https://iran.frama.io/luttes-2026/05/28/entre-anti-imperialisme-decolonial-et-lutte-pour-la-democratie-la-gauche-occidentale-a-abandonne-la-lutte-contre-son-propre-etat.html (Entre “anti-impérialisme décolonial” et “lutte pour la démocratie”, la gauche occidentale a abandonné la lutte contre son propre État par Siyâvash Shahabi)

Source: https://cnt-ait.info/2026/05/28/iran-260527/#:~:text=entre%20%C2%AB%20anti-imperialisme%20decolonial%20%C2%BB%20et%20%C2%AB%20lutte%20pour%20la%20democratie%20%C2%BB%2C%20la%20gauche%20occidentale%20a%20abandonne%20la%20lutte%20contre%20son%20propre%20etat%20

Entre "anti-impérialisme décolonial" et "lutte pour la démocratie", la gauche occidentale a abandonné la lutte contre son propre État

Nous avons traduit ce texte du militant révolutionnaire d’origine iranienne Siyâvash Shahabi, dont nous partageons l’analyse sur l’orientalisme des soit disant "anti impérialistes" et autres décoloniaux occidentaux.

Sous couvert de prendre position contre "l’Occident", ces derniers font surtout le jeu des régimes les plus autoritaires qui martyrisent leur population.

Comme le dit Siyâvash, la posture toute spectaculaire de cette gauche se nourrit d’images qu’elle forge elle-même (ou qu’elle relaye pour d’autres qui la forge pour elle …)

Ces images, ces représentation, invisibilisent, font écran, à la réalité de ce que vit la population, à commencer par la classe ouvrière, qui n’entre jamais en ligne de compte dans les savantes analyses géopolitiques des "décoloniaux".

Elle permet surtout de se donner la bonne conscience de "faire quelque chose" en agitant des images et des slogans, sans avoir à lutter dans le réel ici, c’est-à-dire sans avoir à se confronter réellement à notre propre État, cette lutte étant déléguée au soit disant "Axe de la résistance".

À partir de là **cette gauche construit (ou relaye) une esthétique, avec ses codes visuels, vestimentaires, de langage, devenant une affirmation identitaire mais qui n’a aucun contenu émancipateur car là n’est pas son objet**.

Cette analyse rejoint celle que nous avions exprimé dans les colonnes d’Anarchosyndicalisme sur le campisme : "Nous assistons actuellement en fonction des divers conflits, à un retour de cette idéologie d’affrontement entre l’axe du bien et l’axe du mal, qui est en fait la description du campisme, qui consiste à dire quiconque n’est pas avec moi, est contre moi (comme au bon vieux temps de la guerre froide).

*C’est une vision idéologique binaire*, qui appelle à soutenir n’importe quelle saloperie pour diverses raisons, notamment des luttes anticolonialistes, des luttes de libération nationale, tout ce qui paraît de près ou de loin "anti-impérialiste" mais authentiquement interclassiste, à partir du moment où l’ennemi de mon ennemi entre en conflit.

*Le campisme ce n’est pas de l’internationalisme, ce n’est pas la solidarité, mais un aveuglement*. [1, https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1372 ]

La gauche occidentale ne combat plus son propre État.

Elle vit politiquement à travers les images qu’elle créé des autres [États].

Quand il s’agit de l’Iran, cette image prend généralement deux formes.

Soit l’Iran est réduit à un régime islamique oriental qui a besoin d’être sauvé [contre lui-même] par l’Occident, soit il devient un bastion de résistance où toute contradiction de classe, de genre, de travail, ethnique et sociale interne doit être occultée.

Ces deux images peuvent sembler antagonistes, mais elles se rejoignent en un point : toutes deux effacent la société iranienne.

En tant que communistes iraniens, nous avons été contraints d’expliquer une évidence: **nous sommes contre la guerre**.

- *Contre une attaque américano-israélienne contre l’Iran*.
- *Contre les sanctions*.
- *Contre les bombardements*
- *Contre un "changement de régime" [apporté de l’extérieur]*.
- *Contre l’instrumentalisation de la population iranienne dans des projets géopolitiques*.

*Mais être contre la guerre ne signifie pas se taire face à la République islamique*

Nous sommes contre la guerre *car elle détruit la même classe que la République islamique opprime en temps de paix*.

Nous sommes contre la guerre *car les bombes et les sanctions appauvrissent la société, la fragmentent et la rendent plus vulnérable*.

Et c’est précisément pour cette raison que nous ne pouvons pas décrire un État répressif comme un bouclier de libération.

