Allez, on repart pour un nouveau #Vulgadredi ? Au cours des dernières semaines, nous avons passé en revue l'histoire de la Terre et des bestioles qui ont vécu dessus. Mais à part dans le tout premier thread de la série, on a surtout parlé de l'état de nos connaissances, et pas de la façon dont on les a obtenues. Pourtant, on a terminé là-dessus la dernière fois, tout ça bouge en permanence.

On va donc profiter des seize pouets de ce nouveau #VendrediVulga pour jeter un œil aussi un peu à cette histoire-là, celle de notre découverte du passé (et surtout, en l'occurrence, celui des dinosaures). Par contre, je dois ici prévenir d'entrée de jeu qu'on sort un peu de mon champ de compétences : je peux vous donner quelques étapes importantes, mais j'aurais du mal à entrer dans les détails.
2/16 Et donc commençons par le début : des fossiles d'animaux disparus, on en déterre des tas depuis des lustres. Sauf que, tant qu'on ne sait pas ce que c'est, on a vite fait d'interpréter ça de travers. Par exemple, la Bible parle de géants, alors si on tombe sur un truc qui ressemble à un os surdimensionné, ça peut être plus facile d'imaginer un humain géant qu'un T-rex.

Une hypothèse assez sérieuse, plusieurs fois soulevée (mais délicate à prouver), est d'ailleurs que le mythe grec du cyclope, qu'on rencontre par exemple dans l'Odyssée, aurait pu être inspiré par la découverte de crânes fossiles de proboscidiens, le trou correspondant à la trompe ayant été interprété comme une orbite.
3/16 Comme on l'a vu dans le thread sur l'âge de la Terre, c'est au cours du ⅩⅧème siècle que l'interprétation de ces fossiles comme étant les restes d'animaux disparus (on les pensait à l'époque « antédiluviens », c'est-à-dire ayant vécu avant le Déluge biblique) a commencé à s'imposer, et c'est à la fin de ce siècle que naît la discipline qu'on appelle aujourd'hui paléontologie.

Le mot lui-même est un peu plus récent : son premier usage date de 1822, sous la plume d'Henri-Marie Ducrotay de Blainville, zoologue français, disciple de Georges Cuvier. On a déjà mentionné ce dernier, et on en reparlera sans doute la semaine prochaine. Le terme a ensuite été promu par le géologue Charles Lyell, ami et relecteur d'un autre Charles, Darwin, cette nouvelle discipline étant au croisement de la biologie et de la géologie.

Et si vous avez manqué le thread sur l'âge de la Terre, il est là : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B27P3TpYpnveRphhxI
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La semaine est finie, c'est l'heure du #Vulgadredi, le week-end est là, attaquons le #VendrediVulga ! La semaine dernière, on parlait de défense planétaire, et j'ai mentionné le gros caillou qui es...

4/16 Lyell est celui qui délimitera les époques de l'Éocène, du Miocène et du Pliocène au sein de l'ère qu'on appelle aujourd'hui le Cénozoïque, mais qu'il désignait pour sa part comme le « Tertiaire ». On a déjà vu, dans le thread sur cette ère géologique, que Cuvier avait nommé quelques espèces qui en dataient, dont un certain mastodonte.

Mais on commençait déjà à s'intéresser aussi aux couches plus profondes et donc aux époques plus anciennes, puisque le premier dinosaure décrit scientifiquement l'a été en 1824. Il s'agissait d'un théropode du Jurassique, long de six à sept mètres, et qui a été le premier dinosaure super-star avant que sa popularité ne soit totalement éclipsée par celle du T-rex et qu'on l'oublie complètement : le mégalosaure.
5/16 L'année suivante, en 1825, ont été nommées deux espèces qu'on a déjà mentionné ici : le déinothérium, un cousin de nos éléphants ayant vécu au Miocène, et le deuxième genre connu de dinosaure : l'iguanodon. Et je vous avais dit dans le thread sur les dinosaures qu'on reviendrait sur le cas de ce dernier, car il illustre assez bien la façon dont nos représentations ont évolué avec le temps.

