#71 - La politisation est infrastructurelle

> Les deux chercheurs montrent que les innovateurs, l’équipe en charge du déploiement et de la configuration de l’outil, accomplissent surtout un travail politique pour influencer et convaincre les comportements des agents.Derrière le déploiement technique se met en place d’abord un régime de justification qui vise à protéger le déploiement des contestations.

> Les justifications émergent et évoluent à mesure que l’outil évolue, rapportent les chercheurs, mais ont une fonction spécifique :

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> « détourner l’attention des promesses non tenues de l’outil », protéger les lacunes de l’outil et permettre au déploiement de se poursuivre.

> Ainsi le déploiement commence par se justifier sur sa promesse d’efficacité, sur la pertinence, le désir et la volonté d’innover. Les phases d’expérimentations sont renforcées par une communication dédiée, alors que les tests montrent rapidement les défaillances et limites de l’outil proposé.

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> Les tests suivants ont alors visé à améliorer la performance de l’outil, mais sans y parvenir, recentrant l’implication active à la seule équipe chargée de l’innovation. A mesure que l’outil se déploie et déçoit, les cadres de justification se déplacent : on passe des espoirs d’efficacité, à la valorisation du processus d’innovation, puis à la valorisation de l’état d’esprit de l’innovation, comme si à mesure que le déploiement déçoit on n’en retenait plus que le mouvement.

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> La promotion du test rapide, de l’apprentissage continu a été particulièrement mobilisée pour poursuivre les développements. Les développeurs ont par exemple promu régulièrement l’amélioration des réponses correctes de l’outil (passant de 70%, à 75% puis à 80%…) sans répondre aux critiques qui questionnaient cette précision pour savoir si elle était suffisante pour être intégrée dans les flux de travail des agents ou pour déterminer la pertinence et la réalité de cet indicateur.
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> A mesure que l’outil se déployait sans répondre aux attentes, ses promoteurs ont développé un argumentaire renvoyant les erreurs à « l’incapacité des agents à interagir efficacement avec l’outil en prétextant qu’ils ne parvenaient pas suffisamment à mettre à jour leurs méthodes de travail ».

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> Pour eux, cela montre surtout que l’innovation est un processus hautement politisé. L’évolution des justifications ont maintenu le processus en mouvement, malgré l’absence de résultats pertinents.

Note : J'a-dore cet exemple

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> Cette étude est riche d’enseignement, tant elle semble décrire derrière son cas particulier les échecs d’innombrables projets d’intégration de l’AI dans l’administration publique ou dans les organisations privées. Elle permet de mieux saisir les raisons des échecs de nombre de déploiements de l’IA générative que pointait par l’exemple, une étude du MIT, en montrant « 95% des projets pilotes d’IA générative dans les entreprises échouent ».
> Promesses inadaptées, déceptions des déploiements, justification par et pour l’innovation… permettent de comprendre que les projets mal partis n’arrivent bien souvent nulle part.
> Sans surprise, les IA préfèrent les textes… écrits par des IA. Des chercheurs ont reproduit des études de discrimination à l’emploi en testant les biais des LLM chargés du recrutement en testant la différence entre des lettres de motivation et des CV écrits par des humains et générés par des IA.
> Visiblement,les LLM préfèrent toujours les contenus génératifs sur les contenus humains, que ce soit pour l’embauche,pour la sélection d’articles de recherche ou pour les résumés de films. Mais surtout (…) confrontés au choix entre des contenus génératifs et des contenus humains, les humains choisissent moins fréquemment les textes produits par des LLM que ne le font les LLM eux-mêmes. Les résultats montrent que les LLM ont tendance à « discriminer de manière dysfonctionnelle les humains. »