Une bien jolie balade hivernale Ă Bellefontaine, un compte rendu
Introduction
La Gaume, cette rĂ©gion mĂ©ridionale de la Belgique, Ă l'extrĂȘme Sud-Ouest de la Province de Luxembourg est caractĂ©risĂ©e par un relief formĂ© de cuestas et un climat un peu plus doux qui lui vaut son surnom de Provence Belge.
Sa proximité avec la France (elle est bordée par la Lorraine et la Champagne-Ardenne) lui confÚre un petit air de ressemblance avec sa voisine, d'ailleurs, en Gaume nous n'avons pas de maisons communales ni de bourgmestres mais bien des mairies et des maires! La pierre jaune de Lorraine est aussi bien présente dans les constructions.
Cette région au pentes et au climat doux offre de nombreuses possibilités de loisirs et notamment de randonnée! Outre les traditionnels G.R., il existe des parcours en boucle à grande distance comme la Gaume BuissonniÚre et la Lorraine Gaumaise qui, elle, joue à saute-mouton avec la frontiÚre toujours proche!
Une nature encore assez bien préservée invite à la flùnerie et a été mise en valeur par Jean-Claude Servais dans ses nombreuses bandes-dessinées.
Terre de folklore et de tradition, la Gaume possÚde aussi une de rares abbayes trappistes reconnues et peut s'enorgueillir de sa biÚre d'Orval à moins que vous ne préfériez un vin de Torgny, le village le plus méridional de Belgique à deux pas de la frontiÚre!
VoilĂ , en quelques phrases dressĂ© le portrait de cette magnifique rĂ©gion oĂč j'ai le plaisir d'habiter et que j'aime Ă explorer Ă pied et peut-ĂȘtre vous donner envie, Ă vous aussi, de venir passer vos prochaines vacances chez nous!
Cap sur Bellefontaine
Vue panoramique du village de Bellefontaine prÚs de l'église
En ce beau dimanche dâhiver, la tempĂ©rature est franchement froide avec -4 degrĂ©s au lever mais dĂ©jĂ , un ciel bleu azur et bientĂŽt les pĂąles rayons du soleil viendront illuminer la nature et les paysages Ă dĂ©faut de les rĂ©chauffer, mais quâĂ cela ne tienne.
A 9 heures 04, le bus TEC de la ligne 33, le premier de la journĂ©e le dimanche, arrive au carrefour de lâavenue Bouvier pour y embarquer quelques voyageurs. LâarrĂȘt est situĂ© Ă 100 mĂštres de la gare de Virton-Saint-Mard et rend donc facile une combinaison train/bus pour accĂ©der Ă cette balade. Il rejoint la gare de Marbehan sur la ligne Arlon â Namur, offrant ainsi un accĂšs aisĂ© sans voiture Ă Bellefontaine.
Vingt petites minutes plus tard et aprĂšs avoir traversĂ© les villages dâHoudrigny, Meix-devant-Virton et Lahage, il nous dĂ©pose au centre de Bellefontaine. Jusquâen 1984, il y avait une gare Ă Saint-Vincent-Bellefontaine sur la ligne 165 Libramont â Virton â Athus dite Athus-Meuse mais il nâest guĂšre Ă©tonnant que cet arrĂȘt a Ă©tĂ© supprimĂ© en 1984, il se situait Ă trois bons kilomĂštres des deux villages desservis Ă savoir Saint-Vincent et Bellefontaine. Elle avait naturellement toute son utilitĂ© Ă lâĂ©poque de la construction de la ligne, la voiture nâexistait pas alors. Le temps de me repĂ©rer et de sortir la carte nous voilĂ partis !
La promenade
Itinéraire de la promenade balisée
Le point de dĂ©part de la promenade est situĂ© au lavoir de la maison Jean-Charles Hugo. Nous longeons la route de Virton et passons au droit de lâĂ©glise pour arriver Ă la Fontaine Centrale, un lavoir classĂ© au patrimoine de Wallonie et joliment restaurĂ©. Lâeau y coule toujours et manifestement, câest au goĂ»t dâun couple de pigeons qui semble sây ĂȘtre installĂ©.
