Autrefois, « une étude » dans un article de presse, ça voulait souvent dire « un sondage » (biaisé car commandé par une entreprise, avec quelques centaines ou max 1 millier de répondants). Ça veut encore souvent souvent dire ça, d’ailleurs, car les entreprises qui commandent ces sondages ne se privent pas d’inclure les chiffres qui les arrangent dans leurs communiqués de presse.
Ensuite, Statista (un agrégateur payant de statistiques publiques gratuites) a commencé à être particulièrement bien référencé par Google. Donc pendant quelques années, « une étude » a souvent signifié « selon les données récupérées, mal sourcées et mal datées par Statista ».
Désormais, ce qui remonte dans Google (et dans les chatbots), ce sont des sociétés d’études de marché qui disent être basées à New York, et qui s’appellent Fortune Business Insights, Grand View Research, Mordor Intelligence, Future Market Insights, Coherent Market Insights, Global Market Insights, Absolute Markets Insights (j’ai un excel avec des dizaines d’autres noms)...
Ces entreprises (qui opèrent toutes de la même façon, avec des sites web pas identiques mais très similaires) proposent toutes des études de marché pour qqs milliers de $ sur tous les sujets possibles partout dans le monde. Avec toujours des courbes de croissance extravagantes à 5 ans.
La réalité, c’est que ces entreprises sont toutes basées en Inde (généralement à Pune), où elles ne font pas des études de marché : le pigeon qui paiera recevra un PDF ne reprenant que des données publiques et des extrapolations délirantes. Demander un exemple, c’est l’assurance d’être recontacté tous les mois par plusieurs de ces entreprises, qui proposent toutes "une étude" mise à jour.
J’aimerais bien (jpp) que les journalistes qui reprennent ces "études" (dont Le Monde, Libé, Le Figaro, Les Échos…) fassent un effort de compréhension avant de leur prêter leur crédibilité en reprenant leurs chiffres de prévision de croissance très visiblement nawak.