Je n'aime pas voler le texte intégral d'un article, mais je trouve qu'on a pas assez entendu cette histoire (what a surprise)

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/victoire-du-psg-mamie-mireille-et-les-barbares-par-daniel-schneidermann-20260606_O5N6T77EAZBEDCYRBV2POWIFYQ/

Les chaînes de télévision étaient prêtes. L’après-match ne pouvait que mal se passer, ce serait du gâteau. Leur dispositif était prêt, les équipes de reporters réquisitionnées pour les odyssées dans le chaos, prêtes pour les Abribus défoncés, les feux de poubelle, les voitures incendiées, la police caillassée, les «mortiers» d’artifice, l’invasion barbare. Syndicalistes policiers, présidents de think tanks, chefs de rubrique police, géopoliticiens, avaient coché la date. Leurs récits étaient révisés, démontés et graissés, le grand récit terrifiant des «Français de papier», des jeunes de la «deuxième ou troisième génération», qui n’aiment pas la France, le récit du «conflit de territoires» entre le «chez eux» et le «chez nous, notre pays, notre République», du «cercle de la haine» contre la République, la triste fresque des familles monoparentales, des «mamans complètement dépassées», le débat des peines plancher contre les peines d’intérêt général. Si tout se passait bien, on pourrait tenir plusieurs jours. Jusqu’à une semaine peut-être, si on était tranquilles côté Trump.

Or il se trouva que ce soir-là, loin du déploiement, Mireille, 90 ans, se réfugia au frais dans un magasin. Il faisait chaud. Très chaud. Elle cherchait une pharmacie. Mireille nota bien que le quartier était agité. Mireille se désintéressait du football, dont elle ne connaissait pas même les règles, comme elle le confierait plus tard. Quand l’agitation lui sembla se calmer un peu, Mireille se risqua hors de son abri. Alors des jeunes en folie l’entourèrent. Ils portaient des maillots de football, certains étaient torse nu, bref ils étaient très disparates. «N’allez pas par là-bas mamie, ils vont vous gazer», crièrent-ils. C’étaient les fameux barbares en question, animés par la «haine de la République», mais Mireille ne le savait pas. Elle leur sourit sans doute. Joyeux, les barbares l’entourèrent, en chantant un chant de supporteurs barbares : «Et pour Mireille allez, allez !» Logiquement, si elle avait suivi les avertissements des chaînes de télévision, Mireille aurait dû trembler, mais elle ne le savait pas. Elle esquissa même quelques pas de danse. Les «Et pour Mireille» repartirent. Elle leur demanda de «faire la chaise» pour échapper aux lacrymos et la ramener chez elle. Deux d’entre eux firent la chaise et Mireille fut raccompagnée, assise sur leurs bras croisés.

Les barbares armés de téléphones portables

Les barbares, de nos jours, étant armés de téléphones portables, la chaise de Mireille, phénomène quasi surnaturel, embrasa instantanément les réseaux sociaux. Car à la différence des chaînes de télévision, qui à cet instant chassaient le feu de poubelle, les réseaux sociaux sont attentifs aux phénomènes surnaturels. Et les réseaux sociaux la propulsèrent si fort, cette image, qu’elle se fraya même son petit chemin dans les chaînes de télévision, au milieu du grand récit apocalyptique sur l’invasion barbare. C’était un grain de sable, le fameux grain de sable qui bloque les plus belles mécaniques.

Le lendemain, quelques chaînes dépêchèrent leurs équipes de relève. Elles retrouvèrent Mireille sans difficulté. Et elle prononça des mots insensés, des mots tabous, mais elle ne le savait pas. «Les jeunes qui m’accompagnaient jusque chez moi, ils me touchaient infiniment», raconta-t-elle, poursuivant d’une interview à l’autre : «Je n’ai pas d’enfants, mais c’était mes petits enfants que j’avais à côté de moi. Je leur demande de m’aider : “Mais oui mamie, on va vous aider qu’est-ce qu’on peut faire ?” Je leur disais, vous m’aimez comme si j’étais votre grand-mère. Pourquoi je vous aimerais pas ? Je ne savais pas que c’était aussi embêtant, les gaz lacrymogènes.» Et encore ce souvenir, indécent : «Les plus jeunes me disaient : “Mamie vous avez fait confiance tout de suite aux jeunes.” Pourquoi on ne vous ferait pas confiance ? Est-ce que vous me permettez de vous faire un câlin ?» «Le racisme, concluait Mireille, est une chose violente, effroyable, qui va jusqu’où vous savez. Jusqu’à Auschwitz.»

A l’écouter, on se souvenait de «la mamie du Bataclan», repérée par les caméras de télévision, alors qu’elle déposait des fleurs devant la salle, après le massacre du 13 novembre 2015. «Paris est une fête», avait-elle alors proclamé devant les caméras, invitant dans le chagrin général à relire le livre de Hemingway. «Nous fraterniserons avec cinq millions de musulmans qui exercent leur religion librement», ajoutait-elle. Danielle Mérian exerçait la profession d’avocate, et était âgée de 77 ans. Des apparitions surnaturelles se glissent ainsi régulièrement dans l’apocalypse. On ne sait trop s’il faut y croire. D’ailleurs la chaîne CNews le comprit parfaitement, qui ne souffla mot de l’apparition de Mireille

@ralocycleuse

«Je n’ai pas d’enfants, mais c’était mes petits enfants que j’avais à côté de moi. Je leur demande de m’aider : “Mais oui mamie, on va vous aider qu’est-ce qu’on peut faire ?” Je leur disais, vous m’aimez comme si j’étais votre grand-mère. Pourquoi je vous aimerais pas ? Je savais pas que c’était aussi embêtant, les lacrymogènes»

«Les + jeunes me disaient : “Mamie vous avez fait confiance tout de suite aux jeunes.” Pourquoi on ne vous ferait pas confiance ? Est-ce que vous me permettez de vous faire un câlin ?» «Le racisme, concluait #Mireille, est 1 chose violente, effroyable, qui va jusqu’où vous savez. Jusqu’à Auschwitz»

#VotezMireille

@ralocycleuse

La meilleure réponse à tous les semeurs de haine !

Vive Mireille et vivent les jeunes !