Mes gasconnismes
« T’es quelqu’un, toi »
Dans le Sud-Ouest, « T’es quelqu’un, toi » ne veut pas dire que tu vas entrer au Panthéon, cerné par des chats en faux plaqué or faux égyptiens, et/ou accompagné par la belle voix grave d'André Malraux.
Ça signifie : « Ah ben faut quand même oser. »
Le type débarque en retard, vide le frigo, critique le confit, se plaint que c'est du foie de canard et pas d'oie, pour finir par exiger un café ?
« T’es quelqu’un, toi. »
C’est un faux compliment typique, tout enrobé de sucre, tout fourré au fil barbelé , une marmotte homicide dans du papier alu blindé.
Parce qu’en gascon, on adore rappeler aux gens qu’ils prennent un peu trop leurs aises… poliment, tout en admirant secrètement qu’ils aient eu le culot de le faire.
Le plus beau, c’est que selon le ton, ça peut vouloir dire exactement l’inverse : moquerie, affection, admiration ou menace diplomatique. Une phrase où on peut te féliciter et te remettre à ta place dans le même shot.
Accessoirement, ça m’a toujours plongée dans de larges abîmes de perplexité qu’on puisse simplement reprocher leur existence aux gens.
« T’es quelqu’un, toi. »
Oui. En effet. Je ne suis ni un paillasson ni un gratte-bottes.
Mais bon, c'est moi, con.

