1 - terreau

Je suis ici depuis si longtemps que l’herbe me pousserait dessus s’il y en avait. Je pourrais la nourrir, être l’hôte de toute une faune, bourdons, abeilles, sauterelles, vers de terre, fouines, taupes peut-être. Mais c’est un matelas qui m’héberge et les mouches qui me tiennent compagnie.

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2 - bouture

J’ai brisé une de mes phalanges et l’ai plantée là, juste à côté, dans l’espoir qu’elle pousserait, pour avoir une main à tenir.

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3 - râteaux

Tout ce que je veux, c’est me lever. Mes mains transformées en râteaux aux dents cassées, je laboure le matelas jusqu’à trouver une prise. Me redresse. Attrape mes jambes pour les sortir de là et fais semblant de ne pas voir la viande verdâtre et les os apparents.

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4 & 5 - repiquer & engrais

Debout. Chair tremblante –ce qu’il en reste. Je vais me repiquer plus loin. Nourrir la terre qui, franchement, ne m’a pas vraiment nourri’e. Désincarnation et devenir compost.

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6 - lune

Sous les pas terre infertile, sol gris de lune, désert de froid et arbres morts. Avancer. Ne pas savoir si les crevasses sont au terrain ou à mes pieds.

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7 - planter

Arriver à une terre meuble, humide, boue, s’y allonger, enfoncer, laisser le temps faire son œuvre. Refuser d’être le zombi dévorateur et se regarder pousser.

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8 - floraison

Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là. Je décompose si lentement. Un pissenlit a pris racine dans ma joue. J’hésite à les lui manger avec les dents qu’il me reste et tout ce que je n’ai plus d’organes se révulse et réclame de la viande viande viande. Comme si je risquais de digérer quoi que ce soit. Le pissenlit, inconscient du danger, fleurit.

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9 - pot

par la chair je sens tout pluie vibrations souffles idées
les yeux mangés aux vers je vois encore
la langue donnée aux corbeaux plutôt qu’aux chats je goûte l’alentour
le nez bientôt disparu les odeurs déformées ne me quittent pas
mais les tympans dans le ventre des asticots je suis sourd’e comme un pot
et comme un pot pourris

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11 - apport

Je ne peux pas savoir si l’herbe est plus verte aux alentours ou si j’apporte réellement quelque chose à celle qui me borde, mais j’ai fini par faire mon trou ici.

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12 - germination

ça m’effleure
quelque chose de neuf
ça me caresse me caresse le crâne
cherche à s’élever
trouver la lumière
absorbe l’alentour pour mûrir
ça germe
doucement grandit
—une idée

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13 - fruits

J’attends que les oiseaux me dévorent et qu’ils portent mes fruits mes entrailles mon idée plus loin que j’aie jamais été avec un corps en vie.

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14 - sarcler

il n’y a plus de peau rien que la chair à sarcler des os
trancher méthodiquement la viande
qu’elle achève son cycle de mort
pourrissement
retourne à la boue

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15 - sol

Le corps s’enfonce peu à peu dans le sol meuble —si je tourne la tête, il n’y a plus d’horizon mais terre, racines, graviers lombrics, c’est bientôt une tombe que j’habite et je suis enfin chez moi.

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17 - tailler

Certains moments, comme celui-ci, je voudrais me tailler. Voir autre chose que le ciel et la terre, bientôt seulement la terre qui remplira mes orbites. La menthe me retient. Et puis la faim, et sa dévastation. C’est peut-être cela que la menthe empêche.

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19 - graines

Quelque chose est venu me becqueter. Tête trop enracinée pour savoir quoi, j’imagine un corbeau, c’est toujours un corbeau —mais muet. Ça graille et ça grince dans son bec —est-ce mes muscles mes os mes graines, que restera-t-il lorsque ce qui a fait son chemin en moi aura fait son chemin en lui?

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20 - ensoleillement

Grand soleil sur la face et la surface qui grouille, peut-être la terre peut-être la chair. Ce doit être un printemps où tout revit tout pousse sauf moi qui reste creuset de faim et ne sais plus qui commence qui finit à qui sont ces racines à qui sont ces tendons où naissent les pissenlits.

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21 - semer

la vie que j’avais cru semer m’attrape d’un souvenir
chaussette mouillée pied transi de froid
cela ne m’arrive plus
mains sur un café chaud et les lèvres bavardes
cela ne m’arrive plus
grain de peau sous les doigts
cela ne m’arrive plus
restent les flaques les pieds
les mains qui ne se referment sur rien

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22 - fleurs

Quelqu’un se souvient-iel de moi? Ai-je une tombe, un bûcher, une urne vide? Qui m’articule encore dans sa mémoire? Ici, sans bouquets ni oraison, je fleuris dans le chaos du champ.

#writever

@cedre waaaah on va faire un potager de phalanges avec nos writever!!
@Idrally @cedre mais qu'est-ce que vous avez avec planter des doigts 
@Zeph @cedre (légèrement trop lent pour le rythme) 🎵Sauras-tu planter tes doigts
À la mode à la mode
Sauras-tu planter tes doigts
À la mode de chez moooooi 🎶 (grinçant sur la fin)
@Idrally @cedre c'est bon j'ai déjà rêvé de l'équivalent humain de la boule de cheveux de l'évacuation d'eau, tu peux rien contre moi aujourd'hui
@Zeph @Idrally j'ai écrit un truc sur cette boule de cheveux (enfin pas de l'évacuation mais pareil), mais c'était une araignée
@Zeph @Idrally @cedre en plusse ça prend pas bien la bouture de doigts, y a que dans les yeux des méchants qu'on peut les planter et avoir une chance que ça repousse quelque chose.
@pomodoro @Zeph @Idrally mais si on veut attirer quelque chose il faut les planter ailleurs

@Idrally !! j'avais pas vu passer le tien alors que je suis abo au tag en plus

j'ai beaucoup hésité sur quel os planter, mais c'est le plus facile, alors que le plus jardinesque reste l'astragale quand même

@cedre pareil! J'me suis dit que les dents et les côtes c'était vu et revu, mais bon.... La dernière phalange du petit doigt..... Il y a quelque chose de poétique à planter le dernier bout du dernier doigt pour faire pousser un humain