Bi-standard magique !

En 1880, essayant de se faire inscrire sur la liste électorale, Hubertine Auclert s'appuie sur la langue française : lisant dans la loi que "Toute personne qui change de domicile peut s'inscrire sur une liste électorale," elle réclame ce droit, "personne" étant un terme épicène.
Le maire lui rétorque qu'une femme ne peut pas avoir ce droit, qui ne s'adresse qu'aux hommes...
Ah, dit-elle. 👇

Mais si "toute personne" est masculin, alors la loi indiquant que "Toute personne propriétaire vivant en France doit payer ses impôts" ne la concerne donc pas. Et donc elle refuse de payer ses impôts :-)

Merci Arnaud-Dominique Houte, professeur à Sorbonne Université, qui raconte cela dans Concordance des temps
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/concordance-des-temps/hubertine-auclert-feministe-3264822

#féminisme #droit

Hubertine Auclert, féministe

Pionnière ardente du féminisme sous la Troisième République, Hubertine Auclert défendit des revendications alors jugées extravagantes : droit de vote des femmes, féminisation des titres, indemnité de grossesse ou salaire pour le travail domestique. Arnaud-Dominique Houte en éclaire la modernité.

France Culture
@RichardMonvoisin Du coup, à la fin comment cela s'est-il résolu ?
@Sobex Hélas, l'administration n'a pas été sensible à la finesse linguistique de Hubertine. Le 8 avril 1881, la haute juridiction administrative rejette sa requête et les huissiers apposent les scellés à son domicile. Saisie des meubles, rejet de ses demandes devant le Conseil de Préfecture puis devant le Conseil d'État - les juges estimant que les lois fiscales s'appliquent à tous les résidents, indépendamment des droits politiques, 👇
@Sobex et que c'est l'usage "traditionnel" de la langue qui s'impose. Mais la victoire médiatique fut éclatante.
@RichardMonvoisin Je ne connaissais pas cette histoire, merci pour le partage !