Comment protester contre les néonazis ? Les leçons de l’histoire allemande

L’histoire nous rappelle que les affrontements de rue entre les communistes allemands et les nazis dans les années 1930 ont profité aux seconds.

The Conversation
> Après le meurtre de Heather Heyer à Charlottesville, nombre de personnes se sont demandé ce qu’elles devraient faire si des nazis manifestent dans leur ville. Faut-il se mettre en danger dans des contre-manifestations ? Certains disent oui.
> L’histoire nous montre que non. Croyez-moi : je suis une spécialiste des nazis. Nous avons une obligation éthique de nous opposer au fascisme et au racisme. Mais nous avons aussi une obligation éthique de le faire d’une manière qui n’aide pas les fascistes et les racistes plus qu’elle ne leur nuit.
> Mais les historiens estiment que des événements comme le rassemblement de Wedding ont aidé les nazis à construire une dictature. Certes, la bagarre leur a apporté une attention médiatique. Mais ce qui fut de loin le plus important, c’est la manière dont elle a alimenté une spirale croissante de violence de rue. Cette violence a considérablement servi les fascistes.

> Les affrontements violents avec les antifascistes ont donné aux nazis l’occasion de se présenter comme les victimes d’une gauche agressive et hors-la-loi.

> Cela a fonctionné. Nous savons aujourd’hui que de nombreux Allemands ont soutenu les fascistes parce qu’ils étaient terrorisés par la violence de gauche dans les rues.

> Les Allemands ouvraient leurs journaux du matin et y lisaient des récits d’affrontements comme celui de Wedding. Ils avaient l’impression qu’une guerre civile allait éclater dans leurs villes. Électeurs et responsables politiques de l’opposition finirent par croire que le gouvernement avait besoin de pouvoirs policiers spéciaux pour arrêter les gauchistes violents. La dictature devint désirable. Le fait que les nazis eux-mêmes attisaient la violence semblait ne pas compter.
> L’une des étapes les plus importantes de l’accession d’Hitler au pouvoir dictatorial fut l’obtention de pouvoirs policiers d’urgence, qu’il affirmait nécessaires pour réprimer la violence de gauche.

> Que faire ?

> Une solution : organiser un événement alternatif qui n’implique pas de proximité physique avec les extrémistes de droite. Le Southern Poverty Law Center a publié un guide utile.

Parmi ses recommandations : si l’alt-right manifeste, « organisez une protestation joyeuse » bien à l’écart. Donnez la parole aux personnes qu’ils ont ciblées. Mais « aussi difficile que cela puisse être de résister à l’envie de crier sur les orateurs de l’alt-right, ne les affrontez pas ».

> Cela ne signifie pas ignorer les nazis. Cela signifie leur tenir tête d’une manière qui évite tout bain de sang.

@maiwann

Attention à ce narratif bien pratique: si Hitler est arrivé au pouvoir ce n'est pas parce que les allemands l'ont choisi, ont voté pour lui, ou parce qu'il avait leur confiance: il est arrivé au pouvoir parce que la bourgeoisie lui a demandé de taper sur tous les gauchistes qui auraient bien aimé arrêter de se faire dominer par elle. La bourgeoisie incluait le gouvernement et les journaux, et rien n'a changé: seul l'État bourgeois est légitime, l'extrême-droite est un mouvement politique comme les autres qui peut tout à fait exister, l'extrême-gauche ne doit pas être indépendante et doit se plier aux ordres, ...

The Conversation est dans la pure tradition bourgeoise. Iels n'ont aucune analyse politique de ce qu'est l'extrême-droite et de comment on l'empêche d'être au pouvoir (si tant est qu'on le veuille). Ce que propose ce journal ne relève pas de l'analyse mais de l'idéologie, et n'a aucune prise avec la réalité: on peut sans problème jeter ça à la poubelle. On peut faire tous les festivals de joie militante qu'on veut, la bourgeoisie mettra toujours en avant l'extrême-droite qui ne remet pas frontalement en question l'État, et la poussera toujours en avant

@rakoo @maiwann The Conversation publie des articles écrits et signés par des universitaires. En l'occurrence, il s'agit d'un historien spécialiste du nazisme.

Il nous rappelle que les petites mains de l'ED n'attendent que ça que leurs provocations débouchent sur de la baston. Parce que ça paie.

Comme tu le soulignes, ils ont le soutient de la bourgeoisie de pouvoir. D'où la nécessité absolue de ne pas faire leur jeu.

