#Lectures2025, épisode 01.
hier soir, ce matin un peu aussi, j'ai donc fini Eutopia, dont je parle et que je cite parfois ici, depuis le début de l'année. sans trop me préoccuper de ce qui se passait autour.

il est des livres qui sont plus que la somme de leurs pages, c'est évident. même si cette somme est épaisse. Eutopia est de ceux-là, aux-côtés de quelques grands machins comme Proust, Conrad… qui m'ont secoué eux aussi. Eutopia, au-delà de son exercice eutopique, c'est simplement essayer de savoir ce qu'est appartenir au monde, dépendre et appartenir aux autres.

ça résonne et c'est beau.
merci @camilleleboulanger !

Camille Leboulanger, Eutopia (2022)

#Lectures2025, épisode 02.
on profite du début d'année pour dépiler quelques-uns des non-lus de 2024, et notamment ce second volume de @CopieGauche dédié aux biorégions.

encore du positif – mais pas que, y'a des combats aussi – et du vivre-ensemble, dans la lignée du Eutopia un peu plus tôt dans la semaine. Cinq jolies nouvelles qui sont l'occasion de soutenir l'édition indépendante et responsable, et une préférence pour les personnages de "Tout sauf un silence de ville déserte" signé Pierre Truchet.

Vivement le prochain ! ;-)

Collectif - Biorégions (2024)

#Lectures2025, épisode 03.
Fini, le temps d'un TGV, enfin, cette belle liste d'articles autour des intelligences artificielles et des imaginaires qu'elles convoquent, depuis les automates de la mythologie grecque, jusqu'au Skynet de Terminator et à la Samantha de HER.

C'est riche – très –, et ouvre de nombreuses pistes de réflexion sur les non-dits de la révolution technologique que l'on est en train de nous imposer : le mythe de l'esclave, de la domination plus que de la destruction, les traits et travers humains que nous prêtons, volontairement ou non, aux programmes et algorithmes, etc.
Riche, riche, riche...

Stephen Cave et Al. - AI Narratives (2020)

#Lectures2025, épisode 04.
Nouvelle traduction de cette Bibliothèque Universelle, signée Kurd Lasswitz, qui inspira à Borgès sa bibliothèque de Babel, signée Annaïck Chollois-Richomme et les copains de @cfeditions.

Plus que la nouvelle elle-même, le volume vaut surtout pour les deux petits articles de @hervelc et @polylogue qui mettent en perspective le fantasme de cette bibliothèque universelle et ce que les IA infligent à nos connaissances et à la notion de vérité.

2025 était décidément le bon moment pour ressortir ce livre, disponible en version électronique chez l'éditeur : https://cfeditions.com/bibliotheque-universelle/

Kurd Lasswitz - La Bibliothèque Universelle (1904)

C & F Éditions

#Lectures2025, épisode 05.
Trouvaille de boîte à livres – de boîte à rires – comme je l'évoquais il y a quelques jours, cette Bataille du Rire signée du recenseur des bons mots Jean Charles fait la part belle à l'humour de résistance.

De 1939 à 1969, on se moque d'à peu près tout le monde et surtout des Boches, des Italiens de Mussolini, des collabos et des résistants de la dernière heure. C'est drôle, beau, riche de témoignage et comme c'est parti, ça pourra resservir.
Alors autant en profiter.

Le genre de truc qui plait à @francismizio, incontestablement.

Jean Charles - La Bataille du Rire (1970)

#Lectures2025, épisode 06.
Dans la foulée d'une évasion normande, on a terminé au passage ce fantastique pavé poétique qu'est L'Extraordinarium de Mathias Malzieu – a.k.a. le leader du groupe Dionysos.

Recueil de ses précédents romans et nouvelles, augmenté de greffons qui font tenir les histoires ensemble et les raccrochent au réel de ses aventures, le tout est un riche bouquet de fantaisie et d'humanité.

