Poésie merci
Merci à Clément Alfonsi, il a fait remonter un souvenir par ses mots.
Je me souviens d’un soir ancien, dans la douceur de Sarlat.
Sur scène, Miles Davis nous tournait le dos,
comme s’il jouait pour un horizon que nous ne pouvions pas voir.
Les autres musiciens portaient vers nous leurs visages et leurs notes,
un jazz limpide, presque suspendu.
Puis Miles a laissé tomber cinq notes,
cinq pierres lumineuses dans le silence,
et tout s’est mis à vibrer autrement.
Comme si une vérité s’était ouverte d’elle-même,
sans effort, sans ornement, sans mensonge.
Je pense alors à ces artistes qui cherchent le reflet
plutôt que la source,
dont l’œuvre ne semble viser que l’éclat du marché.
Jeff Koons,
ce que son œuvre représente à mes yeux :
cette manière de transformer l’art en miroir de foire
plutôt qu’en passage secret vers quelque chose de plus vaste.
Il en va de même pour les mots.
Il existe des poèmes qui respirent,
des poètes qui déposent leurs vers comme on confie une vérité fragile.
Et il en est d’autres,
brillants parfois, retentissants,
qui sonnent creux,
comme des coquilles polies par l’ambition.
Entre tout cela,
je cherche la même ligne de partage :
celle qui sépare la sincérité de l’artifice,
le souffle de la façade,
la note vivante de la note décorative.
Et je retourne, souvent, à ces cinq notes à Sarlat,
qui contenaient plus de vérité
que bien des œuvres criées pour se faire entendre.
Haïku
Notes dans la nuit,
cinq éclats de vérité,
le silence écoute.
Tanka
Miles tourne le dos,
cinq notes deviennent monde.
L’art vrai se dévoile.
Certains vers sonnent creux,
d’autres portent une âme.
Psaume
Ô vous qui cherchez la lumière dans les formes trompeuses,
souvenez-vous : la vérité tient dans une simple note.
J’ai vu un soir la musique s’ouvrir comme un chemin,
cinq sons seulement, posés comme on dépose une prière.
Alors j’ai compris que tout art n’est pas offrande :
il existe des poèmes sans souffle,
des images sans source,
des œuvres qui brillent sans éclairer.
Mais l’art sincère demeure,
fragile et brûlant,
vibrant comme une corde dans la nuit.
Heureux celui qui reconnaît l’éclat intérieur,
car il entendra dans le murmure d’une note
plus de vérité que dans mille artifices.
