"Je suis l'anarchiste de Dieu !" : le juge et le Jack l'éventreur isérois
Petite histoire (vraie) de Noël pour frémir sous la couette
ici https://www.monvoisin.xyz/je-suis-lanarchiste-de-dieu-le-juge-et-le-jack-leventreur-iserois/
ou là👇
(attention : VSS)

La distinction entre le "sain d'esprit" et le fou" est un débat épistémologique ancien, qui perfuse encore aujourd'hui - ne serait-ce que pour décider si une personne qui commet est crime est responsable de ses actes ou non, et donc passible de peines différentes.
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Il y a toujours tiraillement entre ceux qui niaient la pathologie (le cas du refus de reconnaissance par l'Armée de l'obusite, ou "vent du boulet" en 1915 est typique), et d'autres qui allaient jusqu'en l'inventer − comme la "dromomanie", ou "aliénation migratrice" dont on affublait les vagabonds à la fin du XIXe. 

Je pense à ça parce que je lisais la vie d'Anatole Deibler, le bourreau du début du XXe ("Anatole Deibler, l'homme qui trancha 400 têtes", de Gérard A. Jaeger, voir post précédent).

Ce n'est pas lui mais son père Louis qui a guillotiné Vacher, ce fut son dernier décolleté comme on disait, le 31 décembre 1898 à Bourg-en-Bresse. Oui, Joseph Vacher, c'est notre tueur en série à nous, celui qu'on a appelé le Jack L'éventreur du Sud-Est, et qui se proclamait "l'anarchiste de Dieu". On avait déjà eu quelques personnages bien sordides en Isère, comme le curé Mingrat (dont j'ai déjà parlé), mais là, le type va scorer bien haut. 
Né à Beaufort, près de Beaurepaire, en Isère,
(à 2 pas de chez le Facteur Cheval et de la pseudo-sainte Marthe Robin, https://www.monvoisin.xyz/la-fraude-mystique-de-marthe-robin-travail-heroique-de-conrad-de-meester/), mordu par un chien enragé enfant (ce dont il se servira comme explication à son comportement), viré de chez les frères pour attouchements à Saint-Genis Laval, il va venir à Grenoble retrouver sa sœurs, Olympe, prostituée devenue tenancière de maison close (et que l'on aurait surnommée avec grande finesse « Kilomètre » à cause de ses talents de « marathonienne des trottoirs », dixit Lacassagne).
La fraude mystique de Marthe Robin - Travail héroïque de Conrad de Meester - www.monvoisin.xyz

Pre­nez une femme mai­gre­lette, para­ly­tique, aveugle, vivant les stig­mates de la Pas­sion de Jésus tous les ven­dre­di, inédique c’est-à-dire qui ne mange pas, ou seule­ment l’hos­tie de l’eu­cha­ris­tie, qui voit la Vierge ain­si que Jésus lui appa­raître à plu­sieurs reprises, et qui réa­lise la prouesse, tout en se bat­tant régu­liè­re­ment...

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Puis il fait son service, se fait rabrouer lors d'une demande en mariage alors il tire sur la fille, puis rate son suicide, se loge 2 balles dans l'oreille et dans le cou, le rendant sourd et un peu difforme. Il se fait interner entre autre à quelques kilomètres de chez moi, au prieuré Saint-Robert, qui est toujours l'hôpital psychiatrique de St-Egrève (funfact : le centre d'addicto s'appelle Centre Groddeck, du nom d'un psychanalyste allemand qui a raconté à peu près n'importe quoi
- je l'ai lu - dans "Le le livre du ça"). Puis on estime qu'il est guéri. Alors il va repasser par Beaurepaire, et commencer par trucider Eugénie Delomme, en 1894, une ouvrière de 21 ans, étranglée puis violée à 200 mètres de son usine. Puis il enchainera, avalant des dizaines de kilomètres par jour avec sa besace, son chapeau de paille et son couteau : on lui prêtera une 50aine de meurtres, essentiellement de bergers (avec viols post-mortem, arrachage d'organes génitaux avec les dents...)
et cela dans plusieurs départements. Il n'en avouera qu'11. Il va être l'un des premiers cas de profilage, mené par le juge Fourquet, qui parviendra à mettre la main dessus puis obtenir de lui des aveux par des méthodes discutables. On ne reconnaitra pas sa pathologie mentale, on lui refusera le pourvoi en cassation, et on l'enverra vers la Petite-Louison, ou Louisette, 1ers noms de la guillotine (qui a été "inventée" par le Dr Antoine Louis et non par Guillotin d'ailleurs,