Commençons donc par son nom. Gideon Mantell, le premier paléontologue à l'avoir décrit, a d'abord trouvé des fossiles de dents ressemblant beaucoup à celles d'un iguane actuel. Il a donc réuni les mots « iguane » et « odontos » (« dent » en grec ancien, on l'a déjà vu), et on peut constater ici que Mantell était britannique, puisqu'en français, on aurait sans doute forgé « iguanodonte », comme pour le mastodon(te).

Et vu qu'on est partis pour rester au Mésozoïque, si vous vouliez plus de Cénozoïque, voyez là : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B3WQ6SZ10M6m5tSm9Y
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Dans cette visite du passé de la Terre qui nous occupe depuis quelques #VendrediVulga, nous en arrivons finalement, à l'échelle des temps géologiques, quasiment au présent : tout ce dont on va parl...

6/16 Mantell n'avait cependant pas beaucoup de restes à sa disposition : principalement des dents, quelques vertèbres et os de pattes, bien loin d'un squelette complet. Dans ces restes se trouvaient quelque chose qui lui évoquait une corne : il a donc imaginé un animal ressemblant à la fois à un iguane et à un rhinocéros.

Et notre paléontologue s'est alors risqué à faire quelque chose de bien utile à la fois pour imaginer la bête et constater l'état des connaissances à un instant donné : un dessin. Un dessin aujourd'hui assez célèbre pour sa fausseté, mais qui nous permet assurément de mesurer le chemin parcouru. Voyez donc ça, on verra la différence dans quelques pouets.
7/16 Une troisième grosse bestiole a été décrite en 1832, un thyréophore du Crétacée baptisé Hylaeosaurus armatus. Dix ans plus tard, en 1842, Sir Richard Owen proposa de réunir ces trois bestioles en un seul groupe, pour lequel il a forgé le nom de « terribles lézards », ou, en grec ancien, « δεινός σαῦρος », les dinosaures (il semble qu'Owen entendait « terrible » au sens d'« effroyablement grands »).

Curieusement, trois autres bestioles aujourd'hui reconnues comme des dinosaures avaient été découverts au cours de ces dix ans (Poekilopleuron, Thecodontosaurus et Cetiosaurus), mais Owen ne semble pas les avoir directement rattachés à son nouveau groupe. Il faut dire que l'arbre phylogénique était encore assez nébuleux ; mais la popularité de ce nouveau groupe allait aider, multipliant les fouilles à la recherche de fossiles dans les décennies qui suivirent.

Et si vous voulez un peu plus de détails sur le classement actuel des dinos, voyez le thread dédié : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B33Id3NJF8nqJMBHAe
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Le revoici, le revoilà, comme tous les #Vulgadredi, le #VendrediVulga ! La semaine dernière, nous avions donc pris quelques points de repères dans l'histoire de la vie sur Terre, en commençant par ...

8/16 C'est ainsi qu'entre 1877 et 1892 eut lieu ce qu'on appelle depuis la « guerre des os », une course à la célébrité entre deux paléontologues états-uniens, Edward Drinker Cope et Othniel Charles Marsh, qui ont multiplié les fouilles de grande ampleur et conduit à la découverte d'au moins 136 nouvelles espèces de dinosaures…

…mais qui ont surtout enchaîné les coups bas, n'hésitant pas à se voler mutuellement des fossiles, quand ils n'essayaient pas de démolir la réputation de l'autre ou de lui faire couper ses financements… voire de faire simplement détruire certaines découvertes. Si quelqu'un vous dit que la rivalité est un bon moteur de progrès, vous pouvez assez clairement citer ce cas comme contre-exemple.

Pour plus de détails sur la question, je vous renvoie à Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_os
Guerre des os — Wikipédia

9/16 C'est dans ce cadre que Cope décrira en 1878 une espèce de sauropode assez particulière, qu'il baptise « amphicoelias fragillimus », à partir de quelques restes de vertèbres d'une taille particulièrement imposante. Se basant sur la morphologie d'amphicoelias altus, une espèce proche qu'il avait découvert l'année précédente, Cope estime la taille de sa nouvelle trouvaille à quelque part entre 40 et 60 mètres, soit nettement plus que le patagotitan dont on a parlé la semaine dernière.