Le bouclier libérateur de la classe ouvrière, c’est sa propre organisation, et non un État sécuritaire et capitaliste.

Une partie de la gauche occidentale, au lieu de combattre la politique étrangère de son propre État, ses propres bases militaires, ses propres entreprises d’armement et ses propres sanctions, *soutient des régimes autoritaires ou des organisations militaires et qualifie cela d’anti-impérialisme*.

Ce n’est pas de l’internationalisme.

C’est une externalisation de ses politiques.

Quand on abandonne la lutte contre son propre État, **l’anti-impérialisme devient l’esthétique de l’Axe de la Résistance**.

*Mais un communiste iranien ne peut pas faire cela, car pour nous, il ne s’agit pas d’une image*.

*Il s’agit de la réalité d’une classe écrasée à la fois par les bombes et les sanctions, mais aussi par la privatisation, la prison, les exécutions, le port obligatoire du hijab, la répression des grèves et une économie sécuritaire*.

# Notes

[1] Pour en finir avec le “Campisme” Journal Anarchosyndicalisme n° 184 Nov.Dec .23 ; https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1372

Pour en finir avec le “Campisme” Journal Anarchosyndicalisme n° 184 Nov.Dec .23 ; - https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1372
Liens campisme

- https://aplutsoc.org/tag/campisme/
- https://leftrenewal.org/tag/campism/
- https://www.palim-psao.fr/search/campisme/
- https://collectifnopasaran.noblogs.org/2026/03/23/ni-shah-ni-mollah-soutiens-du-regime-iranien-hors-de-nos-luttes/

# Livre: Lumières et anti-lumières en Iran par Amirpasha Tavakkoli et Stéphanie Roza

- https://iran.frama.io/luttes/livres/2026/lumieres-et-anti-lumieres-en-iran/lumieres-et-anti-lumieres-en-iran.html (Lumières et anti-lumières en Iran par Amirpasha Tavakkoli et Stéphanie Roza)

#Iran #gauche #campisme #anarchisme #CNTAIT #Resistance #SiyâvashShahabi

2026-05-28 Entre “anti-impérialisme décolonial” et “lutte pour la démocratie”, la gauche occidentale a abandonné la lutte contre son propre État par Siyâvash Shahabi — Iran luttes 2026

https://blogs.mediapart.fr/elisha-baskin/blog/110526/tsedek-quand-la-justice-se-fait-slogan-interrogation-par-une-refuznik (“Tsedek !” quand la justice se fait slogan : interrogation par Elisha Baskin, refuznik)

- https://antiracisme.frama.io/luttes-2026/05/11/tsedek-quand-la-justice-se-fait-slogan-interrogation-par-une-refuznik.html

- https://leftrenewal.org/fr/articles-fr/baskin-tsedek/

# Extraits

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Pour un groupe occupant autant d’espace en ligne sur la question israélo-palestinienne, j’ai été stupéfaite de constater que le livre ne traite jamais vraiment d’Israël/Palestine, ni des personnes qui y vivent.

Il ne contient aucune définition du sionisme, ni de l’antisionisme .

À part qu’Israël est un projet colonial et donc mauvais, et une brève mention des horreurs du génocide, on n’y trouve ni discussion ni analyse de l’histoire ou de la réalité de la vie dans la région.

Tout au long du récit, le Proche Orient paraît très lointain.

Comment un mouvement qui se prétend décolonial peut-il s’arroger le droit de dicter à tout un peuple la bonne manière de s’émanciper ?

Le fond importe-t-il si peu, pourvu que le test soit réussi ? ¶

Dans tout le livre, la décontextualisation permanente repose sur une incapacité à tenir ensemble deux vérités :

1 qu’Israël est un État créé pour et par des réfugiés ,

2 qu’il est aussi un projet colonial .

Cette contradiction, la grande majorité des Palestiniens avec lesquels j’ai collaboré au fil des années en Israël et en Cisjordanie la comprennent parfaitement

Que sommes-nous censés faire des Israéliens qui vivent en Israël et des Palestiniens qui aspirent à un État indépendant ? ¶

Mais, si le sionisme se résume exclusivement et depuis toujours à un mouvement colonial, que sommes-nous censés faire des Israéliens qui vivent en Israël et des Palestiniens qui aspirent à un État indépendant ?

Ce genre de positions simplistes et idéologiques évincent le réel et rendent donc impossible de penser des solutions opérantes pour les personnes qui peuplent la région.