@julienfalgas @maiwann malheureusement, spécialiste des nazis ne veut pas dire spécialiste de la lutte contre les nazis. Ne pas faire le jeu de la bourgeoisie, en pratique, ça veut dire une seule et unique chose: accepter d'être dominé. On peut dire que c'était la technique des Roms de baisser les yeux, ça leur a pas vraiment réussi. Proposer encore aujourd'hui de faire ça c'est léger pour rester poli.

Un truc qui a réussi, c'etst la bataille de Cable Street (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Cable_Street ) qui a tourné ici récemment. Quelques milliers de fascistes qui veulent faire une marche dans un quartier juif, quelques centaines d'antifascistes qui viennent les en empêcher et ça finit en affrontements: les fascistes repartent la queue entre les jambes et n'arriveront plus à convaincre grand monde suite à ça.

Entre les deux tactiques yen a une qui marche et c'est pas celle de l'article.
Bataille de Cable Street — Wikipédia

@julienfalgas @maiwann

Encore et toujours, Martin Luther King:

> Tout d'abord je dois vous avouer que, ces dernières années, j'ai été gravement déçu par les Blancs modérés. J'en suis presque arrivé à la conclusion regrettable que le grand obstacle opposé aux Noirs en lutte pour leur liberté, ce n'est pas le membre du Conseil des citoyens blancs ni celui du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré qui est plus attaché à l'« ordre» qu'à la justice; qui préfère une paix négative issue d'une absence de tensions, à la paix positive issue d'une victoire de la justice; qui répète constamment: «Je suis d'accord avec vous sur les objectifs, mais je ne peux approuver vos méthodes d'action directe»; qui croit pouvoir fixer, en bon paternaliste, un calendrier pour la libération d'un autre homme; qui cultive le mythe du «temps-qui-travaille-pour-vous » et conseille constamment au Noir d'attendre «un moment plus opportun ». La compréhension superficielle des gens de bonne volonté est plus frustrante que l'incompréhension totale des gens mal intentionnés. Une acceptation tiède est plus irritante qu'un refus pur et simple

@rakoo @maiwann

Je lis à propos du sinistre Oswald Mosley et de Cable Street (https://fr.wikipedia.org/wiki/Oswald_Mosley)

> Le Parti communiste et le Daily Worker ont appelé à faire barrage à ce rassemblement fasciste, qui se termine en bagarres, les « Chemises Noires » expulsant les provocateurs de façon très violente. Le lendemain, The Times publie une lettre, signée par les députés tories Scrymgeour-Wedderburn, T.J. O'Connor et Anstruther-Gray, protestant contre ce « déplorable outrage à l'ordre public » : la BUF venait de perdre sa respectabilité.

En expulsant violemment des provocateurs de l'ED, les antifa tombent seulement dans le même piège que Mosley en son temps.

Oswald Mosley — Wikipédia

@julienfalgas @maiwann

La différence fondamentale c'est que l'ED et la bourgeoisie pourront toujours parvenir à un accord pour s'entendre et avancer ensemble; la seule force de l'antifascisme c'est de peser dans le rapport de force. Si Cable Street a marché c'est pas simplement parce que la bourgeoisie était gentille, mais parce que le rapport de force était en faveur des antifascistes.

C'est ptet ça la question centrale. Est-ce que préparer des festivals du rire antifascistes, compatibles avec la bourgeoisie, aide à construire le rapport de force contre cette même bourgeoisie ? Est-ce que s'opposer directement à une marche nazie adoubée par la bourgeoisie aide ? Les deux aident sûrement mais à un moment le refus du fascisme doit être concret

@rakoo @maiwann @julienfalgas je pense aussi que même si les antifascistes n'allaient pas à la confrontation, les fascistes arriveraient à créer eux-mêmes des bagarres pour ensuite tourner le récit médiatique en leur faveur.

Je me permet de poster le résumé du chapitre 30 de l'Histoire d'un Allemand (dont l'auteur est lui-même un bourgeois "plutôt de droite", mais dont je recommande néanmoins la lecture).

