Aujourd’hui ce sont les élections municipales aux Pays-Bas !
Je vous le dis sinon vous n’en entendrez pas parler, car les médias français sont foncièrement nuls à traiter de l’actualité dès que ça dépasse les frontières.

Là où quasiment aucun français ne peut expliquer convenablement le mode de scrutin des municipales (une semi-proportionnelle à deux tours conditionnels avec des règles de validation, de fusion, c’est un jeu TV le truc…), aux Pays-Bas, c’est dramatiquement simple.

  • Vous votez pour élire le conseil municipal (gemeenteraad) et, dans certaines grandes villes comme Amsterdam, également pour le conseil de quartier (stadsdeelraad).
  • Les élections se déroulent lors d’un tour unique.
  • Les listes présentent un nombre de candidat·es non-délimité : un petit parti peut choisir de présenter un seul candidat, un gros parti peut en présenter un grand nombre.
  • Vous votez pour UN candidat de votre choix sur une liste.
  • Si le premier de la liste dispose de bien plus de voix que nécessaire pour être élu, les voix excédentaires sont reportées au 2è de la liste, puis au 3è, etc.
  • Si votre candidat a assez de voix pour être élu, félicitations ! Sinon, votre voix est remontée pour servir aux candidats en tête de la liste.
  • Enfin, la répartition des sièges au conseil municipal se fait à la proportionnelle.

Ce système permet à de « petits » candidats ayant un réel impact sur la vie locale de se faire élire, peu importe leur place sur la liste. Vous pouvez voter sans crainte pour votre candidat VRAIMENT préféré car votre voix ne sera jamais perdue dans tous les cas ; la notion de « vote utile » n’existe pas. Et si vous voulez juste voter pour « une liste » sans connaître les candidats, il suffit de voter pour la tête de liste, ce que beaucoup de gens font simplement.

Dernier détail qui a son importance : ces élections sont ouvertes aux résidents qui n’ont pas la citoyenneté ! Vous avez le droit de voter aux municipales si vous êtes citoyen de l’Union européenne, ou avez vécu en continu aux Pays-Bas pendant au moins cinq ans.

Vous aurez noté que je n’ai pas parlé du maire, ou devrais-je dire bourgmestre (burgemeester). Pour une raison très simple : son rôle est beaucoup moins fort qu’en France. En bref, on s’en fout un peu.

Le bourgmestre est nommé pour six ans par décret royal, mais ce choix doit être validé en conseil municipal. Dans les faits, il s’agit toujours d’un nom représentatif de la tendance politique dominante du conseil municipal, et il est même de coutume que ce soit le conseil municipal qui propose un candidat à la Couronne. Notez bien que je parle de « tendance » plus que de partis car il n’arrive jamais qu’un conseil municipal soit dominé à plus de 50% par un seul parti, ici c’est la culture de la recherche de consensus et de coalition (on reviendra sur le concept de coalition un autre jour, promis…). Le profil demandé est celui d’un fonctionnaire : on n’exige pas forcément un background dans la vie politique active ou « électorale ».

Le bourgmestre fait partie du conseil exécutif de la municipalité, qu’il préside ; mais il ne fait pas partie du conseil municipal (= pouvoir législatif de la municipalité) et n’y dispose pas d’un droit de vote. Le conseil municipal dirige la ville, pas le bourgmestre ! En pratique, c’est un administrateur.

@ombremad

Ah oui, intéressant !

En France, le contrôle administratif est géré par les préfets, au niveau départemental.

Effectivement, rien à voir avec le maire.

C'est chouette de voir les différences.

@ombremad tu crois que c pareil en Belgique ? Vu que c'est des bourgmestres aussi ? (Btw j'ai toujours kiffé le nom, ça fait classe)

@Meeea @ombremad

C'est très similaire aux élections sociales en Belgique (élection des représentants syndicaux dans les entreprises).
La principale diff c'est que tu peux voter pour autant de candidats que de sièges disponibles (mais ces candidats doivent être sur une même liste) ou bien pour la liste elle-même (et là l'ordre des candidats sur la liste est d'importance décroissante)

@Meeea @ombremad

Ce que j'apprécie surtout c'est le mode d'attribution des sièges au moment du dépouillement: il s'agit de faire un calcul pour chaque siège disponible de sorte que les listes "un peu minoritaires" parviennent quand même à avoir au moins un siège pour s'exprimer.
Les grands gagnants ont plus de sièges certes, mais les petits ne sont pas en reste.