La fontaine centrale, un lavoir classé au patrimoine wallon dans le village de Bellefontaine
Par beau temps, de nombreux bancs disposĂ©s Ă cĂŽtĂ© invitent Ă la dĂ©tente mais nous avons quand mĂȘme une balade de 11 kilomĂštres Ă notre programme ! Nous continuons donc quelques dizaines de mĂštres jusquâĂ la sortie du village et la croix Jean Dansart oĂč nous allons bifurquer Ă droite et nous diriger vers vers lâair de dĂ©tente de Bellefontaine. Le chemin, rural, passe Ă travers les champs de culture et les prairies.
Assez rapidement, nous pĂ©nĂ©trons dans la forĂȘt et quittons le chemin principal pour emprunter un chemin Ă©troit qui nous mĂšne dans lâĂ©troite vallĂ©e de la Chevratte, un ruisseau qui prend sa source Ă Bellefontaine et va se jeter dans le Ton Ă Dampicourt. Au dĂ©tour du chemin, on dĂ©couvre lâancienne station de pompage datant des annĂ©es 1930, elle servait Ă alimenter le chĂąteau dâeau de Bellefontaine mais le systĂšme hydraulique de pompage nĂ©cessitait sept fois plus dâeau pour la force de propulsion que pour dâeau dâutilisation.
Peu aprĂšs nous revenons sur le chemin principal que nous avions quittĂ© un peu avant jusquâĂ un croisement oĂč nous bifurquons Ă droite pour descendre vers le fond de la vallĂ©e assez encaissĂ©e de la Chevratte oĂč passe la ligne ferroviaire de lâAthus-Meuse (Ligne 165 Libramont â Virton â Athus) et atteignons le Pont dâAvioth (en fait un passage sous les voies), ce chemin est le point de dĂ©part dâun ancien itinĂ©raire de pĂšlerinage Ă travers les bois vers la basilique des Champs, ainsi quâest surnommĂ©e la basilique du village dâAvioth dans le dĂ©partement voisin de la Meuse, une histoire que nous raconterons une autre fois.
Sur le chemin du Pont d'Avioth
Une fois passĂ© sous le chemin de fer, il nous faut remonter sur les hauteurs, la pente est forte mais surmontable et nous arrivons Ă un croisement oĂč nous trouverons un banc et les arbres jubilaires, arbres de diverses essences plantĂ©s en 1930 pour commĂ©morer le centenaire de la Belgique.
Nous poursuivons notre chemin en serpentant Ă travers le bois de Maidgibois et croisons sur notre route la baraque Payat, un ancien pavillon de chasse au lieu dit de La VachĂšre, malheureusement fortement dĂ©gradĂ© et vandalisé⊠Il nous faut passer un petit guĂ© pour poursuivre notre route. Nous passons Ă proximitĂ© de la croix Mouflan qui se dresse un peu en retrait du chemin depuis 1677 avant dâarriver Ă une aire de dĂ©tente Ă proximitĂ© de la ligne de chemin de fer que nous avons Ă nouveau quasiment rejoint. Lâendroit est malheureusement aussi Ă proximitĂ© dâune route, ce qui enlĂšve un peu de quiĂ©tudeâŠ
La croix Mouflan datant de 1677
AprĂšs une pause bien mĂ©ritĂ©e et une belle conversation avec un habitant du village de Saint-Vincent, nous poursuivons notre route en passant devant la stĂšle Richter oĂč Le Lieutenant Richter et sept de ses hommes, originaires dâAlsace, cuirassiers français du 5e rĂ©giment qui tombĂšrent Ă cet endroit le 10 mai 1940, jour de la dĂ©claration de guerre. Ce monument en grĂšs rose alsacien a Ă©tĂ© offert par le Conseil GĂ©nĂ©ral dâAlsace.
Avant de passer le pont et rejoindre le site de lâancienne gare de Saint-Vincent-Bellefontaine oĂč les trains ne sâarrĂȘtent plus depuis le 3 juin 1984, nous empruntons pour quelques dizaines de mĂštres le G.R. qui longe la voie ferrĂ©e, câest ici que se croisent les trains voyageurs de et vers Virton et vu que câest bientĂŽt lâheure, câest lâoccasion rĂȘvĂ©e de faire deux photos. AprĂšs ce petit intermĂšde, nous remontons vers le chemin et enjambons le pont de la Soye, pont construit lors de lâĂ©tablissement de la ligne ferroviaire en 1879, dĂ©truit par les soldats français le 10 mai 1940, reconstruit par lâoccupant et Ă nouveau dĂ©truit le 9 septembre 1944, il sera reconstruit Ă la libĂ©ration et modifiĂ© en 1999 lors de lâĂ©lectrification de lâAthus-Meuse.