Penser Israël comme un projet colonial “à l’européenne”, et donc aspirer à la disparition d’Israël comme si ses habitant.es juif.ves étaient des colons disposant d’une métropole où “retourner”, c’est nier la matérialité des faits

Est-ce là le combat du collectif ?

Rester collé aux communautés marginalisées pour tenter de se maintenir dans une oppression perpétuelle ?

Mais alors, pourquoi Tsedek! s’allie-t-il avec des groupes comme LFI, qui luttent précisément pour conquérir le pouvoir ?

Émanant de personnes situées du côté le plus privilégié de l’humanité, la question “Que faire de notre pouvoir ?” est légitime et cruciale.

Mais, dès lors qu’elle est posée à travers le prisme étroit de l’anti-impérialisme campiste https://leftrenewal.org/tag/campism/ (ajout NDLR) , elle ne sert plus qu’une gauche autoritaire, incapable de condamner Assad, Poutine, ou le régime iranien – quand elle ne les défend pas explicitement .

Tsedek! est présent dans la rue et réalise un vrai travail d’organisation.

Mais le collectif surfe surtout sur une vague de culpabilité juive, et la culpabilité est toujours égocentrique, narcissique.

Ce qui manque profondément dans les débats que Tsedek! porte, c’est la question de la responsabilité.

- L’Occident contre l’Orient,
- le Bien contre le Mal,
- colonisateurs contre colonisés,
- oppresseurs contre opprimés…

Ce manichéisme enfantin séduit par sa facilité .

Tsedek! convainc ainsi de nombreux jeunes gens, dont l’engagement repose moins sur un projet politique d’avenir que sur une jouissance coupable et une esthétique de la radicalité – une radicalité nourrie de mauvaise conscience plutôt que d’intelligence du réel.

Pour qui, comme moi, cherche un militantisme ancré dans le réel et une famille politique avec laquelle produire des effets concrets, j’ai besoin – et, il me semble, le mouvement antiraciste français a besoin – de pistes d’actions qui prennent en compte la complexité du conflit, de son histoire, et des populations qui y sont impliquées .

Cela suppose une solidarité matérielle à la fois avec les Palestinien.ne.s et avec les militant·es de gauche israélien·nes, trop souvent délégitimé.es comme “sionistes”, alors qu’iels travaillent quotidiennement à la construction d’un avenir différent .

Cette délégitimation des militant·es de terrain, Tsedek! semble aujourd’hui la partager

En 2023, son manifeste fondateur affirmait : “Nous nous tenons aux côtés des Palestinien·ne·s et des Israélien·ne·s qui se battent pour une alternative réellement démocratique…”, ou encore se disait “solidaire de collectifs juifs antiracistes, anti-occupation et antisionistes dans le monde entier, comme de groupes palestiniens et israéliens…”.

De ce soutien, il n’est plus question dans ce nouveau livre.

Quel a été le chemin qui a conduit le collectif à effacer une forme de résistance ?

Leur internationalisme est-il devenu sélectif ?

La course au dé-blanchiment des Juifs diasporiques rend-il les anarchistes et antifascistes israélien·nes infréquentables ?

A-t-on jamais vu un collectif se réclamant de l’émancipation et de l’égalité des droits lutter pour défendre le retour à l’oppression antérieure de la population dont il émane ?

C’est pourtant ce qui ressort de la lecture de Lutter en rupture, lutter en solidarité.

Ce qui en transparaît beaucoup plus clairement, c’est une angoisse permanente autour de l’identité des auteurices, réduite à sa seule judéité, et au mépris de toute approche intersectionnelle de classe ou de genre.

Au final, le plus étonnant dans “Lutter en rupture”, lutter en solidarité, ce ne sont pas tant les positions qui y sont défendues que leur rigidité .
Le ton péremptoire des illibéraux a désormais infusé les espaces progressistes et radicaux, où certaines catégories critiques tendent à se figer en dogmes ¶

Le ton péremptoire des illibéraux a désormais infusé les espaces progressistes et radicaux, où certaines catégories critiques tendent à se figer en dogmes .

La justice (tsedek צדק) ne peut être réduite à un slogan sans complexité .

Elle demande un effort continu de lucidité, d’humilité et d’intérêt pour le réel

Alors seulement elle peut devenir autre chose qu’un cri de ralliement et proposer un horizon politique réellement partagé.

