Rosantigone

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Je me demande quand les monstres sous mon lit sont devenus des hommes à la télé. Je lis les fichiers de l'affaire depuis des semaines et la nausée ne me quitte pas. Les agresseurs se sont protégés, entre eux, leur puanteur suinte dans toutes les sphères de la vie publique. Mon esprit vagabonde, faisant des liens entre des fichiers EFTA. Je ne peux m'arrêter de penser à toutes celles qui y sont encore, toutes celles qui n’ont pas l'exposition d’un bourreau millionnaire. Mon esprit se fige et les noms à peine cachés par un petit rectangle noir se transforment en visages. Ceux des femmes que j’ai un jour croisées, ceux de celles que la vie n’a pas épargnées, ceux de celles qui auraient pu être là-bas. L'acide ronge l'émail de mes dents. Combien de ces filles ont subi le même destin une fois les portes fermées ?

22. Salomon

Quand Rachel eut son premier enfant, elle l’appela Salomon, en hommage à son sens hébraïque : qui apporte la paix. Malheureusement pour elle, son mari la poussa dans les escaliers quelques jours plus tard. Sa nuque se brisa sur les marches, le mari fut inquiété et Salomon fut placé. En grandissant, il ne gardait évidemment aucun souvenir de cette période. Il nourrissait néanmoins une haine contre le système qui l’avait autant raté. Quand il se maria avec Élise, il espérait un futur radieux pour eux deux. La haine insidieuse ne tarda pas à en décider autrement. Chaque fois qu’elle s'opposait à lui, qu’elle réfutait ses idées, qu'elle faisait trop de bruit ou qu'elle prenait trop de place, la haine l'envahissait. Il se pensait au début capable de la contrôler, capable de passer outre... mais, le soir où elle se moqua gentiment de ses capacités en bricolage, la haine pulsa dans ses veines et il la frappa. Au début, ce ne fut qu’une gifle, mais l'adrénaline qui suivit s'empara de son esprit et il la tabassa. Redescendre de ses émotions intenses fut horrible, son échine se hérissa et son cœur manqua quelques battements. Il prit Élise dans ses bras, la berçant, s'excusant mille fois des gestes qu’il avait eus. Le mal était pourtant déjà fait, il serait à jamais comme son père.

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21. Fatalité

Les lumières des guirlandes de Noël éclairaient l’intérieur de la boutique. Monica n’avait pas l'habitude de prendre son café ici. Le goût amer du breuvage lui donnait des haut-le-cœur. Les haut-parleurs de mauvaise qualité crachaient les hits de Sardou et l’odeur des cookies peinait à peine à maquiller celle émanant des urinoirs. Tout, dans cette scène, était médiocre. Elle souffla encore sur le breuvage qui avait, au moins, le mérite d’être chaud. Elle n’avait nulle part où aller.

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20. Héritier

Joseph n’avait jamais eu d'héritier mâle. Sa femme avait mis au monde douze filles en moins d’une dizaine d’années, ce qui avait profondément irrité le roi. Il appréciait ses cinq premières filles ; les sept autres n’étaient pour lui que des erreurs. On murmurait même, à la cour, qu’il en aurait noyé plusieurs.Une sorcière avait été dépêchée pour conjurer ce qui semblait être une malédiction. La reine avait dû boire un mélange de sang de cochon, d'œufs de caille et de safran, réputé pour faire naître des garçons... mais ce fut un échec. Il fut alors décidé que l'héritier du trône serait le neveu du roi : Pierre. La loi salique empêchait toute fille, même première-née, d'accéder au trône.Il ne restait, pour les onze filles du roi, qu’un destin de bonne sœur ou de mariage arrangé. L’année à venir aurait un sort différent puisque, si un garçon naissait de cette union, il serait un possible héritier.

