L’addiction aux réseaux sociaux ne peut sans doute avoir une prise qu’avant que la personne n’ait eu, pendant une période de sa vie, un système de relations décentes (agissant les unes sur les autres), et sans doute que tant qu’elle n’a pas connu de tel système.
On peut la mettre en lien avec une montée artificielle de la violence verbale, par écrans interposés : l’addiction à l’attention d’autrui, doublée de sa raréfaction artificielle (par la pauvreté volontaire des mécanismes de découverte de contenus) explique, dans une large mesure, une légère baisse des résultats aux tests de QI pour la génération Z (ces tests étant biaisés « en faveur » des capacités de lecture et d’écriture) et la démoralisation cyberfasciste de toute une génération.

Mais nous devons souligner un manque en retours non-verbaux, qui expliquent peut-être davantage que l’impunité une montée de la frustration et des tensions par écrans interposés.

Les dangers de certaines plateformes numériques de prédation « at scale » ne doivent pas dissimuler les limites inhérentes aux écrans… Même si l’absence de contact physique peut aussi rassurer les victimes de violences domestiques.

La troisième explication, qui n’est pas du tout satisfaisante, serait effectivement celle du sentiment d’impunité, qui serait « libérée » par l’« anonymat » (incompétence moins technique que sociologique, anthropologique, et politique).

Car si la nature humaine était mauvaise, de quel point de vue la jugerait-on ? De celui de la dégradation des corps ? Mais considère-t-on la dégradation de tous les corps comme fondamentalement « mauvaise » – celle des corps d’oies, celle des plantes, des champignons ?

Il faut donc ĂŞtre terriblement incompĂ©tent·e pour exiger la levĂ©e de l’« anonymat » sur les rĂ©seaux sociaux – terriblement incompĂ©tent·e ou tout simplement (1) dĂ©magogue (untel tente de se faire réélire), (2) malveillant·e (untel serait en croisade pour un projet de sociĂ©tĂ© malĂ©fique). On sait bien, Voltairine de Clayre le constatait dĂ©jĂ  en 1 912, que le patronat ne dĂ©fend pas plus ses intĂ©rĂŞts de classe que la classe ouvrière ; ce qui le prĂ©occupe, ce ne sont gĂ©nĂ©ralement que ses propres locaux, sa propre main-d’œuvre, ses propres recettes Ă©conomiques. Untel tente simplement de vivre aux frais de l’État.

Demander un mĂ©canisme d’authentification forte Ă  l’Arcom, comme le fait M. Jean-Philippe Ardouin, c’est mĂ©connaĂ®tre (ou au moins faire semblant) les mĂ©canismes d’authentification forte imposĂ©s par Facebook : impossibilitĂ©, en cas de crĂ©ation d’un compte Ă  travers leur service cachĂ©, d’utiliser son compte avant de leur fournir une photo claire de son visage, prise par webcam dans un environnement lumineux, que Facebook promet de supprimer après avoir extrait, on imagine, les mĂ©tadonnĂ©es d’identifiction utilisĂ©es par leur algorithme de reconnaissance faciale.

L’utiliateur·ice est enserré·e dans un réseau d’authentification garantissant à Facebook la possibilité de collaborer avec les juridictions du marché international, à des fins allant de la répression politique à l’antiterrorisme.

Si l’on ajoute à cela le rôle prépondérant des interfaces de Facebook dans la montée des violences en ligne, qui ne fait que défendre ses intérêts en collaborant le plus étroitement possible avec les autorités, alors les demandes de levée de l’anonymat sur les réseaux sociaux ne semblent avoir qu’un intérêt : la réélection.

Question clôturée le 21 juin 2022
Cause : Fin de mandat

Question Ă©crite n° 40113

Si je faisais des sciences politiques, je m’intéresserais au sujet en :

  • recensant les demandes de levĂ©e de l’anonymat en ligne,
  • observant les pentes des intentions de vote exprimĂ©es en faveur du parti politique concernĂ©, dans la circonscription,
  • faisant quelques corrĂ©lations statistiques sur le temps s’écoulant, dans chaque cas, d’ici les prochaines Ă©lections, ou les prochaines Ă©chĂ©ances des candidate·es (iels ne sont pas forcĂ©ment très nombreux·ses),
  • etc.

#Hypothèses #Statistiques