[ #tutedito - La rentrée littéraire 3 : les obstacles des éditeurs indépendants]

1- Reprenons donc.
Nous avons détaillé dans un précédent fil ce qu'il fallait pour pouvoir parvenir à tirer son épingle du jeu. Force est de constater que pour un indé, il est très rare de réunir toutes les conditions ; il en manque toujours une, deux, trois, et quoiqu'il en soit, il manque du pognon.

#Édition_Indépendante #rentreelitteraire

2- Maintenant, qu'est-ce qu'on peut faire pour remporter suffisamment de suffrages de pros pour parvenir à vendre un livre (je rappelle que la vente d'un livre n'est pas sale : la vente a un rapport direct avec le nombre de lecteurs, et si on veut être lus... ben faut vendre. Ça pourrait passer pour une évidence, mais ça ne l'est pas pour grand monde) :

là encore il y a plusieurs paramètres, qu'il faut prendre en compte pour élaborer une stratégie :

3- Il faut donc, toujours pour un éditeur moyen diffusé :
- Convaincre sa diffusion que le texte est porteur (littérairement et/ou commercialement) ;
- convaincre les libraires de miser sur notre poulain ;
- convaincre la presse ;
- Convaincre les grands festivals d'automne ;
- Convaincre les jurés de prix littéraires ;
- Convaincre n'importe qui qui a un minimum de pouvoir de prescription de parler de nos livres ;
- Supplier sa famille et ses potes d'acheter le bouquin (je déconne à peine...).
4-
Les obstacles, il y en a trois principaux :
- Si un échelon quelconque de la chaîne est déficient ou pas convaincu, on aura beau faire le meilleur travail du monde, c'est plié. Le premier échelon qui peut foirer, c'est l'éditeur (se planter de code barre ou d'ISBN sur ton livre...)
- La surproduction qui fait que matériellement, personne ne peux examiner 500 bouquins correctement, même en 6 mois)
- Les habitudes bien ancrées et le copinage de certains éditeurs qui leur accordent une prime.

5-
Et donc en gros, un éditeur moins connu ou moins intégré dans le tissus professionnel a très peu de chances de parvenir à quoi que ce soit (sauf miracle qui arrive tous les 10 ans).
Je vous donne un exemple très simple au niveau des prix : les grands éditeurs se demandent quels livres ils vont pousser auprès des juré•s, et les juré•es se demandent quels livres iels vont élire de Gallimard, du Seuil ou de Grasset.

Un éditeur indé se demande juste si un de ses livres va être ouvert...

6- Parce que oui, rien n'est sûr pour des éditeurs comme La Peuplade, La Contre-Allée, Agullo, les éditions du Sonneur, Asphalte, Chandeigne, les éditions du Typhon ou du Chemin de fer. On ne sait même pas si le 4e de couverture de nos livres sera lu avant de partir à la poubelle ou en recyclerie.

Et donc, il faut trouver des solutions pour que ça arrive, que les livres soient ouverts.

7- Mais, me direz-vous, pourquoi alors jouer ce jeu ? Parce que le système ne donne qu'aux gagnants, et que certains libraires ne s'intéresseront pas aux livres à moins d'une recommandation extérieure.
Et si le pognon est important, le milieu littéraire, comme tout milieu bourgeois, fait commerce de monnaie symbolique. Et les nominations aux prix, comme la presse, usent de cette monnaie bien volontiers.
8- Soyons clairs, on peut se passer de cette monnaie, si on peut s'appuyer sur d'autres relais. Et en ce qui concerne La Peuplade, éditeur de textes plutôt de gauche, mais qu'on ne peut pas qualifier de militant, les relais de gauche sont ici, mais faiblement déployés... Et on publie bien trop de textes à thématique LGBTQA+ pour que la droite nous considère encore... donc pas de relais alternatifs, on doit aller au charbon au milieu de tout ça.
9- La seule monnaie symbolique que l'on peut offrir, c'est la pertinence de nos choix littéraires, et de faire tripper les lecteur•ices qui se cachent (parfois bien profond) au sein de chaque professionnel•le. C'est la SEULE arme dont dispose vraiment l'édition indépendante en littérature.
10- Et donc, pour regrouper mon propos du jour avec ce que je disais hier: une fois qu'on a les textes que l'on juge bons, il va falloir provoquer l'enthousiasme. Des libraires, de la presse, des jurés de prix, pour leur faire comprendre qu'ils vont prendre leur pied en nous lisant ! Et qu'après avoir pris leur pied, ils pourraient bien donner un petit coup de pouce au texte, non par obligation, mais par plaisir.

11- Et c'est là tout ce qui va se jouer pendant la préparation de la rentrée littéraire qui s'étale d'avril à mi-juillet. Faire comprendre qu'on peut tripper sur notre texte, le faire lire, et faire en sorte que la personne qui trippe le dise à un maximum d'autre personnes.
Ce qu'on vise, c'est la boule de neige qui, lancée du sommet, grossit en descendant la pente et entraine un max de monde.
Et on verra comment on s'y emploie dans les prochains épisodes.

FIN

12 - BONUS

Pour celles et ceux qui arrivent en cours de route, les liens vers les précédents fils :

Partie 1 - préliminaires et définition :
https://mastodon.art/@juliendelorme/114561468783152280

Partie 2 - Les livres :
https://mastodon.art/@juliendelorme/114567545695301196

Julien Delorme (@[email protected])

Attached: 1 image [ #tutedito - La rentrée littéraire -1 ] 1- Je ne suis pas venu par ici depuis un moment sauf quelques posts périphériques pour une bonne raison : depuis quelque temps, la préparation de la rentrée littéraire de l'automne 2025 bat son plein. Car oui, les livres qui vont paraître en août et septembre représentent un fort enjeu et nécessitent beaucoup de travail en amont. Quoi de mieux pour poursuivre les #tutedito de vous raconter comment ça se passe ? #Édition_Indépendante #rentreelitteraire

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