De quoi parfois tenir en haleine, de quoi souvent émouvoir, de quoi longtemps sourire et de quoi réfléchir quand même encore un peu.

Et se dire que ouais. Finalement. Aussi. Il faudrait continuer.

Mathias Malzieu - L'Extraordinarium (2023)

#Lectures2025, épisode 07.
(ouais, on change de compo photo)

Une histoire de femmes vikings donc, et surtout une exploration du.des rôle.s de la femme dans les sociétés nordiques, basée sur les seules témoignages écrits dont nous disposons : les sagas écrites 200 ou 300 ans après l'ère viking, plus quelques pierres runiques ici ou là.

Une exploration passionnante, car peuplée d'histoire(s) et de légendes, et qui couvre tous les âges de la femme : de l'enfance au veuvage, de la naissance au retour parmi les vivants sous forme d'esprit ou de fantôme.
Bref, dépaysant.

Jóhanna Katrin Fridriksdóttir - Les femmes vikings, des femmes puissantes (2020)

#Lectures2025, épisode 08.
Que dire de l'histoire de Guirec Soudée et de sa poule Monique ? C'est l'histoire d'un type fou de mer qui n'a qu'un rêve : naviguer en solitaire.

Partant de Bretagne dans un rafiot bringuebalant, il traverse l'Atlantique – recueillant au passage Monique, une poule qui lui apportera compagnie et œufs –, puis se lance dans un hivernage au large du Groenland, un passage du Nord-Ouest, des tempêtes dans le Pacifique, le Cap Horn, l'Atlantique et ses rafales traitres, etc.

C'est captivant au démarrage, puis répétitif et usant comme une vie de marin. En cela, c'est honnête. :-)

Guirec Soudée - Le monde selon Guirec et Monique (2019)

#Lectures2025, épisode 09.
Dévorée, comme il se doit, cette étude sociologique du comportement des communautés de fans en ligne par Mélanie Bourdaa : du sentiment d'appartenance à une famille jusqu'à l'acte de contribution à un savoir commun et à l'expression de soi dans l'art qu'est le cosplay, tout y est analysé avec une grande clarté et force témoignages.

Un beau travail, comme souvent ceux publiés par les copains de @cfeditions.

Un travail qui ouvre quelques réflexions et idées pour continuer à explorer dans Cybernétruc la façon dont les récits et les utopies changent le monde.

Mélanie Bourdaa - Les Fans, Publics actifs et engagés (2021)

#Lectures2025, épisode 10.
On ne rate pas un souvenir, si imprécis soit-il, de Patrick Modiano.

Modiano fait encore ce qu'il sait faire : livrer des impressions, sortir des visages des brumes, dessiner une rue de Paris – ou peut-être d'ailleurs – et se dire que tout cela le compose dans une alchimie qui n'est que la sienne et dans laquelle, comme dans toutes les alchimies, les ingrédients d'origine se perdent finalement sans trop d'importance.
Le cocktail des souvenirs est unique, sa recette oubliée, seule l'histoire compte.
Et les quelques heures de beauté qui accompagnent sa lecture.
Heureuse.

Patrick Modiano – La Danseuse (2023)

#Lectures2025, épisode 11.
(photo du soir, sous la lumière d'un abat-jour jaunâtre.)

Mais c'est quoi, au juste, l'imagination ? Cet état étrange de l'esprit humain, coincé entre la perception, les souvenirs, les idées et l'intelligence ?
Je ne sais pas si à la fin de la lecture de cette petite centaine de pages, on en sort avec une claire définition… mais on en sort éclairé de quelques citations (William Blake) et de quelques idées fortes sur la façon dont cette imagination permet finalement d'appréhender le monde, au-delà des marteaux et des clous chers à Albert Einstein.
Ce n'est déjà pas si mal.

Jeanne Bernis – L'imagination (édition de 1975)

#Lecture2025, épisode 12.

