https://iran.frama.io/luttes-2026/05/28/entre-anti-imperialisme-decolonial-et-lutte-pour-la-democratie-la-gauche-occidentale-a-abandonne-la-lutte-contre-son-propre-etat.html (Entre “anti-impérialisme décolonial” et “lutte pour la démocratie”, la gauche occidentale a abandonné la lutte contre son propre État par Siyâvash Shahabi)
Entre "anti-impérialisme décolonial" et "lutte pour la démocratie", la gauche occidentale a abandonné la lutte contre son propre État
Nous avons traduit ce texte du militant révolutionnaire d’origine iranienne Siyâvash Shahabi, dont nous partageons l’analyse sur l’orientalisme des soit disant "anti impérialistes" et autres décoloniaux occidentaux.
Sous couvert de prendre position contre "l’Occident", ces derniers font surtout le jeu des régimes les plus autoritaires qui martyrisent leur population.
Comme le dit Siyâvash, la posture toute spectaculaire de cette gauche se nourrit d’images qu’elle forge elle-même (ou qu’elle relaye pour d’autres qui la forge pour elle …)
Ces images, ces représentation, invisibilisent, font écran, à la réalité de ce que vit la population, à commencer par la classe ouvrière, qui n’entre jamais en ligne de compte dans les savantes analyses géopolitiques des "décoloniaux".
Elle permet surtout de se donner la bonne conscience de "faire quelque chose" en agitant des images et des slogans, sans avoir à lutter dans le réel ici, c’est-à-dire sans avoir à se confronter réellement à notre propre État, cette lutte étant déléguée au soit disant "Axe de la résistance".
À partir de là **cette gauche construit (ou relaye) une esthétique, avec ses codes visuels, vestimentaires, de langage, devenant une affirmation identitaire mais qui n’a aucun contenu émancipateur car là n’est pas son objet**.
Cette analyse rejoint celle que nous avions exprimé dans les colonnes d’Anarchosyndicalisme sur le campisme : "Nous assistons actuellement en fonction des divers conflits, à un retour de cette idéologie d’affrontement entre l’axe du bien et l’axe du mal, qui est en fait la description du campisme, qui consiste à dire quiconque n’est pas avec moi, est contre moi (comme au bon vieux temps de la guerre froide).
*C’est une vision idéologique binaire*, qui appelle à soutenir n’importe quelle saloperie pour diverses raisons, notamment des luttes anticolonialistes, des luttes de libération nationale, tout ce qui paraît de près ou de loin "anti-impérialiste" mais authentiquement interclassiste, à partir du moment où l’ennemi de mon ennemi entre en conflit.
*Le campisme ce n’est pas de l’internationalisme, ce n’est pas la solidarité, mais un aveuglement*. [1, https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1372 ]
La gauche occidentale ne combat plus son propre État.
Elle vit politiquement à travers les images qu’elle créé des autres [États].
Quand il s’agit de l’Iran, cette image prend généralement deux formes.
Soit l’Iran est réduit à un régime islamique oriental qui a besoin d’être sauvé [contre lui-même] par l’Occident, soit il devient un bastion de résistance où toute contradiction de classe, de genre, de travail, ethnique et sociale interne doit être occultée.
Ces deux images peuvent sembler antagonistes, mais elles se rejoignent en un point : toutes deux effacent la société iranienne.
En tant que communistes iraniens, nous avons été contraints d’expliquer une évidence: **nous sommes contre la guerre**.
- *Contre une attaque américano-israélienne contre l’Iran*.
- *Contre les sanctions*.
- *Contre les bombardements*
- *Contre un "changement de régime" [apporté de l’extérieur]*.
- *Contre l’instrumentalisation de la population iranienne dans des projets géopolitiques*.
*Mais être contre la guerre ne signifie pas se taire face à la République islamique*
Nous sommes contre la guerre *car elle détruit la même classe que la République islamique opprime en temps de paix*.
Nous sommes contre la guerre *car les bombes et les sanctions appauvrissent la société, la fragmentent et la rendent plus vulnérable*.
Et c’est précisément pour cette raison que nous ne pouvons pas décrire un État répressif comme un bouclier de libération.
Le bouclier libérateur de la classe ouvrière, c’est sa propre organisation, et non un État sécuritaire et capitaliste.
Une partie de la gauche occidentale, au lieu de combattre la politique étrangère de son propre État, ses propres bases militaires, ses propres entreprises d’armement et ses propres sanctions, *soutient des régimes autoritaires ou des organisations militaires et qualifie cela d’anti-impérialisme*.
Ce n’est pas de l’internationalisme.
C’est une externalisation de ses politiques.
Quand on abandonne la lutte contre son propre État, **l’anti-impérialisme devient l’esthétique de l’Axe de la Résistance**.
*Mais un communiste iranien ne peut pas faire cela, car pour nous, il ne s’agit pas d’une image*.
*Il s’agit de la réalité d’une classe écrasée à la fois par les bombes et les sanctions, mais aussi par la privatisation, la prison, les exécutions, le port obligatoire du hijab, la répression des grèves et une économie sécuritaire*.
# Notes
[1] Pour en finir avec le “Campisme” Journal Anarchosyndicalisme n° 184 Nov.Dec .23 ; https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1372
Pour en finir avec le “Campisme” Journal Anarchosyndicalisme n° 184 Nov.Dec .23 ; - https://cntaittoulouse.lautre.net/spip.php?article1372
Liens campisme
- https://aplutsoc.org/tag/campisme/
- https://leftrenewal.org/tag/campism/
- https://www.palim-psao.fr/search/campisme/
- https://collectifnopasaran.noblogs.org/2026/03/23/ni-shah-ni-mollah-soutiens-du-regime-iranien-hors-de-nos-luttes/
# Livre: Lumières et anti-lumières en Iran par Amirpasha Tavakkoli et Stéphanie Roza
- https://iran.frama.io/luttes/livres/2026/lumieres-et-anti-lumieres-en-iran/lumieres-et-anti-lumieres-en-iran.html (Lumières et anti-lumières en Iran par Amirpasha Tavakkoli et Stéphanie Roza)
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