La botanique est un sport de combat
Cismec blanc jardino-punk entre Loire et Rhône
Sinon j'ai mon BAFA
| Un jour je ferai un vrai blog de botanique | https://leodumas.vivaldi.net/ |
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Y a pas que la bouffe dans la vie
( @Albarine je crois bien que c'est des Lunaria 😌 )
Hildegarde-de-Bingen-en-VF est une brillante femme politique du 12ème siècle dont on n'épuisera pas la bio aujourd'hui. Bien des courants paysans et/ou révolutionnaires, chrétiens ou pas, revendiquèrent son influence bien avant France Culture.
Ce qui se défend. Quitte à choisir une figure mémorielle médiévale, pourquoi pas être fan d'Hilde.
C'est pourtant pas mon cas. Être pote avec Bernard de Clairvaux c'est un gros red flag, d'ailleurs sa vie a surtout été consacrée au pouvoir de l’Église.
Mais peut-on dire comme beaucoup qu'Hilde a inventé la classification botanique ?
C'est pas mon avis. Les concepts en apparaissent, notamment dans le chapitre introductif de Physica ; sinon, c'est le bordel. Hilde a une démarche naturaliste, encyclopédique, avant tout dédiée au soin, dont on ne peut nier l'avant-gardisme ; c'est une experte en botanique de terrain, en botanique appliquée. Mais pas une taxonomiste.
Sinon elle a fait plein d'autres trucs, notamment de la musique. Voila. Bisous.
De fait, Hilde aura une influence idéologique considérable, pour le meilleur et pour le pire.
Le pire, précisément, c'est son manichéisme. Y a les plantes gentilles et méchantes, celles qui font fuir le Diable et celles sur lesquelles Il fait caca. La normalement, vous pensez à votre voisin qui tond le dimanche.
Le meilleur est sans doute sa démarche qu'aujourd'hui on dirait holistique, et qu'on retrouve chez les théologiennes féministes allemandes (oui, ça existe, lisez La subsistance).
Ce souci linguistique rend l'ouvrage très descriptif, surtout si le nom latin d'une plante n'existe pas. Les non médicinales sont présentes aussi, au moins pour dire "la lentille d'eau ça sert à rien". Organes, usages, cycle de vie, Hilde balance tout ce qu'elle sait sans fioritures, toujours dans une logique du macrocosme -les lois Divines- qui se retrouve dans les microcosmes, corps humains, vivant, monde. Ainsi, les herbes toxiques sont une "sudation" de la terre...
Vous avez dit Gaïa ?
Pourtant les plantes y prennent la place d'honneur, 213 sur deux chapitres, les herbes et les arbres.
Le sérieux de son travail est évident. Ses classifications notamment tranchent avec celles de ses sources, comme Raban Maur, le Diderot du IXème siècle ; Hilde comprend les plantes (sauf les arbres) comme un tout dont on ne connaît pas la limite, n'hésite pas à inventer des noms au besoin, et renonce à tout effet de style, pas le temps pour la déco pis ça nuirait à la traduction.
La médecine dans l'église, au douzième, c'est tendu. Les moines ont interdiction de l'étudier, les âmes d'abord, et l'approche d'Hilde est sulfureusement matérialiste. Mais on l'a dit, elle est très bien vue, et les femmes sont moins surveillées par le pouvoir catholique ; surtout, elle n'écrit pas en latin mais en patois de son bled
Son Physica est une œuvre tentaculaire dont le but thérapeutique est noyé dans des descriptions de métaux et de machins, en mode la-Création-téma-comme-c'est-beau.