehors", entre implication (personnelle et généalogique) et distanciation ironique. Très éclairant par rapport à ce que j'avais déjà entendu d'elle.
Dans Masaot/Clocks without Hands, des fragments de chansons, de valses, de mélodies populaires ou de musique klezmer affleurent tour à tour à la surface des masses orchestrales, un peu comme la mélodie de mariage juif dont la clarinette s'invitait dans le 3e mouvement de Mahler 1; cette texture mémorielle est scandée par des tics-tacs d'horloge, notamment par un trio de métronomes en déphasage. Or ce qui pourrait être un gimmick un peu gratuit, et un clin d'oeil appuyé...
https://www.youtube.com/watch?v=4NKRp6ZTovU
Masaot/Clocks without Hands (2013)

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...au Ligeti du "Poème symphonique pour 100 métronomes", se révèle étonnamment émouvant dans la mise en regard d'une mécanique précise, décalée et dérisoire et d'une mémoire humaine fragmentée. Ce dispositif, certes très pensé, aboutit à une ironie qui n'est pas froide et distante, mais engagée, poignante, tragique, mahlérienne, hantée par la décadence de la Mitteleuropa et une atmosphère fin-de-siècle, ouvrant le dernier volet du concert (j'avais bien dit que le programme était monumental!)...
...à savoir l'#adagio de la Symphonie n°10 de #Mahler, sidérant: les altos exposent à nu une longue ligne sinueuse et distendue, parcourant horizontalement toute la pièce, enrichie de denses contrepoints et d'un second thème plus tumultueux, avant de se voir transpercée par la vertigineuse verticalité d'un accord de neuf sons, que Mahler lui-même n'aura jamais entendu dans les timbres de l'orchestre...
...puisqu'il est mort sans achever cette #symphonie, bouleversante en l'état. Un long silence d'une qualité rare (même pas un toussotement! 🙃) a conclu hier soir l'interprétation par le #Philhar et Maxime Pascal de ce tournant musical aux limites de la #tonalité.
Bravo pour une soirée fascinante sous le signe des fantômes de la #Mitteleuropa et de la #modernité!
En complément, l'#adagio de #Mahler 10 par le Sydney Youth Orchestra, dir. Alexander Briger:
https://www.youtube.com/watch?v=uOoNVmUHGNM
#classicalmusic
MAHLER Symphony No.10, Adagio

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@peredovitch Merci pour cette passionnante lecture !
@peredovitch Ah, les ocarinas, je n'avais jamais remarqué ça au disque ! C'est… surprenant !
@carnetsol Pour ma part j'aurais juré par moments entendre un orgue, alors que non, évidemment - juste les harmoniques des vents... Les surprises timbrales sont multiples ici! 🙃