je mets des guillemets parce qu'il y a eu des machines à décapiter bien avant Louis).

Avant que le souffle frais de la lame ne passe sur son cou, Joseph Vacher aura le temps de dire plein de choses, comme "La voilà, la victime des fautes des asiles" et "Vous croyez, en me faisant mourir, expier les fautes de la France. La France est coupable ! Tout est injustice". Et ses dernières paroles furent, selon Le Petit Dauphinois : "C'est heureux que je me sois fait couper les cheveux".

Sur la photo en pied, il tient des clés : il a dit que c'était pour que ses parents comprennent qu'il avait les clés du paradis (regardez la 1ère photo)

En 2008 je crois, mon pote @nicolasvivant m'invite chez lui voir le film de Bertrand Tavernier "Le juge et l'assassin" (1976). C'est grâce à lui que j'ai découvert
1) l'affaire Vacher (nommé cocassement Bouvier dans le film - vacher, bouvier c'est la même chose)
2) que Tavernier était génial (RIP)

3) que Michel Galabru était un acteur majeur, je pèse mes mots. À côté de Philippe Noiret (tout aussi majeur) dans le film, moi qui ne l'avais vu que dans des films de seconde zone, il m'a foutu méchamment la pétoche. Ça lui a valu un césar il me semble. 
La bande-annonce : https://youtu.be/Y0F_2Jo8Rx8?si=DjxRKsYyUZsRWLQt
Et comme il faut finir en musique, la bande originale a été commandée à personne d'autre que le grand, l'immense parolier Jean-René Caussimon, qui chante ans le film.
Là : https://youtu.be/5zUyIlSASYw?si=ML_Wqic9uVl0BFE1
Le Juge et l'Assassin ( 1976 - bande annonce )

YouTube
Tiens, dans les annexes, je vois le nom des guillotinés de Deibler : il y a un "cousin" à moi ! Clément Monvoisin ! 27 ans, souteneur, voleur récidiviste, évadé de Guyane. Guillotiné à Dunkerque le mercredi 24 décembre 1913 à 7h29.
"Dans un soir d'ivresse, abat d'une balle de revolver le marinier Arthur Bernard le 27 juillet 1913 à Dunkerque parce que celui-ci lui avait heurté accidentellement le pied en dansant. Au réveil, il devient tout pâle :
"Vous direz à Rachel (Richet, sa maîtresse et prostituée) que c'est pour elle que je meurs et vous lui demanderez de venir déposer des fleurs sur ma tombe." Puis, à l'aumônier, il dit : "J'ai froid ! Allons, je ne vais pas trembler... je tremble." Au greffe, il hésite devant le verre de rhum : "Non, je n'aime pas le rhum et je ne suis pas alcoolique... Tout de même, donnez..." Il fume un cigare que lui offre l'aumônier avant d'être toiletté.

"Allons-y", dit-il aux aides. Cigare à la bouche, il arrive devant la guillotine et hurle : "Dunkerquois, vous êtes tous des lâches !"
https://www.ghdk-flandre.fr/photos_histoires/Dunkerque_Liste-non-exhaustive-des-condamn%C3%A9s-%C3%A0-mort_Philippe-Persyn_%20_1896-1950_.pdf

Il en est fait mention aussi dans "l'oeil de la police" n°253 https://criminocorpus.org/media/filer_public/b6/80/b6801bdd-2269-4f7d-8091-4db5daa2e02b/bilipo_oeil-police_1913_0253.pdf