J'avais dévoré, fut un temps, les 12 derniers tomes des méfaits du plus célèbre des criminels, les seuls disponibles alors dans la collection Bouquins de Robert Laffont, en d'épais volumes.
Trouver cette première aventure, fondatrice, de Juve, Fandor, Lady Beltham et Fantômas a été un éclair, une lumière, une joie. La lire, en tourner les pages une à une pour sursauter au prochain rebondissement, plus encore.

Oui, l'écriture est datée.
Oui, j'en connais les mécaniques.
Mais Fantômas reste un fabuleux puzzle, le summum de l'art du feuilleton.

Pierre Souvestre et Marcel Allain - Fantômas (1911)

#Lectures2025, épisode 13.
Elle est belle, légère, poétique (forcément), l'écriture de Leonard Cohen. Plus encore quand il s'invente une vie, une enfance et une adolescence, le temps d'une valse de rencontres.

C'est quoi, le destin d'un poète, d'un écrivain ? La rupture ? Le détachement ? Le différence, forcément ?
Pour Leonard Cohen, c'est évident : The Favorite Game raconte l'histoire d'un éloignement. Mais pas celui que l'on croit. L'impression que Cohen, lui, serait resté en enfance pendant que les autres - ses parents, ses amis, ses amantes grandissaient.
Comment se trouve-t-on une "vraie" famille ?

Leonard Cohen – The Favorite Game (1972)

#Lectures2025, épisode 14.
(je ne lis pas assez, je ne lis pas assez…)

Neil Gaiman m'émerveille toujours par sa façon si naturelle de décrire le surnaturel du quotidien : cette place que prennent les dieux, les esprits, les créatures tout autour de nous. Notre façon d'être simplement, parfois, extérieur au monde. Tout cela est d'une telle simplicité : anecdotes et smalltalk prennent des dimensions homériques, par la force des mots et le rythme des phrases.

J'ai ponctué ma lecture d'American Gods de "Qu'il est fort !" et n'ai regretté qu'une chose en refermant le livre : que l'intrigue ne soit pas au niveau de l'écriture.

Neil Gaiman – American Gods (2001)

#Lectures2025, épisode 15

Beaucoup de pavés depuis le début de l'année (Eutopia, L'Extraordinarium, Fantômas ou Neil Gaiman qui ne sont pas minces non plus)… alors je crois que je vais enchaîner avec un peu de littérature jeunesse pour tourner des pages un peu plus vite.

Relecture d'actualité que ces "Dix jours sans écrans" de 2015 : le défi que se lance une classe de primaire de laisser tomber, pour 10 jours seulement, les consoles, téléphones, ordinateurs et tablettes. Et retrouver du temps pour soi et pour les autres.

Moralisateur ?
Certainement.
Simpliste ?
Sans doute un peu.
Mais pourquoi pas ?

Sophie Rigal-Goulard – Dix jours sans écrans (2015)

#Lectures2025, épisode 16
Lecture concentrée de ces derniers jours, signée @hubertguillaud, et sorti récemment chez La fabrique.

C'est une plongée dans le monde des algorithmes et un décryptage en règle de la façon dont ceux-ci façonnent notre quotidien, et influent notamment sur la vie des plus précaires. Les exemples sont marquants : Parcoursup, la CAF, le Yield Management, la pub en ligne… sont expliqués pour montrer l'idéal bureaucratique et technologique qu'ils servent.

Reste une question : Existe-t-il réellement une alternative ou devons-nous jeter le numérique avec l'eau du bain ?

Hubert Guillaud – Les algorithmes contre la société (2025)

#Lectures2025, épisode 17.
Gros morceau que cette étude du cadre légal du sampling, du collage et de la musique hip-hop.

Centrée – forcément – sur la loi américaine, "Creative License" révèle tout la complexité du droit quand il s'agit de protéger les oeuvres musicales ou, au contraire, de permettre la création : protection des auteurs, mais aussi mécaniques de recherche des ayant-droits (auteurs, et interprètes), définition du "fair-use" et du principe de "de minimis"…
C'est complet, complexe et passionnant à l'heure ou la question de l'exploitation des oeuvres par l'IA se pose.