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19. Religieux

Le silence religieux de la cathédrale plongée dans l'obscurité faisait frissonner Marie-Hélène. Elle avait toujours apprécié le couvent de Bertham ; elle était auparavant dans celui de Joshué, mais l’atmosphère y était moins plaisante. Les couloirs de son nouveau chez-soi avaient quelque chose de mystique. D’autant plus que les fresques et les sculptures reprenaient des scènes de l’Apocalypse. Lorsque la nuit tombait et que, saisie d’une envie pressante, Marie-Hélène se relevait, les yeux des centaines de diables semblaient la scruter.

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18. Canard

Martha était un canard comme les autres. Il aimait le pain que lui lançaient les enfants, les bains dans l’étang et les jeux avec les autres canards. Néanmoins, Martha détestait les cygnes. Il n’en avait pourtant jamais vraiment côtoyé. Une fois, l’un d’eux était venu dans la mare, et cela avait tellement agacé les canards qu’il était aussitôt reparti.Martha n’avait aucune honte à dire qu’il exécrait ces horribles oiseaux. Il en parlait souvent, les comparant à des algues qui infectent un bassin d’eau pure. Avec quelques autres, il avait même été élu pour chasser les cygnes si jamais ils osaient revenir.Certaines voix s’étaient alors élevées parmi les canards : d’aucuns pensaient qu’il n’y avait aucun mal à ce que tous vivent en harmonie. Martha les avait surnommés, non sans mépris, les duckistes. Sa fille en faisait partie, d’ailleurs, ce qui l’agaçait profondément. Pourtant, Suzie n’abordait presque jamais le sujet. Elle savait que cela le contrariait, sans doute parce qu’elle avait raison : si les canards acceptaient les cincles, pourquoi devraient-ils haïr les cygnes ?

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17. Traditionnel

Comme la plupart des vacancières en Nouvelle-Zélande, Monica se fit faire un tatouage traditionnel. Un « indigène » (mot qu’elle employait devant ses amies comme adjectif pour qualifier le tatoueur) lui avait ancré sur la peau les mots : uhi poka.
« Ce qui signifie amour et paix », avait affirmé Monica devant ses copines.
Bérénice n’osa pas lui dire que Google Traduction traduisait son tatouage par : bouche d’égout.

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16. Mission (2/2)

Lorsque le bateau sombra, Jack crut que la mort l’emporterait. Il réussit pourtant à grimper sur une planche. Rose tenta de monter avec lui, mais le radeau de fortune ne les supporterait pas tous les deux. Il la repoussa vivement et nagea au loin. Les cris de Rose ne tardèrent pas à se mêler à ceux des autres naufragés dans un concerto effrayant.

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16. Mission

Jack avait été missionné comme plongeur sur le Titanic, un travail qu’il n’aurait jamais pu obtenir si Alphonso ne l’avait pas recommandé à son oncle cuisinier. Ce fut un soulagement pour lui, qui avait besoin de fuir l’Irlande. Bien que noble, il devait faire profil bas après avoir fricoté avec des duchesses qui, juste avant de le rencontrer, avaient la réputation d’être tout à fait respectables.
L’idée de se faire passer pour quelqu’un de la classe populaire était un fantasme qu’il entretenait depuis quelque temps déjà. La réputation d’un sans-le-sou importait peu : ainsi, il pouvait être le pire des goujats… et sur le Titanic, il le fut.

Le premier jour, tel un faucon repérant sa proie, il avait fondu sur Rose, une noble perdue après avoir été obligée de se fiancer. Jack n’avait eu aucun mal à la charmer ; cela lui rappelait ses amourettes de vacances lorsqu’il était adolescent.
Mais lorsque l’insubmersible heurta un iceberg, tout s’accéléra. Rose voulut s’enfuir avec lui, ce qui rendait les choses un peu trop sérieuses et anéantissait par la même occasion une vie d’amusement et de conquêtes.
Il tenta de la semer, en vain. Quand ils retrouvèrent son fiancé, la vérité brutale, l’absence de sentiment de la part de Rose, le poussa au suicide.

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