@Cyani @ombremad mais pourquoi j'habite en France moi >__<
@ombremad Ça paraît brillant comme solution. Ils gèrent la parité aussi dans ce système ? Si oui, comment ?
@ombremad Merci beaucoup pour cette minute culture électorale. ☺️

@ombremad marrant ce système ! après jsuis jamais trop fan des scrutins où tu ne désignes que ton choix préféré, pas ton second ou troisième choix

je trouve que ça a de la valeur de pouvoir exprimer «jveux celui-là mais SURTOUT PAS cet autre» et que ça se reflète dans les résultats (en tout cas en france c’est uniquement grâce à ça qu’on a pas encore des nazis partout)

@zotof je trouve que ça n'a pas trop de sens de désigner des seconds ou troisième ou quatrième… choix, dans un contexte à scrutin à simple tour et proportionnel. En général on parle de deuxième choix quand on a la notion de "vote utile" : "au pire prenez lui plutôt que lui même si c'est pas mon préféré". Mais là, je ne vois pas trop à quoi ça servirait ?

@ombremad genre dans un cas où 10% des gens veulent le Parti Faf Puant, et que les 90% restants ont des choix variés mais veulent surtout pas le PFP

avec un truc proportionnel à 1 tour le PFP a 10% des sièges

avec un système de 2eme tour ou de plusieurs choix dans l’urne, il a moins

(si je me trompe pas)

@zotof tu ne te trompes pas sur le calcul des sièges. Là où tu te trompes c'est sur l'analyse globale de tout le reste. "Le parti faf" ça veut rien dire aux Pays-Bas, surtout dans un cadre local, c'est un pays avec des dizaines de partis, pas avec 3 gros partis qui raflent tout. Par ailleurs, avec 10% des sièges tu fais rien sans les autres partis. Comme en général dans une ville, les plus gros partis ont max 30% des sièges, y'a jamais "un parti dirigeant" mais bien "des élus qui votent". Il faut juste se rappeler de comment fonctionne le débat parlementaire, mais en France, ça fait longtemps qu'on a oublié, je te l'accorde.
@zotof par ailleurs les garde-fous stupides à base de fausses proportionnelles en France qui étaient censés nous protéger de l'arrivée de l'extrême-droite, font que maintenant l'extrême-droite détient des villes entières et a énormément de députés, tandis que les petits partis sont inexistants.

@ombremad ça pour moi c’est pas la faute des modes de scrutin, c’est parce que c’est l’extrême-droite qui a le plus d’électeurs et qu’elle est devenue respectable pour le reste des gens

mais oui j’imagine que tel ou tel scrutin ça dépend de comment la démocratie fonctionne (et que ça influe ce fonctionnement), mais bon j’aime bien pouvoir donner mon 2nd choix quand même 🤷

@zotof bah si, le mode de scrutin fait que dans les mairies le parti « gagnant » a au moins 50% des élus, en général dans les 70% (et donc plus ou moins les mains libres), y compris si c’est l’extrême-droite et y compris si ils auraient dû n’avoir que 25 à 30% des sièges dans un mode de scrutin à simple tour proportionnel.

Dans un cas, un parti décide seul, et obtient un nombre de sièges qui ne représente pas du tout le % réel de personnes ayant voté pour.

Dans l’autre cas, un conseil municipal est toujours composé de multiples partis dont aucun ne dispose de la majorité absolue, ce qui propose selon moi de bien meilleures garanties qu’une proposition absurde ne sera jamais votée, et encourage le travail parlementaire réel.

@ombremad ah oui j’aurais du être plus clair, je défends pas la prime à la majorité par contre !

d’autant plus que à lyon ça rend l’élection de la métropole (circonscriptions + prime majoritaire) totalement incomprehénsible

@zotof mais du coup je suis vraiment pas sûre de comprendre ce que tu vois comme intérêt à un « second choix » dans un système proportionnel réel (puisque dans un système proportionnel réel, c’est bien ton premier choix qui est pris en compte, forcément). Tu peux m’expliquer ?

@ombremad je suis désolé je pense que je vais pas réussir à être clair mdr

l’idée générale c’est que si y’a 4 partis qui ont chacun 25% de sympathisants, mais que l’un d’entre eux c’est les puants que personne ne désire à part leurs sympathisants (genre si tu demandes à un·e random électeurice des 75% restants de faire son classement des 4 partis, iel va toujours mettre les puants en bon dernier)

ben ça me parait chouette que les puants aient moins de 25% des sièges

et ça on l’obtient si on permet aux électeurices d’exprimer plus d’un seul choix (soit parce que y’a 2 tours, soit parce qu’iel fait un classement sur son bulletin, soit autrement chépo)

@ombremad (après mon truc ça favorise le centrisme et c’est ptetre pas bien non plus bref j’en sais rien le problème c’est juste que ya trop de gens de droite je crois)
@zotof c’est un peu ça. Il ne faut jamais essayer de trouver des solutions magiques de scrutin qui vont faire en sorte que les gens vont voter comme on veut ; ça marche jamais et, comme depuis 20 ans en France, ça se retourne même contre nous.
@ombremad Normal en France la caste au pouvoir et la bourgeoisie aiment les trucs compliqués pour perdre les gens et faire tranquillement leurs magouilles.
La France c'est la Sicile et Naples avec les mitraillettes qui sortent moins souvent...