Ok,
#Vulgadredi ? Il y a quelques semaines, on avait dédié un thread à détailler un peu la façon dont fonctionnent nos volcans. Mais ce phénomène n'a en fait rien de spécifique à la Terre : la même chose peut tout à fait se produire ailleurs dans l'univers… et donc, pourquoi ne pas aller voir ce que ça donne ailleurs ?
On va consacrer les seize, non, allez, disons vingt-et-un pouets de ce nouveau
#VendrediVulga à aller visiter d'autres corps de notre système solaire pour regarder un peu ce qui s'y passe, et en quoi ça diffère de chez nous. Parce qu'il n'y a pas que sur Terre que l'univers qui nous entoure a largement de quoi nous émerveiller.
2/21 Commençons par un petit résumé de la dernière fois : un volcan se forme quand, en profondeur mais pas trop, une partie de la roche se met à fondre et remonte à la surface. Elle s'accumule dans une chambre magmatique, puis, quand la pression y devient trop forte, une éruption en évacue une partie vers la surface, et
@kipuka peut alors nous montrer plein de très chouettes images.
Le comportement exact du volcan va évidemment varier selon les conditions locales, et on connaît d'ailleurs au moins un cas où la lave a une composition complètement différente de celle des autres volcans. On sait aussi qu'il peut y avoir plusieurs causes à la formation d'un volcan. On peut donc s'attendre à ce que les choses se passent assez différemment ailleurs.
Mais donc, si vous voulez plus de détails sur les volcans terrestres, le thread était là :
https://fadrienn.irlnc.org/notice/B3Hr4Dxk6UP7camxzE
Nouveau #Vulgadredi, nouvelle petite pause dans notre exploration du passé de la Terre pour parler un peu plus en détail d'un phénomène qu'on a déjà croisé plusieurs fois sur notre route : le volca...
3/21 Et donc, pour aller chercher des volcans ailleurs, il nous faut un corps qui soit solide à la base, pour qu'une chambre magmatique puisse se former. Sur les quatre planètes géantes de notre système, qui sont principalement constituées de gaz, il va se passer des trucs très impressionnants aussi, mais qui ne ressemblent pas à des volcans terrestres, donc il va falloir qu'on se tourne vers des objets plus petits.
Or, la Terre est la plus grosse et la plus lourde des quatre planètes restantes. J'aimerais beaucoup pouvoir vous parler de ce à quoi ressemblent les volcans sur une super-Terre, mais celles qu'on connaît sont des exoplanètes, beaucoup trop lointaines pour qu'on ait des infos. Donc, on va faire avec ce qu'on a par ici.
4/21 On a quand même quelque chose de très intéressant avec notre plus proche voisine, Vénus, qui n'est que très légèrement plus petite que la Terre. Pour autant, elle ne lui ressemble pas tant que ça, en raison notamment de son atmosphère, cent fois plus dense que la nôtre. Et complètement opaque, ce qui fait qu'il a fallu équiper nos sondes de radars pour se faire une idée de ce à quoi ça ressemble là-dessous.
Et… ben disons que, niveau volcans, on a été servis, car cette planète en est totalement recouverte. La plupart d'entre eux ne semblent pas en activité actuellement, mais le basalte occupe une plus grande proportion de la surface sur Vénus que l'eau n'en occupe de celle de la Terre. Avec, il faut le dire, quelques subtilités notables.
5/21 D'une part, la proximité au Soleil et le taux de CO₂ dans l'atmosphère font qu'il fait très chaud : 450 à 500° sur l'ensemble de la planète. La lave se refroidit donc beaucoup plus lentement, ce qui évidemment joue sur la distance que peuvent parcourir les coulées… et donc sur la forme des volcans (l'énorme pression influe aussi, bien sûr).
D'autre part, il n'y a pas de tectonique des plaques sur Vénus. Sur Terre, c'est aux limites entre les plaques que se forment la plupart des volcans. Là-bas, il semble que leur absence provoque une activité cyclique généralisée : le magma s'accumule pendant quelques centaines de millions d'années, puis des phases volcaniques intenses se déclenchent sur l'ensemble de la planète, ce qui doit être assez impressionnant.
Pour en apprendre davantage, n'hésitez pas à jeter un œil par là :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Volcanisme_sur_V%C3%A9nus
Volcanisme sur Vénus — Wikipédia
6/21 OK, donc, Vénus est impressionnante. Qu'en est-il des autres ? Malheureusement, plus une planète est petite, plus vite elle se refroidit. Mars, on en avait parlé dans le thread sur l'habitabilité des planètes⁽*⁾, n'a plus de noyau actif. On n'y trouvera donc pas le même genre de volcanisme que celui dont on vient de parler.
Mais ça n'empêche pas la possible présence de points chauds, comme celui à l'origine de l'île de la Réunion sur Terre dont on a parlé dans l'autre thread. En l'occurrence, une région particulière de Mars appelée le dôme de Tharsis est connue pour abriter quelques volcans assez impressionnants, quoique désormais éteints.
