À l’extrême gauche, il est de bon ton de dire “je rappelle”. En disant “je/on rappelle que”, suivi d’une affirmation idéologique (et j’utilise ici le mot idéologie au sens neutre, au sens où par exemple j’adhère à l’idéologie abolitionniste anticarcérale, anti-frontières, décoloniale, féministe et queer et anarchiste et j’en suis fière), on postule performativement une communauté de militants légitimes supposés savoir et être d’accord sur un certain nombre de choses. Ce qu’on ne fait que rappeler, c’est une chose vue et revue. Ce n’est pas une chose discutable, car le militant légitime la sait et la comprend. La personne qui ne sait ou ne comprend pas n’est donc pas un militant, ou en tout n’est pas légitime dans le militantisme qu’on représente. La personne va par exemple acquiescer sans comprendre, puis demander une explication. “Je crois que je suis d’accord, mais pouvez-vous expliquer ?” Or en demandant une explication, elle contribue à la charge mentale des militants légitimes supposés concernés. On lui enjoint donc de “faire sa recherche”, les ressources pédagogiques existent, “renseigne-toi”. On suppose la personne capable de cela, mais aussi on la rend coupable d’ores et déjà d’une exigence illégitime que les personnes militantes supposées concernées fassent de la pédagogie (on est fatigué). On suppose la personne qui pose la question non concernée. On suppose par exemple que cet (apparent) homme qui pose des questions sur le genre n’est pas une femme trans ou une personne enby en questionnement, en proie à une peur intense et de rester tel-le quel-le, et de se découvrir autre. La charge mentale est réelle. Le rejet aussi. La flemme est légitime, mais la bienveillance peut aussi être une valeur politique.