Nous, militant·es antiracistes et antifascistes de gauche, nous rassemblons au sein du Collectif de Lutte Antifasciste contre le Racisme et l’Antisémitisme (CLARA).
Notre association plurielle et indépendante, ancrée au cœur de la gauche et du mouvement social, alerte sur la très forte augmentation de la haine, des discriminations et des violences racistes et antisémites dans notre société.
Cette augmentation se déploie dans un contexte international d’extrême droitisation des débats publics et de l’arrivée au pouvoir de dirigeants autoritaires, suprématistes ou fascisants qui démantèlent les institutions démocratiques de leurs pays et, pour certains, mènent des guerres d’agression et d’annexion contre d’autres peuples.
CLARA se fonde sur la nécessité de construire un combat solidaire avec l’ensemble des forces associatives et syndicales, contre l’antisémitisme et tous les racismes, mais aussi contre toute autre forme de haine, y compris celles concernant les femmes, les personnes discriminées pour des raisons de genre, de sexualité ou de handicap. La lutte contre l’antisémitisme étant trop souvent minorée au sein de notre camp social et politique, nous voulons la faire davantage exister dans le combat antiraciste.
Un constat alarmant : la hausse des actes racistes et antisémites se poursuit
La France connaît une montée de l'antisémitisme, notamment depuis les crimes contre l’humanité commis le 7 octobre 2023 par le Hamas et ses alliés contre des civils israéliens. En riposte à ces crimes, le gouvernement d’extrême droite d’Israël a déclenché une guerre contre le Hamas, à l’occasion de laquelle il a mené des opérations génocidaires contre les habitant·es de Gaza : destruction systématique de l’habitat et des structures de santé, famine organisée, massacres des populations civiles frappant un nombre considérable de femmes et d’enfants…
Cette poussée d’actes antisémites se manifeste, dans notre pays, sous différentes formes : attaques et violences contre des personnes juives allant jusqu’à l’assassinat, marginalisation et mise à l’écart d’étudiant·es dans certaines universités, profanation de symboles tels que des monuments en mémoire de la Shoah.
On constate également une montée de l’islamophobie et des racismes qui se traduit par des violences, y compris des assassinats. C’est une réalité documentée et chiffrée par la CNCDH (Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme) : même si, sur le temps long, l’indice de tolérance envers les minorités a progressé dans la société, le nombre de passages à l’acte, d’atteintes aux personnes ou aux biens, d’agressions, verbales ou physiques, se multiplie, les graffitis antisémites et racistes prolifèrent. Cette réalité est douloureusement vécue par celles et ceux qui en sont les cibles.
Cette évolution a plusieurs causes :
Un discours politique aimanté par l’extrême droite
Il alimente les paniques identitaires, entretenues par des acteurs de droite et d’extrême droite, mais aussi parfois de gauche. Le soupçon est ainsi porté sur des groupes minoritaires, perçus comme des “ennemis de l’intérieur”. Cela crée des affrontements entre “Eux” et “Nous” en esquivant les questions cruciales du moment : persistance et croissance des inégalités sociales et catastrophe écologique.
Des médias extrême droitisés
La place grandissante au sein des médias de milliardaires proches de l’extrême droite favorise leur propagande, amplifie les préjugés, essentialise les minorités, et normalise les discours de haine et de rejet de l’Autre.
Des réseaux sociaux déréglés
Les principaux d’entre eux, aux mains d’oligarques ou de régimes autoritaires, favorisent la mise en avant de propos racistes, pour capturer l’attention à des fins commerciales.
Nous entendons mener le combat sur ces trois terrains.
Nous refusons la hiérarchisation des oppressions
Nous entendons tenir compte du racisme structurel qui sévit dans nos sociétés et qui se manifeste, entre autres, par les discriminations scolaires, professionnelles et au logement, les violences policières, par la systématisation des contrôles au faciès, les persécutions des personnes migrantes sans papiers.
La droite et l’extrême droite, et les médias qui les soutiennent, tirent prétexte de la condamnation de l'antisémitisme pour justifier des discours et des politiques racistes, notamment pour stigmatiser les musulman·es de France et pour minimiser les politiques d’apartheid et de colonialisme.
