Ce mercredi signait le retour des éditions de L’Homme sans nom en librairie avec le tout nouveau roman d’Adrien Mangold, Passé sans silence. Fan de l’auteur de la première heure, j’avais à la fois très hâte de lire ce titre mais aussi beaucoup de craintes. Mais c’est une vraie réussite! Inclassable, difficile à expliquer, très humain, Passé sans silence est un roman remarquable et touchant qui m’aura emportée sans faillir. A la fois enquête, anticipation, hommage à la création artistique et récit sur la perte de mémoire, c’est un texte multiple et surprenant.

Et je vous en parle plus en détails sur le blog: https://yuyine.be/node/1309

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Passé sans silence

Ce 19 mars, c’est le retour des éditions de L’Homme sans Nom en librairie ! Et cela commence avec un nouveau roman dans leur jeune collection Ir-réel signé Adrien Mangold. Intitulé Passé sans silence, le roman s’inscrit dans l’univers du très beau Seconde Humanité et propose le récit d’un auteur dont la mémoire s’enfuit. Et voici ce que j’en ai pensé… Extrait: « Savoir qu’on ignore, c’est savoir davantage.» Scène 1 Numéris, Seconde Humanité. Des immeubles à perte de vue au-dessus des nuages sous le regard d’un homme, entouré d’allumettes noircies. C’est un auteur qui perd la mémoire et contemple les paysages qui l’entourent avec fascination et poésie mais s’y égare également, retraçant comme il peut le récit de sa vie, …ou peut-être est-ce le récit d’un autre? Ce passé d’une autre époque, cette histoire rocambolesque, se tisse tel un scénario bien ficelé où éclatent péripéties, vengeance et amour alors que le présent s’effondre comme un château de cartes sur lequel on serait venu souffler et qu’on reconstruit avec peine chaque jour. Que croire ? Où se cache la vérité ? Si c’est fictif, est-ce que ce n’est pas pour autant un peu vrai ? De quoi se nourrit l’imagination si ce n’est du réel ? Coupez ! Extrait: « L’auteur est le roi des évadés, celui qui partout peut être ailleurs. Qu’importent les murs dans lesquels on l’enferme, il est libre à jamais.» Difficile de parler de Passé sans silence tant le récit est multiple. C’est une anticipation liée aux autres romans de l’auteur, mais c’est aussi une enquête qui se dessine sur un présent morcelé tout autant que l’intrigue formidable d’un passé révolu. On se questionne sans cesse sur quels éléments sont réels, perdus dans les pensées de ce narrateur qui ne sait pas toujours qui il est, ni où il se trouve et encore moins pourquoi. Ce sont deux intrigues qui s’entremêlent, se répondent, dansent l’une avec l’autre au-dessus du précipice de la mémoire. C’est également une histoire intime et touchante autour de la maladie d’Alzheimer avec le récit poignant d’un homme qui perd ses repères jusqu’à la définition-même de son identité. Avec en filigranes, cette question: peut-on également définir un auteur par ses histoires et non seulement par l’être qu’il est ? C’est une lecture qui demande à la fois concentration et lâcher-prise, qui vous emporte rapidement dans le flot très littéraire de la plume de son auteur, provoquant quelques soubresauts de surprise mais surtout de l’émotion. Car il y a dans ce roman beaucoup de tendresse, beaucoup de sincérité et de pudeur, notamment dans la description de la maladie et de ses conséquences. Extrait: « Quand l’obscurité se referme, quand vos idées deviennent si noires que même vos rêves perdent leurs couleurs, faites-les éclore à la lumière d’une flamme au bout de vos doigts. Qu’elles s’épanouissent, qu’elles voyagent là où les portent vos inspirations les plus spontanées. Faites votre muse d’une simple pièce de bois, la plus belle qui soit, car du feu naissent des passions que nul ne peut mettre sous clef, et par lui s’évadent les esprits les plus barricadés.» Et c’est enfin une expérience littéraire, un jeu de création pour Adrien Mangold qui s’amuse avec le lecteur, et décortique même la création artistique et le rôle de l’art. Préparez-vous à être trompé, à perdre vos certitudes lorsque l’auteur détourne le connu pour surprendre, allant même jusqu’à expliquer la manière dont il procède dans une mise en abîme réussie. Passé sans silence est un hommage à la littérature et à l’art dans son ensemble, dans sa capacité à véhiculer des émotions et à permettre une évasion. On se laisse ici joyeusement piéger par les mots, comme le narrateur lui-même semble s’égarer dans sa propre création, tous deux trompés par Adrien Mangold lui-même qui illustre à merveille les pouvoirs d’un phrasé, d’une manière de raconter. La fin est peut-être un peu brusque, bien que fort belle. Et certains éléments peuvent rester en question une fois la dernière page tournée. Cela n’en fait pas moins un roman remarquable qui ne peut laisser indifférent. S’ajoute en fin d’ouvrage une nouvelle publiée précédemment qui est liée à l’histoire et y ajoute un peu de contenu bienvenu.  En bref, j’avais, je l’avoue, un peu peur de me lancer dans ce roman sur lequel je versais beaucoup d’attentes. Mais Passé sans silence m’a non seulement conquise mais surprise à plus d’un titre. J’ai eu grand plaisir de retrouver la richesse et la beauté de la plume d’Adrien Mangold dans un récit touchant et très humain qui fait la part belle à la création artistique tout en parlant avec justesse de mémoire et d’amour. Atypique et indescriptible, c’est un roman remarquable qui ne peut pas laisser indifférent. Résumé: « Doug Gueyburt a passé sa vie à écrire. Rendu au troisième âge, il décide que son autobiographie sera sa dernière œuvre. Seulement, quand vient l’heure de rassembler ses souvenirs, sa mémoire lui joue des tours et son passé se mêle aux fictions dont il est l’auteur. Et lorsque la maladie prend le dessus, il se sent le devoir d’avouer un crime commis par un de ses personnages.  En proie à l’oubli et malmené par un passé qui ne lui appartient pas, le vieil homme se débat avec ce qu’il lui reste de lucidité, pour peut-être retrouver celui qu’il a été... en écrivant malgré lui la biographie de celui qu’il n’est pas. » (Illustration de couverture : © François-Xavier Pavion) - Livre reçu en service presse. Publication non rémunérée. Merci aux éditeurs. - > Content warning

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