Un numéro de 'comme nous brûlons' où "des voix plurielles, désaccordées" parlent d'immigration, d'exil, de perte, de dépossession et des façons dont les identités se forgent. Parmi les textes très différents rassemblés, plusieurs poèmes. Dont celui-ci de Camille Chems Bakkali.
"Chems"
ma grand-mère comptait les lunes
sur ses doigts
la couleur orange du henna
que je confondais avec de la saleté
33 fois, elle disait
Allahu Akbar
sa langue déjà, un attentat
un attentat de s'incliner
à l'aube, elle se levait pour prier fajr
elle s'inclinait, l'arbre
lourd de sa fertilité, de ses fruits,
mais j'avais huit ans et j'étais blanche
et je ne voyais qu'une vieille femme
soumise à son hijab et à ses fables
mes ancêtres chorfa m'ont-ils vue me haïr ?
[...]
j'avais dix-neuf ans sur son lit de mort, Allah y ra7ma
incapable de lui lire une sourate
il est l'heure de prendre la route
mon prénom est le signe de l'humiliation
j'en ai le monde rongé
il est l'heure de prendre la route
[...]
sur le bitume, je jette mon prénom
et je reprends le sien, Chems
je ne suis plus qu'un tas de nerfs en furie
je suis sans langue, sans dieu, sans foi
et je ne sais pas façonner une harcha de semoule
je suis nue, libre et triste,
mais votre existence, mes frères, perfore l'oubli imposé
il faut continuer la route [...]
(Poème complet dans les photos ci-dessous)
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