Nous dénonçons la confusion entre antisémitisme et condamnation de la violation répétée des droits humains par les gouvernements israéliens. Nous nous tenons en solidarité avec le peuple palestinien, opprimé et martyrisé, comme avec les Israélien·nes menacé·es quand ils/elles exigent la démocratie pour toutes et tous, le cessez-le-feu inconditionnel et la fin de la violence impunie des colons en Cisjordanie. Nous appelons fermement à la fin de l’occupation, de la colonisation et de l’apartheid dans les territoires occupés.
Nous condamnons les stéréotypes antisémites présents dans une partie des discours actuels se réclamant de l’antisionisme. Cependant une position antisioniste ne renvoie pas en elle-même à des préjugés antisémites et ne doit pas être criminalisée en tant que telle. Nous veillons à clarifier la signification de l’utilisation de ce terme, souvent confondu avec toute critique de la politique des gouvernements israéliens.
Nous rejetons le déni et la minoration de l’antisémitisme, ainsi que son instrumentalisation par les forces réactionnaires.
Nous alertons sur le risque, toujours présent, d’alimenter la concurrence des mémoires et la mise en opposition des différents racismes, en particulier l’antisémitisme et l’islamophobie. Dès lors, il est crucial que la lutte contre l’antisémitisme ne soit pas séparée du combat antiraciste. Il s'agit, pour nous, d’affronter les racismes (antisémitisme, islamophobie, antitsiganisme, négrophobie, racisme antiasiatique) sans les hiérarchiser, en reconnaissant les spécificités de chacun. Celles de l’antisémitisme tiennent, entre autres, au rôle que joue la figure conspirationniste du Juif tout-puissant tirant dans l’ombre les ficelles du pouvoir, propice à cristalliser les hantises et le dérèglement des repères dans de larges secteurs des sociétés contemporaines.
Le colonialisme et ses effets constituent une source déterminante des racismes d’aujourd’hui. Pour autant, la prise en compte de cette réalité ne doit pas occulter la variété des mécanismes de la haine raciste, eux-mêmes non réductibles aux logiques coloniales et post-coloniales.
Nous combattons les tentatives de brouillage consistant à faire de l’extrême droite la protectrice des Juif·ves, de la laïcité une valeur civilisationnelle servant à exclure la minorité musulmane, de notre passé un récit qui nie les tragédies de notre histoire : colonisation, esclavage, régime de Vichy, guerre d’Algérie...
CLARA conçoit l’antifascisme non seulement comme une défense de l’État de droit contre l'extrême droite, mais aussi comme une condition de l’émancipation de tous et toutes : de nouveaux droits, de nouvelles libertés sont à conquérir.
CLARA s’inscrit dans la convergence et la complémentarité des luttes
Nous faisons le constat du caractère intersectionnel des oppressions. Nous entendons expliquer comment s’entrecroisent les différentes logiques de domination, celles de genre, de race et de classe, pour mieux les combattre.
Notre liberté est à ce prix : nul ne sera libre tant que l'une ou l’un d'entre nous sera victime de violence ou de discrimination.
CLARA est une association qui entend agir
En écoutant et soutenant les personnes victimes d’antisémitisme, d'islamophobie ou de racisme, quelle qu’en soit l’origine.
En alimentant une veille critique sur les discours politiques et médiatiques
En construisant des solidarités actives avec les associations qui luttent sur le terrain
En sensibilisant à l’histoire et aux mutations contemporaines de l’antisémitisme et des racismes
En intervenant auprès des associations, syndicats et partis politiques de gauche afin de les alerter sur les dérives antisémites, islamophobes, racistes
En affirmant notre indépendance vis-à-vis des partis
En interpelant systématiquement les responsables politiques ou syndicaux qui tiennent, sciemment ou non, des propos à caractère raciste, islamophobe, antisémite ou discriminatoire.
Notre horizon est celui d’une société débarrassée des oppressions liées à la race, à l’origine géographique, au genre (notamment la transphobie), à l’orientation sexuelle, à la classe, à la religion ou au handicap.
Vous partagez notre combat et nos valeurs, vous refusez la haine et l'oppression, vous croyez à la force de la solidarité nationale ici et partout dans le monde, rejoignez CLARA (Collectif de Lutte Antifasciste contre le Racisme et l’Antisémitisme).
Texte approuvé lors de l’Assemblée générale constitutive de CLARA, le 9 mars 2026
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