La gauche, ce n’est pas le-genre-humain-mais-là-non

La gauche, ce n’est pas le-droit-des-peuples-à-disposer-d’eux-mêmes-mais-là-non

# Liens

- https://leftrenewal.net/fr/french-version/
- https://leftrenewal.org/wi/
- https://www.reseau-bastille.org/2025/10/08/le-renouveau-de-la-gauche-a-lere-de-lattente-par-ben-gidley-et-daniel-mang/
- https://leftrenewal.org/tag/antisemitism-en/
- https://leftrenewal.org/fr/articles-fr/baskin-tsedek/

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#Tsedek #antisemitisme #questions #campisme #standingTogether #grenoble #LeftRenewal

« Tsedek ! » - quand la justice se fait slogan : interrogation par une refuznik

En tant que juive israélienne de gauche désormais établie en France, non sioniste, refuznik, j’ai accueilli avec enthousiasme la sortie du livre « Lutter en rupture, Lutter en solidarité ». Il y a plusieurs idées avec lesquelles je suis d’accord. Mais la justice (tsedek צדק) y est réduite à un slogan sans complexité, au risque d'oublier le réel. Une critique située. 

Mediapart

- https://antiracisme.frama.io/luttes-2026/05/11/tsedek-quand-la-justice-se-fait-slogan-interrogation-par-une-refuznik.html

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En tant que **juive israélienne de gauche désormais établie en France, non sioniste, refuznik** (refus de servir dans l’armée israélienne), ancienne membre du conseil d’administration de Jewish Voice for Peace et de Boycott from Within, militante de longue date en Israël et en Palestine, j’ai accueilli avec enthousiasme la sortie du livre Lutter en rupture, Lutter en solidarité du collectif "Tsedek!".

Il y a plusieurs idées dans le livre avec lesquelles je suis d’accord.

Oui, la lutte contre l’antisémitisme doit s’inscrire dans une perspective plus large de lutte antiraciste.

Le sionisme a transformé et uniformisé le judaïsme à travers le monde.

C’est une bonne chose que de faire la distinction entre Israël en tant qu’État et les pratiques juives.

Tout antisionisme n’est pas antisémite.

Enfin, construire des alliances plus larges au sein de la gauche est bien entendu nécessaire, à condition de le faire intelligemment.

**À la lecture, j’ai pourtant dû m’étonner**.

Tout d’abord, le livre est écrit par un collectif.

**Qui me parle ?**

Quelles sont les expériences vécues des auteurices ?

Il n’y a pas de témoignage à la première personne, pas de récit.

Plus généralement, faute de point de vue situé, un ton dogmatique persiste tout au long de l’ouvrage

Celui-ci s’ouvre pourtant par la déclaration : "Nous avons fait le choix d’incarner une parole de vérité qui, si elle n’est évidemment pas infaillible…"

Tout se passe pourtant comme si elle l’était.

Trois grands aspects, qui se chevauchent en partie, m’ont paru témoigner de grandes faiblesses, voire de manquements profonds en termes de pensée critique et de défense d'un horizon politique clair :

- les questions liées au judaïsme et à la vie diasporique ;
- la question de la Palestine ;
- et enfin l’analyse anti-impérialiste.

**Il me semble important de clarifier ces points, car ils ne sont pas spécifiques à Tsedek! : ils reflètent en réalité des tendances largement partagées au sein des mouvements dits "décoloniaux" en France**.

Face aux catastrophes actuelles qui se déroulent dans la région, ma critique peut sembler secondaire.

Mais, si l’on se place dans la perspective d’un véritable changement, ces débats restent nécessaires.

Identité juive et vie diasporique

"Être juif ou juive.
C’est peut-être d’abord se demander comment le rester." (p. 15)

Qu’est-ce qu’être juif ?

J’aime beaucoup cette question, profondément juive, en tant que réflexion philosophique.

Cependant, lorsqu’elle est prise au pied de la lettre, comme le fait le collectif, elle suppose que l’on peut être juif le lundi et s’en défaire le jeudi en fonction des événements.

Ce n’est pas ainsi que fonctionne une religion, ni une appartenance historique, culturelle, symbolique, un héritage qu'on porte et qui pèse son poids : on ne s'en débarrasse pas "comme ça".

L’instrumentalisation de l’identité juive au service d’autres causes est pourtant un thème récurrent du livre.

© Tsedek !

Pour Tsedek!, la création d’un État-nation juif constitue un péché originel, dans la mesure où il situe les Juifs du côté du pouvoir (occidental, colonial, impérial).

Dès lors, la vie diasporique semble, à leurs yeux, une obligation morale pour la population juive et non une liberté à protéger, une option possible.