(∗) Celui-ci, si vous l'aviez manqué ou que vous voulez retourner voir les détails :
https://fadrienn.irlnc.org/notice/AxCLpjrQgQ11SSuqau
Dans le thread de la semaine dernière, j'ai évoqué la notion de « zone habitable », la zone autour d'une étoile où on reçoit juste la bonne quantité de chaleur pour que de l'eau puisse être sous fo...
7/21 Le point chaud qu'il y a eu à cet endroit résultait probablement d'une déformation du manteau martien ayant également provoqué l'apparition du gigantesque canyon de Valles Marineris un peu plus loin. Plusieurs volcans y ont poussé, et comme Mars non plus n'a pas de tectonique des plaques, ça n'a pas donné une sorte d'archipel comme sur Terre, mais une poignée de volcans gigantesques.
Olympus Mons est ainsi la plus haute montagne du système solaire, avec sa hauteur de trois fois notre Everest. En largeur, il fait à peu près la taille de la France métropolitaine, même si, sur cet aspect-là, Alba Mons, situé un peu plus loin, le dépasse largement (tout en ne faisant « que » 6,6 kilomètres de haut).
8/21 À ma connaissance (qui est plus limitée la concernant), la question du volcanisme sur Mercure est plus délicate. On a identifié à sa surface plusieurs régions qui résultent vraisemblablement de coulées de lave, mais il n'est pas forcément très clair si ces coulées proviennent d'une activité interne, comme chez nous, ou plutôt d'un volcanisme d'impact.
Ce type de phénomène a lieu également sur des corps encore plus petits, comme notre Lune : quand un astéroïde ou une comète s'écrase dessus, l'impact provoque une élévation locale de la température qui peut être suffisante pour liquéfier une partie de la roche et provoquer quelques écoulements.
Et si parler d'impacts d'astéroïdes ou de comètes vous inquiète, je vous renvoie au thread sur la défense planétaire :
https://fadrienn.irlnc.org/notice/B1sgTCXEXtiqBYaDbs
Allez, une nouvelle année commence, et les #Vulgadredi continuent ! Pour ce tout premier #VendrediVulga de 2026, ça vous dit de partir de sauver le monde ? Ou de se préparer à le faire, en tout cas...
9/21 Et donc, plusieurs structures visibles sur notre satellites résultent d'une activité volcanique, partiellement due volcanisme d'impact. Les parties plus sombres, qui ont été appelées « mers lunaires » parce qu'à une époque on pensait que la différence de couleur était due à la présence d'eau, résultent vraisemblablement de coulées de lave (les plus grandes formations étant probablement dues à du volcanisme classique, cf la réponse de
@kipuka plus bas).
S'il n'y a aucun volcan actif actuellement sur la Lune, plusieurs études réalisées au cours de ces douze dernières années semblent cependant indiquer que de la lave a coulé sur notre satellite au cours de notre Cénozoïque, il y a moins de cinquante millions d'années, ce qui veut dire qu'il nous reste encore pas mal de choses à découvrir à ce sujet.
10/21 Mais si notre Lune peut avoir des volcans, c'est aussi le cas de celles d'autres planètes, et ça va nous permettre de nous pencher sur un autre type de volcanisme, encore un peu différent : le volcanisme de marées, que l'on va rencontrer principalement sur Io, satellite de Jupiter.
On a parlé du phénomène des marées la semaine dernière. On a notamment mentionné le fait que, si la façon exacte dont elles se manifestent dépend de tout un tas de facteurs, le phénomène en lui-même est à la base tout simple : l'attraction gravitationnelle mutuelle entre deux corps, en l'occurrence la dernière fois la Terre et la Lune.
Bon, le Soleil joue un peu aussi, etc., mais pour le bazar, retournez lire par là :
https://fadrienn.irlnc.org/notice/B4guWlrmqXuPUnovbc
Un des trucs que je trouve les plus fascinants avec l'univers, c'est à quel point une seule règle simple peut engendrer une complexité énorme. On a pu constater ça ces dernières semaines en parlant...
11/21 Et donc le même effet peut se produire avec n'importe quels autres corps assez lourds et suffisamment proches l'un de l'autre. Or, Jupiter est non seulement la plus grosse, mais aussi la plus lourde de toutes les planètes : sa masse à elle toute seule est supérieure à celles des sept autres planètes réunies.
Quant à Io, qui est légèrement plus grosse que notre Lune à nous (≃3600km de diamètre contre ≃3400), elle est aussi la plus dense de toutes les lunes du système solaire, ce qui aide également. Et elle orbite autour de Jupiter à une distance moyenne de ≃421 800 kilomètres, soit pas tellement plus loin de la géante gazeuse que notre Lune ne l'est de nous (≃384 400 kilomètres dans notre cas).