Kembrew McLeod & Peter DiLoca – Creative License (2011)

#Lectures2025, épisode 18.
J'avais prévenu : j'avale quelques lectures jeunesse, pour me changer des pavés et des essais sérieux.

"Une vie de dragon" donc. Un roman jeunesse polonais qui traînait dans la bibliothèque des gamins devenus trop grands.
Une histoire de dragon qui débarque un matin dans une famille de Varsovie, par la bonde du lavabo. Qui s'installe, mange des cornichons, vide les peaux de crème de soin, gobbe des mouches, insulte les chiens, rote et fume… C'est difficile de cacher un dragon aux parents et aux copains. Et c'est tellement attachant, un petit dragon, malgré tous ces défauts.

Joanna Olech – Une vie de dragon (2012)

#Lectures2025, épisode 19.
Elle est touchante, la vie de ce Pillow Man, cet homme si confortable qu'il aide les femmes à dormir. C'est son métier. Un métier sérieux, défini par un code déontologique stricte, mais un peu honteux. Ce qui n'est pas sans causer quelques soucis dans la sphère familiale.
Il résonne, ce Pillow Man, car il pose la question de notre valeur et de ce que nous apportons réellement aux autres, dans la vie et dans le monde professionnel.

Une belle lecture en tout cas.

Stéphane Grodet & Théo Calméjane – Pillow Man (2024)

#Lectures2025, épisode 20.
Bon. Bah voilà. Ça c'est fait.
Luc Julia. Les IA génératives.

En fait, tout ça tient surtout de la conf TED de bistro. Alors, les IA ne sont pas "intelligentes" comme nous – sans blague ? –, et pis c'est vrai qu'il y a des défauts ici ou là, la conso est pas top et puis on peut manipuler l'info, comme on peut utiliser un marteau pour frapper des gens – mais c'est pas la faute du marteau –, mais au final vous allez voir que l'IA va changer le monde une fois ces 2-3 détails réglés. Ça sera cool, et on fera tous des blagues à base de deepfakes à nos patrons.

On a ri.
Mais on a ri.

Luc Julia – IA génératives, pas créatives (2025)

#Lectures2025, épisode 21.
Désherbage de la bibliothèque des anciens ados. L'ado n'avait pas réussi à voir le bout de ce "Jeu du maître", même s'il avait beaucoup aimé "Le Labyrinthe".

Comme je le disais la dernière fois, un "Snow Crash" mou : un monde virtuel dans lequel le héro s'immerge totalement, physiquement, et la découverte d'une machination macabre dans les tréfonds du programme informatique. Une entité virtuelle toute puissante qui rêve de singularité et un retournement de dernière minute assez... ouhlalala, incroyable.

Distrayant. Oui.
Innovant ? Ne rêvons pas.

James Dashner – Le jeu du maître (2011)

#Lectures2025, épisode 22.
Ils sont rares, ceux qui parviennent à résumer un million de vies – dont la nôtre – en moins de 200 pages. Sébastien Bailly fait partie de ces élus.

"Parfois l'homme", c'est un livre atypique qui vous étourdit et vous chamboule, vous arrachant ici un sourire – "tiens, c'est de moi qu'il parle !" – et ailleurs un soupir – "tiens, c'est de moi qu'il parle.".

On y croise la tendresse d'un Sautet, d'un Pennac, d'un Foenkinos un peu, aussi… de ces portraitistes doués qui peignent tout en nuance les êtres un peu perdus et confus que nous sommes.
Merci.

Sébastien Bailly – Parfois l'homme (2024)

#Lectures2025, épisode 23.
Il faudra la créer, à l'occasion, cette bibliothèque du bien-être et du futur. De la confiance retrouvée et du temps pour soi. Des projections qui nous font du bien, que l'on dévore et que l'on a ensuite envie de réaliser à notre modeste échelle.