Or, entre dire que : "La diaspora devrait rester un horizon d'émancipation possible pour les peuples juifs" et : "La diaspora est la seule perspective pour le peuple juif ", il y a un pas qui n’a rien d’évident.

**Comment un mouvement qui se prétend décolonial peut-il s’arroger le droit de dicter à tout un peuple la bonne manière de s’émanciper ?**

Palestine

Pour un groupe occupant autant d’espace en ligne sur la question israélo-palestinienne, j’ai été stupéfaite de constater que le livre ne traite jamais vraiment d’Israël/Palestine, ni des personnes qui y vivent.

**Il ne contient aucune définition du sionisme, ni de l’antisionisme**.

À part qu’Israël est un projet colonial et donc mauvais, et une brève mention des horreurs du génocide, on n’y trouve ni discussion ni analyse de l’histoire ou de la réalité de la vie dans la région.

Tout au long du récit, le Proche Orient paraît très lointain.

Peut-être peut-on en trouver une explication dans cet aveu, glissé au détour d’une critique de la droite :

"De la même manière que la situation en Palestine est un test pour les forces de gauche à travers le monde, permettant d’apprécier la profondeur de leur anticolonialisme, on peut donc affirmer qu’il existe aujourd’hui pour les extrêmes-droites mondiales une "preuve par Israël" qui leur permet de montrer patte blanche." (p. 69)

Comme si la cause palestinienne était le simple décor d’une performance radicale de la gauche occidentale.

**Le fond importe-t-il si peu, pourvu que le test soit réussi ?**

Dans tout le livre, la décontextualisation permanente repose sur une incapacité à tenir ensemble deux vérités :

- 1 **qu’Israël est un État créé pour et par des réfugiés**, - 2 **qu’il est aussi un projet colonial**.

**Cette contradiction, la grande majorité des Palestiniens avec lesquels j’ai collaboré au fil des années en Israël et en Cisjordanie la comprennent parfaitement**.

Pourquoi Tsedek! tient-t-il tant à "démontrer la nature par essence coloniale du projet sioniste, à l’encontre des interprétations prétendant distinguer un sionisme originellement positif ou émancipateur de ce qui ne serait qu’une trahison de ses principes par une extrême droite suprémaciste" (p.64) ?

Que sommes-nous censés faire des Israéliens qui vivent en Israël et des Palestiniens qui aspirent à un État indépendant ?

Mais, si le sionisme se résume exclusivement et depuis toujours à un mouvement colonial, **que sommes-nous censés faire des Israéliens qui vivent en Israël et des Palestiniens qui aspirent à un État indépendant ?**

Ce genre de **positions simplistes et idéologiques** évincent le réel et rendent donc impossible de penser des solutions opérantes pour les personnes qui peuplent la région.

Penser Israël comme un projet colonial "à l’européenne", et donc aspirer à la disparition d’Israël comme si ses habitant.es juif.ves étaient des colons disposant d’une métropole où "retourner", **c’est nier la matérialité des faits**.

**C’est aussi nier les conditions réelles nécessaires à l’existence d’un Etat palestinien**.

Il est également surprenant que la diversité ethnoculturelle de la population israélienne ne soit que brièvement mentionnée, de même que les raisons de l’exil des Juifs du monde arabe.

Israël est présenté de manière uniforme, d’un seul coup de pinceau : “blanc”.

En réalité, 20 % des citoyens israéliens sont palestiniens et environ 50 % des Juifs israéliens sont d’origine moyen-orientale et nord-africaine, sans compter les nombreuses familles aux origines mixtes.

Effacer la réalité vécue d’un peuple, nier son histoire singulière et discréditer sa demande légitime d’être reconnu dans son existence concrète, ce n’est pas seulement une erreur intellectuelle : c’est un des mécanismes les plus classiques du racisme.

Dans ce cas précis, ce déni nourrit directement l’antisémitisme.

Bien que je défende personnellement une solution à un seul État, où tous ceux qui vivent from the river to the sea bénéficieraient de droits égaux et d’une citoyenneté commune, y compris la prise en compte du droit au retour des Palestiniens, nous ne pouvons ignorer le fait que la majorité des Juifs et des Palestiniens en Israël/Palestine souhaitent vivre dans des États-nations indépendants et hermétiquement séparés.

**Impérialisme et pouvoir juif**

Tsedek! exprime et réitère tout au long du livre son hostilité envers l’impérialisme, la domination occidentale, le colonialisme, le racisme et la suprématie blanche.

Jusque-là, nous sommes d’accord.

