Le soir du 13 novembre 2015, on sort en couple d'une pizzeria à 100m du Bataclan.

On approche de République, on voit passer des voitures de police et des ambulances.

Quelque chose cloche dans l'air.

Ma femme est enceinte, on s'arrête pour une pause à une pharmacie sur la place.

Les premiers blessés y débarquent couverts de sang.

Ils sont pris en charge directement en arrière boutique. (1/5)

La sécurité nous enferme, baisse le rideau, on entends dire verbalement qu'une attaque terroriste est en cours.

On appelle nos proches pour les rassurer mais ils ne sont encore au courant de rien.

Les rumeurs enflent de commandos armés qui tirent dans le quartier.

Les portes s'ouvrent de nouveau. On nous force à sortir...

L'atmosphère est lourde dehors, les gens courent paniqués, les voitures foncent, les sirènes retentissent. (2/5)

J'ai le ressenti que le quartier est une zone de guerre.

On prends une petite rue pour foncer chez nous à moins d'un kilomètre.

Ce retour est éprouvant pour ma femme dans son état, on presse le pas autant que l'on peut, on est sur le qui-vive.

Des automobilistes pilent plusieurs fois à notre niveau pour demander ou aller pour être en sécurité. C'est absurde et à chaque fois un pic de stress supplémentaire parce que nous, on s'attends à ce qu'ils tirent ! (3/5)

Il y a du bruit, l'épicier du quartier nous crie de rentrer chez lui et ferme le rideau.

Il surveille la rue via une caméra. Plus que 300m.

On passe enfin la porte de l'immeuble rue du Faubourg Saint Martin et on grimpe à l'étage pour une nuit à écouter les nouvelles, à ne pas pouvoir fermer l'oeil. Je suis a deux doigts de barricader la porte. (4/5)

10 ans plus tard, nous mesurons l'impact de cette soirée sur nos vies: l'appréhension sur les sorties, les concerts, la vigilance, le choix de notre logement, l'anxiété sociale.

Et nous sommes très conscients que pour d'autres, dans l'oeil du maelstrom, l'histoire a été bien plus dramatique.

Aux victimes de cette soirée, aux survivants qui se battent pour aller de l'avant après ce drame, on pense à vous aujourd'hui. (5/5)