12/21 Tout est donc réuni pour des marées particulièrement impressionnantes. Tout, sauf l'eau liquide, bien évidemment. Mais peu importe : on a vu la semaine dernière que la matière solide de notre Terre se déforme également sous l'attraction de la Lune (et réciproquement). Chez nous, ça a une amplitude assez limitée ; mais entre Jupiter et Io, c'est autre chose.
Côté Jupiter, le gaz peut se déplacer librement, et ça donne donc quelque chose qui ressemble un peu plus à nos marées à nous. Côté Io, ces déformations continues de la matière solide provoquent un échauffement, qui conduit une partie de la roche à fondre, et à remonter à la surface : on retrouve le mécanisme habituel de formation d'un volcan, sauf qu'il est ici imposé par la présence de la géante gazeuse.
13/21 L'activité volcanique continue est d'ailleurs à l'origine de l'aspect général du satellite : sa couleur majoritairement jaune est due à la présence en grande quantité de soufre à sa surface, craché par tous ces volcans (même si elle est en réalité moins jaune qu'on en a l'habitude, la plupart des images qu'on croise d'elle ayant des couleurs rehaussées pour mieux en apprécier les nuances).
Cette lune est tellement active que nous avons pu observer des différences dans sa « géographie » entre ses survols par la sonde Galileo en 1999 et par la sonde New Horizons (celle qui partait explorer Pluton, qui est passée à proximité de Jupiter pour accélérer) en 2007, donc en moins de dix ans !
14/21 Jupiter étant très lourde, on pense que les effets de marée sont également suffisants pour provoquer l'apparition de volcans sur la deuxième de ses quatre lunes principales, Europe. Pas en surface, cette fois-ci, mais au fond de l'océan qui est piégé sous sa surface glacée. Une activité volcanique qui ressemblerait donc aux cheminées hydrothermales qu'on trouve sur Terre.
C'est une des raisons qui nous font penser que la vie pourrait apparaître là-bas ; je vous renvoie de nouveau au thread sur l'habitabilité des planètes dont j'ai donné le lien plus haut et où je détaillais un peu plus. Mais tant qu'à parler d'une lune glacée, ça va nous permettre de diversifier un peu nos recherches.
15/21 En effet, on a fait le tour de tout ce qu'on pouvait espérer trouver dans notre système solaire comme volcans « classiques » : partout ailleurs, il fait beaucoup trop froid pour de la lave basaltique comme la nôtre. Mais, comme pour les marées, le phénomène ne dépend pas de la composition de la matière qui est affectée.
On connaît, sur Terre, un volcan dont les laves ne sont pas basaltiques, j'en parlais dans l'autre thread. Ailleurs dans notre système solaire, une matière solide qui se met à fondre, s'accumule sous la surface, et finit par jaillir quand la pression devient trop forte, on croise ça aussi avec d'autres matériaux… comme par exemple la glace et l'eau.
16/21 De l'eau qui jaillit du sol sous la pression, sur Terre, on appelle plutôt ça un geyser, et c'est donc ce nom qu'on a d'abord utilisé pour désigner le phénomène assez impressionnant qui a lieu sur Encelade, une lune glacée de Saturne. Mais cette activité est maintenant plutôt qualifiée de « cryovolcanique », donc de volcanisme de glace.
La zone située près du pôle sud d'Encelade et baptisée les « rayures du tigre » semble avoir un comportement général assez proche de celui d'un volcanisme de point chaud, à ceci près donc que la roche est ici de la glace d'eau et que le point « chaud » est à des températures négatives. Notons qu'Encelade est nommée d'après le géant mythologique enterré sous la Sicile et dont les colères provoqueraient les éruptions de l'Etna… quelque part, ça correspond.
@elzen et les geyser de 67P on en parle pas ?🤔
https://vimeo.com/347565673
Vimeo@uxor L'activité cométaire, c'est encore différent, ça ne ressemble pas vraiment à du volcanisme :-) Il n'y a pas de matière liquide qui s'accumule, mais la glace qui compose la comète se sublime sous la chaleur du Soleil.
J'avais déjà fait un thread sur les comètes :
https://fadrienn.irlnc.org/notice/AwyBqt6c4qOUfKUKjQ 
Bon, après quelques péripéties, on devrait enfin trouver le temps d'ajouter 3i/ATLAS dans le système du planétarium pour en parler en séance. Et donc ça me fait un sujet tout trouvé pour un nouveau...
@elzen c'est en très grande partie vrai, mais pas totalement : une partie de la glace des comètes se sublime à l'intérieur du noyau cométaire et peut former des poches de gaz dont la pression va faire sortir des geysers, c'est ce qu'on voit un peu sur les images de Rosetta.
@uxor En effet, mais ça me semble quand même trop éloigné du fonctionnement d'un volcan. Mais merci pour le complément, du coup, les gens que ça intéresse aussi peuvent aller voir cette très chouette vidéo :-)