Mais la manière réductrice dont cette grille de lecture est appliquée conduit à un effacement systématique des identités et à une cécité historique flagrante.

Pour résumer, le collectif présente la création de l’État d’Israël comme la plus grande trahison juive.

D’une part, elle a conduit à la dépossession des Palestiniens et à l’instauration d’un État colonial.

D’autre part, les Juifs sont supposés, par essence, rester du côté des opprimés; or, se doter d’un État-nation les place du côté du pouvoir.

Le dernier paragraphe du livre le dit de manière frappante : "Depuis plusieurs siècles, la condition juive a été faite d’arrachements : arrachement au judaïsme, par l’assimilation à la modernité occidentale, arrachement à notre arabité, brisée par la colonisation, arrachement à notre yiddishité, engloutie par la Shoah.

D’une certaine manière, le sionisme aussi aura été affaire d’arrachement : parce qu’il accélère notre blanchiment, parce qu’il produit le ralliement massif de bon nombre d’entre nous à la suprématie blanche, il aura été l’arrachement des Juif·ves au camp des damné·es de la Terre." (p.121)

Tsedek! ne critique pas la manière dont les Juifs utilisent leur pouvoir : le collectif critique le fait que des Juifs aient du pouvoir.

Le pouvoir est sale.

Le pouvoir est impérial.

L’assimilation juive en Europe, la citoyenneté accordée par décret aux Juifs algériens (fragile "privilège", suspendu par le régime de Vichy avant d’être rétabli par le gouvernement de la France libre en 1943), le fait d’avoir un État-nation – tout cela prive les Juifs de leur condition de dépossession éternelle.

...

#Antisémitisme #Autoritarisme #Campisme #CautionDesAntisemites #Colonialisme #DécolonialismeRéactionnaire #Interregimatic #Tsedek

2026-05-11 “Tsedek !” quand la justice se fait slogan : interrogation par Elisha Baskin, refuznik — Antiracisme luttes 2026

Le problème du campisme

PeerTube

TRIBUNE – Philippe Corcuff réagit à un récent appel contre la guerre en Iran, dont les signataires, émanant des deux extrémités du champ politique, en viennent à absoudre la République islamique.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/05/02/philippe-corcuff-politiste-des-confusions-entre-discours-d-extreme-droite-et-de-gauche-se-developpent-au-niveau-international_6684840_3232.html

L’appel sur Counterpunch :
https://www.counterpunch.org/2026/04/10/six-non-negotiable-terms-from-international-scholars-and-former-officials-from-30-countries-to-end-the-u-s-war-on-iran-amid-trumps-threat-of-war-crimes/

En français :
https://open.substack.com/pub/zanzibar/p/declaration-a-la-conscience-de-lhumanite

Il y a bien cette phrase dans l’appel : « Dans la poursuite de cette abjection, les États-Unis ont brutalement assassiné le guide spirituel et intellectuel de l’Iran, l’ayatollah Seyyed Ali Khamenei – reconnu internationalement comme une voix contre l’arrogance et le terrorisme – ainsi que sa famille. »

#Confusionisme #Campisme #PhilippeCorcuff #Iran

- https://www.reseau-bastille.org/2026/04/17/les-pieges-du-campisme-perspectives-mondiales/

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Les pièges du campisme : Perspectives mondiales

La lutte contre le campisme, le confusionnisme et la réaction prend des chemins divers. Une initiative venue d’Ukraine.

En anglais

Mardi 21 avril · 15:00 EEST (heure de Kyiv) donc 14 heures (France)

Ce webinaire rassemble des voix de l’Iran, de la Syrie, du Venezuela et de l’Ukraine pour examiner comment les cadres campistes de la gauche mondiale ont constamment mal interprété – et parfois activement nui à – les luttes populaires en Amérique du Sud, au Moyen-Orient et à l’Est de l’Europe.

Plutôt que d’offrir la solidarité, le campisme a trop souvent fourni une couverture idéologique aux régimes autoritaires en réduisant les réalités politiques complexes à un simple axe d’anti-impérialisme, effaçant simultanément l’agence des personnes qui luttent contre l’oppression sur plusieurs fronts.

Nos orateurs vont cartographier le terrain partagé de ces luttes : l’expérience d’être pris entre les intérêts du pouvoir néocolonial et la mauvaise foi d’une gauche qui confond l’ennemi de son ennemi pour un ami. La conversation vise à construire une solidarité décoloniale plus honnête – responsable devant les gens réellement en lutte, pas devant les abstractions géopolitiques.