On y mettra l'Eutopia de @camilleleboulanger, les belles idées de @cmoreldarleux, et puis cette "Paresse pour tous" que j'ai dévorée cinq jours.
Et dont il me tarde de commander et lire la suite.

Une sorte de rendez-vous rêvé.
Le temps d'une sieste.
Le genre de livre à offrir. Pour changer le monde autour de soi, un cadeau après l'autre.

Hadrien Klent – Paresse pour tous (2022)

#Lectures2025, épisode 24.
Oh, elle est connue, l'histoire de Chris McCandless. Sean Penn en a même fait un film. Un mythe, même.

Se déconnecter du monde. Vivre au plus près de la nature, quitte à en périr. Jon Krakauer est celui qui aura fait connaître, le temps d'un article puis d'une enquête plus poussée que relate ce livre, le destin tragique de ce gamin de 24 retrouvé mort, isolé du monde, dans un bus abandonné au fin fond de l'Alaska. Image iconique depuis ce récit.

Mais la lecture de l'aventure n'est pas si simple. Pleine de nuances et de facettes. Et si ce retour à la nature n'était en fait qu'une vanité ?

Jon Krakauer – Into the Wild (1996)

#Lectures2025, épisode 25.
On savait que c'était bien Duras. On avait déjà lu, il y a quelques années, "Un barrage contre le Pacifique". Un cadeau.
Alors quand on a trouvé cette belle édition de Minuit de "Moderato Cantabile" chez un bouquiniste, sur le marché du coin, on a craqué. Forcément.

Et c'est beau, cette sorte de dérive des sentiments, de folie qui s'insinue, et cette façon de faire des histoires une bande son de la vie à force de cantate, de sirènes, de radio et de vent. De mettre en odeur le monde aussi. Une écriture de tous les sens. Pleine. Et bizarrement apaisante.

C'est beau.

Marguerite Duras – Moderato Cantabile (1958)

#Lectures2025, épisode 26.
C'est à la fois la découverte d'une belle maison et d'un beau livre.

La belle maison, c'est La Baconnière, une maison d'édition suisse qui fait des livres soignés et intrigants comme on les aime : https://editions-baconniere.ch.

Le beau livre, c'est ce Lector in fabula de Yann Courtiau, un portrait amoureux de David Bowie – du grand David Bowie – par le prisme de ses lectures et de ses influences, des plus logiques aux plus douteuses, des plus pointues aux plus surprenantes. Une replongée dans la musique par les mots, parce que Bowie était un grand, très grand lecteur.

C'est beau.

Yann Courtiau – David Bowie : Lector in fabula (2022)

#Lectures2025, épisode 27.
On ne pouvait pas rester trop longtemps sans commander et lire surtout "La vie est à nous", suite de l'excellentissime "Paresse pour tous" d'Hadrien Klent (chez Le Tripode) dont j'ai parlé il n'y a pas si longtemps.

Emilien Long est donc Président de la République, a commencé à transformer la France la faisant adopter la semaine des 15 heures, faisant du pays un espace de coliberté. Trois ans après son élection, de nouveaux défis s'ouvrent à lui pour changer le monde, petit à petit, et en faire un endroit peut-être un peu plus juste à vivre.
Et c'est toujours aussi bon. Souriant. Positif.

Hadrien Klent – La vie est à nous (2023)

#Lectures2025, épisode 28.
Toute l'ambivalence du monde numérique résumée en quelques dizaines de pages par Anne Alombert.

La panique morale provoquée par les écrans, l'irrémédiable remplacement par l'IA, l'emprise des GAFAM, et si tout cela n'était que des choix, imposés par 80 ans de conception capitaliste de la technologie – héritée de la métaphore de l'intelligence héritée de Friedrich Hayek, ce qu'on a déjà lu chez Pablo Jensen.
Et s'il était urgent de détricoter tout ça pour "transformer les usages addictifs en pratiques contributives" ?