Automotrice Desiro 08 548 assurant le train L 5961 Libramont- Virton - Athus - Arlon au passage Ă Saint-Vincent-Bellefontaine
AprĂšs avoir franchit le pont, nous prenons Ă gauche vers lâancienne gare oĂč nous dĂ©couvrons un bĂątiment, qui est lâancien local du signaleur est tout ce qui reste de lâancienne gare. Il est aujourdâhui transformĂ© en habitation privĂ©e. Lâendroit est connu des amateurs de trains car il y avait non loin de lĂ un imposant chandelier lorsque la ligne Ă©tait encore Ă©quipĂ©e dâune signalisation mĂ©canique. Nous dĂ©couvrons aussi sur la place devant la gare une antique plaque dâarrĂȘt dâautobus qui nâest, par ailleurs, plus desservi !
Une anecdote relatĂ©e dans la brochure accompagnant la promenade mentionne que le 6 octobre 1947, un lourd train de marchandises a connu une rupture dâattelage en gare. Le tronçon vers Meix-devant-Virton Ă©tant pentu (16/1000) sur les sept kilomĂštres qui sĂ©pare les deux gares, la moitiĂ© du train a dĂ©valĂ© la pente jusquâĂ la gare de Meix et a percutĂ© lâautorail (appelĂ© aussi micheline par les cheminots et habituĂ©s) rĂ©gulier Ă une vitesse estimĂ©e Ă 150 km/h. Il y eut 5 tuĂ©s et 5 blessĂ©s graves. Le bĂątiment de la gare de Meix a Ă©tĂ© littĂ©ralement pulvĂ©risĂ© !
En quittant la gare, nous nous engageons sur la derniĂšre partie de la promenade qui va nous ramener au centre de Bellefontaine. Nous le ferons en empruntant un chemin rural et rejoignons lâancienne chaussĂ©e romaine qui reliait au premier siĂšcle de notre Ăšre TrĂšves Ă Reims en passant par le Grand-DuchĂ© de Luxembourg, Arlon, Bellefontaine, Florenville, Chameleux et Carignan. TrĂšves Ă©tait lâune des capitales de lâempire Romain. Marcher sur une route vieille de deux mille ans, câest aussi possible en Gaume !
Chemin rural vers Bellefontaine
Pour le dernier kilomĂštre, il nous faut marcher le long de la route nationale oĂč heureusement, le trafic nâest pas trop important le dimancheâŠ
Un monument sâoffre Ă nous le long de cette route : le calvaire de Madjibo, créé en 1956 pour remercier la Vierge de sa protection pendant la seconde guerre mondiale. Le monument a Ă©tĂ© offert par le Ministre Hubert Pirlot Ă qui appartenaient les bois de Maidgibois. La statue a Ă©tĂ© sculptĂ©e par Louis Thomas originaire de Sahier. Elle possĂšde un cĆur dâor, ce qui nâest pas sans rappeler Notre-Dame de Beauraing (une petite ville ardennaise entre Bertrix et Dinant) telle quâelle serait apparue Ă des enfants dans les annĂ©es 1930.
Le calvaire de Madjibo Ă Bellefontaine
Et voici, que nous arrivons Ă nouveau Ă Bellefontaine et dĂ©couvrons une Ă©vocation de scĂšne de dĂ©bardage, une sculpture mĂ©tallique, Ćuvre de Gatien Dardenne et inaugurĂ©e le 21 octobre 2007 par la commune de Tintigny. Les chevaux de trait Ă©taient la force motrice de la rĂ©gion pour les travaux dans les bois ; ils sont connus pour leur force et leur robustesse rustiques.
ScÚne de débardage avec des chevaux de trait, sculputre réalisée par Gatien Dardenne inaugurée en 2007
Il ne nous reste plus assez de temps pour faire une visite de lâarboretum mais ce sera pour une prochaine balade dans la rĂ©gion Ă coup sĂ»r !
A 14 h 31, lâautobus de la ligne 33 qui relie la gare de Marbehan Ă Saint-Mard arrive et me voilĂ reparti vers chez moi la tĂȘte remplie de belles images des paysages, de la nature hivernale et de ce petit spirou, câest comme cela quâon appelle lâĂ©cureuil roux chez nous, que jâai aperçu fortuitement dans un grand arbre le long du chemin!
Pour aller plus loin
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