# Intervenant·e·s

• Ladan Rahbari — University of Amsterdam

• Robin Yassin-Kassab — auteur, Road to Damas

• Rafael Uzcategui — Laboratoire de paix

• Mariia Vorotilina — conservatrice et militante

# Modératrice

Tereza Hendl – Membre du conseil d’administration de l’association RUTA, philosophe, Université d’Augsbourg

🔗Inscrivez-vous ici :

http://us06web.zoom.us/webinar/register/WN_-SKpsJRMQ2yZzCvQGDSNSw?fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTAAYnJpZBEwN0NLQUNmNmFrcXQ0Ujh1N3NydGMGYXBwX2lkEDIyMjAzOTE3ODgyMDA4OTIAAR7l-LEAZ9YJBy48Y_6mLZSDWmVW6UsCYaWvwZN1FluOA8eQd_wkMpE-gghocQ_aem_s8zNAU-3ISaGulc20uNdEg

Ce webinaire se déroule avec le soutien de la Fondation internationale de la Renaissance ( Міжнародний фонд « Відродження » ).

Son contenu relève de la responsabilité exclusive des auteurs et ne reflète pas nécessairement les opinions de la Fondation internationale de la Renaissance.

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#campisme #ukraine #iran #Syrie #Venezuela

Les pièges du campisme : Perspectives mondiales  – Réseau Bastille

Campisme – Left Renewal Blog

- https://kurdistan-au-feminin.fr/2026/04/13/la-palestine-larbre-qui-cache-la-foret-coloniale-du-moyen-orient/

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La focalisation quasi exclusive de l’opinion internationale et des médias sur le conflit israélo-palestinien occulte une réalité bien plus vaste et systémique : une forêt de dominations coloniales internes et de persécutions ethniques et religieuses qui affecte des dizaines de millions de personnes au Moyen-Orient. La Palestine est l’« arbre » médiatique qui capte toute la lumière, tandis que des peuples entiers – Kurdes, Yézidis, Alévis, Baloutches, Assyro-Chaldéens, Arméniens, Chrétiens d’Orient… – voient leur identité, leur langue et leur territoire niés par des États-nations artificiels nés des accords coloniaux franco-britanniques.

# L’héritage empoisonné de Sykes-Picot

Tout commence avec les accords Sykes-Picot de 1916, un partage secret entre la France et le Royaume-Uni qui découpait l’Empire ottoman défait selon des intérêts impérialistes, sans aucun égard pour les réalités socioculturelles, linguistiques et religieuses millénaires de la région.

Ces tracés arbitraires ont donné naissance à des États factices – Irak, Syrie, Turquie moderne – conçus sur le modèle européen de l’État-nation : « un peuple, une langue, un drapeau ». Ce modèle rigide s’est révélé catastrophique dans une région caractérisée par une mosaïque ethnique et confessionnelle exceptionnelle.

La tragédie kurde en est l’illustration la plus criante. Les Kurdes, promis à l’indépendance par le traité de Sèvres (1920), ont été sacrifiés au traité de Lausanne (1923) pour consolider la nouvelle République turque de Mustafa Kemal Atatürk. Ils sont ainsi devenus la plus grande nation sans État du monde, morcelée entre la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Chacun de ces États a tenté, par la force, de les assimiler ou de les effacer.

La forêt des minorités persécutées

Au-delà des Kurdes, c’est toute la mosaïque humaine du Moyen-Orient qui a été visée par ces nationalismes d’État exclusifs :

Assyro-Chaldéens, Syriaques et Arméniens : Héritiers des plus anciennes civilisations de Mésopotamie, ils ont subi le Sayfo (génocide assyrien) en 1915, contemporain du génocide arménien. Les délégations assyriennes de l’époque estimaient les pertes entre 250 000 et 275 000 morts – environ la moitié de leur population d’avant-guerre. Des vagues d’exodes massifs ont suivi, menaçant aujourd’hui leur survie sur leurs terres ancestrales.

Les Yézidis : Minorité religieuse kurde, ils ont été victimes de 74 tentatives de génocide au cours de leur histoire, dont le plus récent par Daech en 2014 : environ 5 000 hommes et personnes âgées massacrés, plus de 6 800 femmes et filles réduites en esclavage sexuel, et des centaines de milliers de déplacés. L’ONU et plusieurs pays ont reconnu ces crimes comme un génocide.

Les Baloutches : Divisés par la ligne Durand (frontière coloniale entre Pakistan et Afghanistan), ils subissent une répression féroce en Iran et au Pakistan, où leurs ressources naturelles sont exploitées sans bénéfice pour les populations locales.