L'auteur n'a plus de cerlce d'ami. Il parle d'un petit cerle d'étudiants en loi qui sert aussi de club de débat informel, d'opinion politiques diverses, sans que cela mène à se détester les un les autres. L'auteur souscrit à la théorie des extrêmes qui se rejoignent et donne l'exemple de deux membres de ce cercle, l'un, Hessel, sympathisant communiste, l'autre, Holz, fils de militaire et nationaliste, qui font souvent front commun contre le reste du cercle: ils viennent tous deux du "mouvement de la jeunesse", pensent "bündisch", sont contre la bourgeoisie et contre l'individualisme, ont un idéal de "communauté" et d'"esprit commun", tous deux pensent que le vrai drapeau rouge c'est le jazz et les journaux de mode -- c'est-à-dire le monde qui gagne et dépense de l'argent de manière frivole -- et tous deux ont un petit amour secret pour la terreur, déguisé chez l'un par de l'humanitarisme, et chez l'autre par du nationalisme. Ils sont raides, dépourvus d'humour et se ressemblent même physiquement, et ont d'ailleurs le plus grand respect l'un pour l'autre.
Deux autres opposants qui s'entendent bien et font parfois front commun contre les autres sont un certain Brock et l'auteur. Plus difficile à placer sur l'échelle politique que les deux précédents. Brock est révolutionnaire et extrêmement nationaliste, l'auteur est conservateur et extrêmement individualiste. Ce qui les unit : ce sont des esthètes qui vénèrent des dieux apolitiques. Le dieu de Brocks est l'aventure, et spécifiquement l'aventure collective (style 14-18 et 1923), celui de l'auteur est le dieu de Goethe et Mozart.
Les deux derniers sont Hirsch, fils d'un professeur d'université juif et von Hagen, fils d'un haut fonctionnaire et membre du parti démocrate. Ils jouent le rôle de médiateurs. Hirsch a un faible pour l'antisémitisme.
Jusqu'en 1932 ce petit groupe s'installait autour d'une table ronde à fumer et débattre, et au moment où écrit l'auteur, Hirsch, Hessel et lui-même ont émigré, Brock et Holz sont de hauts fonctionnaires nazis, von Hagen est avocat à Berlin et probablement membre du parti nazi.
C'est en mars que l'atmosphère se gâte au sein du groupe. D'un ton amusé: "il y a naturellement une certaine nervosité chez mes amis juifs", "il est vrai que... Mais il ne faut pas oublier que les Juifs...", "ils est vrai que les Juifs... mais d'autre part", "tu vois, si dans l'abstrait la race ne compte pas, dans le cadre de l'identité nationale..."
L'auteur somme Holz de s'expliquer : comment peut-il accepter l'hospitalité de Hirsch, un Juif, tout en souhaitant la mort des Juifs ? Tout le monde proteste. Brock: "il n'y a pas là de conflit insurmontable, en temps de guerre des officier acceptent l'hospitalité dans des maisons qu'ils font sauter le lendemain", "qui parle de la mort des Juifs, quand on peut simplement les boycotter de manière ordonnée et disciplinée ?" L'auteur: les boycotter, c'est les ruiner, les ruiner, c'est les pousser à mourir de faim. Holz: "minute, minute, personne ne meurt de faim en Allemagne, s'ils étaient vraiment ruinés, ils ne mourraient pas de faim, ils recevraient le chômage".
En Avril Holz et Brock rejoignent le parti. Ce ne sont pas de simples opportunistes: ils y adhérent.
Prochaine session du club de débat en mai, juste après le massacre de Cöpenick. Holz et Brock en font un récit détaillé, plus détaillé que ce que l'on peut lire dans les journaux. Quand l'auteur demande à Holz si ça ne le trouble pas d'appartenir à ce parti, celui-ci fait des excuses: "c'est eux qui ont commencé, ils le méritaient ! Ils faisaient tous partie du parti social-démocrate et de la ligue de fer ! Et puis, pourquoi ne se sont-ils même pas défendus, ce sont des faibles, ils auraient eu l'opportunité de mourir honorablement !" L'auteur dit que c'est dégoûtant de massacrer des gens sans défense. Brock: "ils auraient dû se défendre, ainsi ils n'auraient pas été sans défense! C'est un truc marxiste dégoûtant, de se présenter comme sans défense quand les choses deviennent sérieuses !" Holz: "les SA ont agi en légitime défrense, n'oublions pas que c'est un social-démocrate qui a tiré le premier
- alors que les SA sont entré chez lui !
- dans l'exercice de leurs fonctions officielles !
- admettons. Et cela leur donne le droit de légitime défense contreles voisins aussi ? Contre vous et moi ?
- contre moi, non, mais contre vous, peut-être... Il me semble que vous vous attachez mesquinement à chaque petit détail juridique pour obscurcir de quel grand acte de fondement de la nation il s'agit ! Vous ne semblez pas réaliser que les gens comme vous représentent une menace latente pour l'État, et que l'État a le droit et le devoir d'en tirer toutes les conséquences. "La conversation continue à s'envenimer jusqu'à ce que Holz menace de dénoncer l'auteur à la Gestapo.
@FelisCatus @maiwann @julienfalgas

Les fascistes qui tabassent les antifascistes pour crier à la violence qu'iels subissent c'est vieux comme le monde, Hitler en faisait sa stratégie, Mussolini pareil, et némésis fait encore la même chose aujourd'hui. Toujours pareil: constater des troubles à l'ordre public, arriver en sauveur