Un ouvrage des très bonnes éditions Allia (editions-allia.com).

Anne Alombert – Schizophrénie numérique (2024)

#Lectures2025, épisode 29.
(un rayon de soleil s'est invité là)

Samedi j'ai ressorti les poèmes de Wilfred Owen, sans doute parmi les plus beaux de la littérature anglaise. Owen est mort à 25 ans, une semaine avant l'armistice du 11 novembre 1918. On raconte que sa mère a appris son décès alors que les cloches fêtaient, justement, la fin du conflit.

Dans les quelques vers qu'il a laissé, Owen raconte la mort – non pas comme une ennemie, mais comme une compagne –, les gaz et les shrapnels, l'absurdité des obus et la proximité de la boue. C'est beau. Poignant.
Cela résonne encore.
Toujours.

Wilfred Owen – Poems selected by Jon Stallworthy (2004)

#Lectures2025, épisode 30.
« Je ne lis pas beaucoup, je préfère regarder vivre les gens. »
Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Berck. Une sorte de gentil monstre inventé par le génial Gébé dans les années 1970 et dont ce folio – trouvé dans une boîte à livres, comme il se doit – reprend quelques-unes des aventures textuelles et dessinées.
Berck mange des fleurs, des poissons morts, écrases les personnes désagréables et les chasseurs, aime le doux et les femmes. Il vit – et ce n'est pas facile – et partage du mieux que possible le monde avec ces hommes qui le supportent difficilement.

On devrait tous avoir un peu de Berck en nous.

Gébé – Berck (1978)

#Lectures2025, épisode 31.
On avait acheté "Autoroute" en même temps que "Parfois l'homme" (remontez le fil…), curieux que l'on était de la plume de Sébastien Bailly.

"Parfois l'homme" avait surpris et séduit par son humanité (oui, voilà) et sa tendresse.
Forcément "Autoroute" surprend moins. Mais garde tout de même cette petite magie : celle qui le fait parler de vous, de moi, du quotidien des gens ordinaires (les hommes et femmes blancs de cinquante ans m'objectera-t-on, on aura raison, "Autoroute" est un produit de la Sautetstalgia) et de leur vie.
"Autoroute" est un livre de génération. Et une belle lecture d'été.

Sébastien Bailly – Autoroute (2025)

#Lectures2025, épisode 32.
Lire Fourastié, économiste phare des Trente Glorieuses, plus de 60 ans après, en pleine crise écologique et en pleine croissance des IA, est plus qu'édifiant.
C'est comme lire Thomas Mann… c'est tout autant le portrait d'un monde perdu. Un monde dans lequel on croyait, sincèrement, que le progrès technique allait sauver le monde, grandir l'homme, le guider jusqu'à la félicité.

Un monde perdu, mais qui quelque part se duplique. Jusqu'au cauchemar. On en reparlera : appliquer les analyses de Fourastié à l'émergence de l'IA est quelque par glaçant.
Oui, on en reparlera.

Jean Fourastié – Le grand espoir du XXe siècle (1963)

@fhouste
Anne Alombert, bien sûr, c'est bien. Cependant, il y a toujours ce souci entre raison analytique et raison pratique dans ce qu'on appelle culture.

Les techniciens et ingénieurs ont besoin de formation en sciences humaines et sociales, pour comprendre le problème (et ce qu'ils manipulent), et pour imaginer des voies technologiques y répondant. Ça ne tombera pas du ciel. Des conditions qu'il est possible de créer, d'une part en entrant en relation avec les acteurs de l'alternatif, d'autre part en organisant séminaires, conférences, ateliers, tables rondes.

Ce type de maison d'édition pourrait d'ailleurs être moteur.

@fhouste lol, merci de cette synthèse
@fhouste Joël de Rosnay aux petits pieds ?
@fhouste j'ai beaucoup aimé aussi cette belle histoire