Vu le contexte, il est toutefois permis de penser qu'il ait pu exagérer… voire même inventer de toute pièce : les vertèbres utilisées pour la description semblent en effet avoir été depuis perdues ou détruites, et n'en subsistent que ses croquis, ce qui empêche de vérifier ses propos. Aucune autre trace de ce sauropode géant n'a semble-t-il été découverte depuis.

Pour du gigantisme avéré, donc, il vaut mieux se référer aux espèces dont on a parlé la semaine dernière : https://fadrienn.irlnc.org/notice/B3kqO4JxCCSj8iul4C
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Okay, c'est reparti pour un nouveau #Vulgadredi ! Et pour les seize pouets de ce nouveau #VendrediVulga, après avoir traversé le temps du précambrien jusqu'à l'Holocène en croisant pas mal de fossi...

10/16 Pendant ce temps, les choses étaient un peu plus calmes en Europe… mais ne manquaient néanmoins pas d'intérêt. Ainsi, cette même année 1878, des fouilles réalisées dans la mine de Bernissart en Belgique permirent de mettre au jour une trentaine de squelettes d'iguanodons, cette fois-ci bien plus complets et bien conservés.

Cette découverte exceptionnelle a mené à une seconde description de l'espèce, ayant conduit à pas mal réviser la vision qu'on en avait depuis 1825. Notamment, on put constater que ce que Mantell avait pris pour une corne était en fait le pouce de l'animal. Je vous laisse remonter de quelques pouets pour comparer le premier dessin avec celui-ci, daté de 1896.
11/16 Il restait encore un peu de chemin à faire avant nos représentations actuelles. Il faut dire qu'il n'a pas été évident d'arriver à notre vision moderne des dinos. Vue leur taille, il a par exemple été envisagé qu'ils aient pu passer leur vie dans l'eau, avec juste la tête dépassant pour respirer, la poussée d'Archimède les aidant à supporter le poids de leur corps.

Cette idée est évidemment complètement rejetée aujourd'hui… d'autant qu'on s'est rendus compte que ça aurait rendu leur respiration particulièrement difficile, de la même manière qu'on ne peut pas utiliser un tuba trop long. La quasi-totalité des dinosaures connus étaient terrestres, même si quelques espèces comme le spinosaure ou le liaoningosaure ont pu retourner à l'eau. Les « reptiles marins » comme le mosasaure, on l'a vu l'autre fois, formaient d'autres branches de sauropsides.
12/16 On a tout de même eu « assez vite » quelques indices du fait qu'il y avait un peu plus que ça à creuser, puisqu'on a retrouvé dès 1860 (soit avant le triceratops, 1889, ou le tyrannosaure, 1905) un fossile d'une qualité exceptionnelle, sur lequel on avait non seulement la forme complète d'un squelette, mais carrément des empreintes de plumes.

Ce fossile, aujourd'hui exposé au Muséum d'Histoire Naturelle de Berlin, a servi à décrire l'espèce appelée archaeopteryx, et illustrait déjà à l'époque le lien de parenté entre les dinosaures disparus et les oiseaux actuels (on l'a même considéré à une époque comme la première espèce d'oiseaux, même si on pense aujourd'hui qu'il était plutôt un de leurs proches cousins).
@elzen Et je trouve le nom de la bestiole aussi beau que son fossile : Archaeopteryx lithographica
@clic Effectivement, certains noms de dinos (ou d'autres espèces disparues) sont plutôt classes, et celui-ci en est un très bon exemple !

D'ailleurs, j'en profite pour dire que les noms que j'ai tendance à utiliser dans ces derniers threads sont souvent les noms de genres plutôt que les noms d'espèces, alors que parfois on connaît plusieurs espèces du même genre.

Par exemple, on connaît une seule espèce de tyrannosaures, le Tyrannosaurus Rex, mais plusieurs espèces d'iguanodons, dont par exemple l'I. Bernissartensis (dont le nom vient de la mine évoquée plus haut) ou l'I. Anglicus (je crois que c'est l'espèce décrite par Mantell).