D’autres minorités – Chrétiens d’Orient, Alévis, etc. – ont également fait face à des politiques d’assimilation, de discrimination ou d’éradication culturelle.

Pourquoi ce silence ?

Si la Palestine capte toute l’attention, c’est en partie parce que dénoncer la colonisation israélienne est devenu un marqueur politique simple et mobilisateur dans de nombreux cercles. Dénoncer le caractère colonial des États issus de Sykes-Picot obligerait l’Occident à remettre en question l’architecture même du Moyen-Orient qu’il a contribué à bâtir – et à affronter des alliés stratégiques : la Turquie (membre de l’OTAN), les États pétroliers, ou des acteurs clés des routes commerciales et de la stabilité régionale.

Les Kurdes, Yézidis, Assyriens ou Baloutches n’ont ni lobby comparable ni image aussi polarisante.

Leur souffrance est souvent réduite à des « problèmes internes » ou à des questions de « terrorisme » (PKK, etc.), tandis que les États responsables sont courtisés pour des raisons géopolitiques.

Cette perspective met en lumière une réalité amère : la lutte pour l’autodétermination au Moyen-Orient ne pourra être complète tant que l’on ignorera les dizaines de millions d’individus dont l’identité est niée par des frontières tracées à Paris et à Londres il y a plus d’un siècle. Reconnaître cette « forêt coloniale » dans toute sa complexité est un préalable à toute paix durable et honorable dans une région qui n’a jamais connu de paix depuis plus d’un siècle.

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La Palestine : l'arbre qui cache la forêt coloniale du Moyen-Orient – Kurdistan au féminin

La focalisation quasi exclusive de l’opinion internationale et des médias sur le conflit israélo-palestinien occulte une réalité bien plus vaste et systémique : une forêt de dominations coloniales internes et de persécutions ethniques et religieuses qui affecte des dizaines de millions de personnes au Moyen-Orient. La Palestine est l’« arbre » médiatique qui capte toute […]

Kurdistan au féminin

Les pièges du #campisme : Perspectives mondiales

La lutte contre le campisme, le confusionnisme et la réaction prend des chemins divers. Une initiative venue d’Ukraine. ML
https://www.reseau-bastille.org/2026/04/17/les-pieges-du-campisme-perspectives-mondiales/

Les pièges du campisme : Perspectives mondiales  – Réseau Bastille

https://iran.frama.io/luttes/livres/2026/lumieres-et-anti-lumieres-en-iran/lumieres-et-anti-lumieres-en-iran.html

À bien des égards, le destin de ce pays a une valeur exemplaire, non seulement pour le monde arabo-musulman, mais également pour comprendre certaines logiques à l’œuvre dans la vie publique des pays occidentaux.

De ce point de vue, l’Iran peut être considéré comme un laboratoire de l’expérience politique contemporaine .

En effet, certaines tendances observables dans de nombreux pays du monde sont, d’une manière ou d’une autre, nées ou se sont développées sur le sol iranien dans la seconde moitié du XXe siècle.

Nous essayerons en particulier d’éclaircir une des particularités les plus singulières de la vie politique iranienne du XXe siècle: la propension, observable à des degrés divers dans la quasi-totalité des organisations de gauche pourtant marxisantes voire marxistes, à promouvoir l’islam comme moyen de libération spirituelle, culturelle voire politique une propension que les Iraniens ont appelée “islamo-marxisme” dans les années 1970.

Cette tendance amena d’importantes franges de la gauche à converger avec les mollahs dans une vindicte antisioniste éradicatrice, considérée comme la pointe avancée de la lutte contre l’impérialisme occidental .

En tout état de cause, elle conduisit finalement les militants à faire front avec Khomeyni pendant tout le processus révolutionnaire, jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour faire machine arrière.

Autrement dit, elle conduisit au suicide collectif .

Il n’en est que plus frappant de constater que certains arguments mobilisés en leur temps par les artisans d’une telle politique, voire par les mollahs eux-mêmes, ont encore cours dans le débat public contemporain, à des milliers de kilomètres de Téhéran et quarante-six ans après la prise de pouvoir de Khomeyni .

C’est également pour indiquer à tous d’où viennent et où conduisent ces errements, dans l’espoir, hérité des Lumières, que la connaissance du passé permette de s’orienter dans le présent et de préparer un avenir collectif plus désirable, que le présent livre a été rédigé.

#iran #histoire #gauche #campisme