> L’initiative QuitGPT invite les utilisateurs payants de ChatGPT d’OpenAI à résilier leur abonnement et à privilégier d’autres IA. (…) elle vise à s’en prendre à l’entreprise qui a donné beaucoup d’argent au mouvement MAGA de Trump (26 fois plus que les autres grandes entreprises d’IA), à dénoncer le partenariat d’OpenAI avec l’ICE et son intense lobbying pour empêcher toute régulation de l’IA.
> Le boycott a reçu une nouvelle attention quand l’administration Trump a exigé que les entreprises d’IA accordent au Pentagone un accès illimité à leur technologie, ce que OpenAI a accepté, contrairement à Anthropic.
> « QuitGPT propose exactement ce qu’aime la Silicon Valley : transformer une crise politique en une décision personnelle ». Le boycott ne propose que de transformer un problème de pouvoir structurel en un simple choix de vie, renvoyant les utilisateurs à leur seule conscience morale et à leurs usages. « L’IA est déjà une infrastructure, elle n’est pas un simple produit qu’on peut boycotter ». Ne faisons pas de l’éthique un privilège.
> Pour le chercheur Eric Blanc, spécialiste de l’histoire syndicale, modifier ses habitudes de consommation individuelles ne suffit pas. Le problème, explique-t-il, c’est que « l’individualisme et l’atomisation imprègnent notre culture, et même l’action pour changer le monde ne peut être envisagée, pour beaucoup, que comme des choix de consommation individuels plutôt que comme une action collective ».
> Le « Big Beautiful Boycott » contre les entreprises pro-Trump peut affirmer que « chaque dollar est un choix ». Tout le monde n’a pas la même liberté de choisir ses produits. Les consommateurs ne votent pas pour les politiques de Jeff Bezos lorsqu’ils achètent sur ou via Amazon : souvent, comme ceux qui travaillent dans ses entrepôts, ils n’ont pas le choix.
> Blanc rappelle que contrairement à ce que dit Galloway, d’autres moyens sont plus efficaces que le boycott pour infliger des sanctions économiques aux entreprises, et notamment la grève, qui a souvent prouvé son efficacité. La manifestation et la grève de masse à Minneapolis le 23 janvier contre l’ICE a contraint les PDG de la Tech à demander de désamorcer la situation qui a conduit au retrait de l’ICE de la ville.
> Et Blanc de rappeler que pour les boycotts soient efficaces, il faut que les revendications demandées aux entreprises soient claires et réalisables. Or [ceux cités] ne formulent de revendications claires pour que les entreprises modifient leurs pratiques. Le boycott doit également rassembler beaucoup de participants pour être efficace. Une organisation est indispensable pour espérer un mouvement d’envergure. Publier un mème ou créer un site web ne suffit pas.
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> « je reste convaincu que les LLM sont un peu trop facilement renvoyés à des outils qui se trompent structurellement (c’est vrai) et qui par conséquent, ne marcheraient pas, ou mal. L’effet, et je crois que c’est l’apport du petit papier de Saetra, est d’oublier que dans le travail réel, un outil n’a pas besoin d’être intelligent ni même fiable en toutes circonstances pour s’imposer : il lui suffit souvent d’être assez bon et rapide pour être intégré aux organisations.
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> Et cette intégration peut se faire suivant différentes modalités (disons, plus ou moins forcée). En gros, il faut tout faire tenir ensemble : un outil peut à la fois n’être pas toujours performant, et pourtant tout changer. »
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> « Sur le terrain, les usages ne se développent pas parce que les modèles sont intelligents, mais parce qu’ils sont jugés utiles sur des tâches circonscrites : produire un premier jet, reformuler, résumer, accélérer une recherche, proposer une structure de code. Leur force ne tient pas à une compréhension du monde, mais à leur capacité à s’insérer dans des chaînes de travail où la rapidité et le volume comptent plus que la justesse.
> « Une meilleure approche serait plutôt de demander : qu’avez-vous à modifier dans vos pratiques pour que l’outil se plie à vos exigences et accomplisse sa mission ? Que devient votre travail ? A quoi ressemblent vos journées ? Avez-vous l’impression d’y gagner au change sur le long terme ? »