Pourquoi ce soudain serrement de cœur lundi soir en voyant un toit brûler ?

Les vieilles pierres de Paris sont avant tout un décor, celui de moments inscouciants et de superbes rencontres. Les voir partir en fumée jette une poignée de terre supplémentaire sur ces doux souvenirs, et la brutalité du feu fait éclater le caractère inexorable de cette disparition. …/…

…/… à vrai dire, j’ai bien plus de tristesse en pensant à la disparition de « mon » Paris, celui de mes 20-30 ans, des bistros et des quartiers où je traînais, et des gens qui les habitaient. Mais c’est une tristesse nostalgique de basse intensité. Avec ce monument, ça n’est finalement qu‘un minuscule bout, iconique mais très anecdotique qui disparaît. Pas de quoi s‘y attarder. …/…
…/… Bien sûr, ce monument n’était pas que cela. C’était aussi un chef-d’œuvre artistique. Mais d’un genre auquel j’avoue être insensible. Mes visites m’avaient laissé froid. Entre crispation pour le caractère profondément touristique du lieu, un brin de claustrophobie, et des souvenirs d’enfance mal digérés, les églises sont des lieux qui me mettent toujours mal à l’aise. …/…
…/… naturellement il y a aussi derrière le bruit provoqué par cet incendie un aspect économique : ce type de monument est un des moteurs de l’industrie touristique, il fait marcher le commerce des marchands du temple (mais, à bien y réfléchir, vu les conséquences de cette industrie (pollution, transformation du monde en galerie marchande uniforme…), sa disparition ne serait pas forcément un mal) …/…

…/… Heureusement, l’émotion nostalgique devant les flammes n’a pas duré. L’indécence du monde m’a très vite ramené à la réalité, au dégoût, à la colère. La charité des puissants, la récupération par des politicards trop heureux de trouver un leurre pour détourner l’attention de la question sociale, le mépris et le cynisme que révèlent leurs gestes, le chœur des tenants d’un « roman national » fondant et justifiant toutes les injustices…

EOT