Le mot imbittable du jour et qui fait ma joie

OSCULAIRE

Relatif au baiser.
Du latin osculum, baiser, qui vient lui-même de « os » bouche. (logique)

L’acte osculaire est donc cette pratique bizarre et très relativement universelle de presser ses lèvres contre une partie de quelqu’un (ou quelque chose, chacun sa croix).
Social (baise-main, baise anneau) affectueux (sur le front, le nez) ou amoureux (avec ou sans supplément lingual et sur toutes sortes de surfaces généralement vivantes, souvent visqueuses ), l’équivalent biologique du bouton “Accepter les cookies” mais version ADN & microbiote.

Il est pratiqué par 90/100 des cultures mondiales, tandis que les 10 qui restent se demandent avec perplexité pourquoi tout le monde semble si pressé de troquer une bave contre une autre.

Mais que s’est-il passé ? Qui, le premier s’est dit dans le secret de son âme perverse « Tiens et si je collais ma bouche contre celle de bibiche/bichon ? ".

(Voire les deux, rien ne dit que nos ancêtres hominidés avaient des problèmes de bigoterie)

L’anthropologie abat quelques cartes sur le tapis du « Magic des hypothèses non vérifiables » :

-- Reste des époques où parfois la solution pour nourrir un bébé consistait à lui fourrer du prémâché par quelqu’un dans le bec (mère morte, manque de lait, sevrage). Ce qui expliquerait pourquoi, dans certaines contrées, le baiser sur la bouche parents/enfants demeure une pratique courante.

-- Observation des chiens domestiqués qui adorent fourrer leur groffe truvvee baffeuse partout.

-- Ou comme pour les bonobos de nos jours, usage comme outil de conciliation et apaisement des tensions.

-- Règle 35.

Les psychanalystes, jamais en reste d’une explication humiliante et vaguement culpabilisatrice, nous balancent avec leur aplomb habituel un « reste du stade oral » dans la gueule et, côté biologie, on émet, très prudemment, l’hypothèse d’un détecteur inconscient, primitif et portatif de consanguinité ou d’incompatibilité ADN.

Mentionné dès 2500 av. J.-C. l’acte osculaire s’invite dans les textes religieux (Cantique des Cantiques, Kamasutra, la totale),

Il devient un véritable sport national chez les Romains avec trois niveaux de compétition :
le osculum (bise corporate),
le basium (baiser tendre)
et le suavium (version torride, interdit aux moins de 16 ans et aux femmes mariées, réservé aux... poutres.).

Au Moyen Âge, on l’utilise aussi bien pour marquer la relation hiérarchique entre seigneurs et vassaux que la fraternité entre croyants.

En littérature et cinéma, la scène osculaire reste un incontournable climax intermédiaire ou final (avec feux d’artifices ou coucher de soleil)..

Voir la scène du balcon de Roméo et Juliette, où ça bavasse interminablement avant d’arriver enfin aux choses sérieuses,

ou madame Bovary, qui se croit dans du Stevenson quand le hobereau du coin lui lèche la pomme derrière les portes de la cuisine (elle aurait dû se méfier, chez Flaubert quand on se bisoute, c'est rarement la joie) ,

ou les télénovelas où le baiser dure en moyenne 4 épisodes, 2 fausses morts et une révélation de jumeau maléfique,

Ou les deux abrutis qui s'entretuent dans "Duel au soleil" de King Vidor et meurent les lèvres de l'un contre celles de l'autre.

ou bien encore les baisers que reçoit Scarlett O'hara dans Autant emporte le vent (avec plus ou moins d’enthousiasme).

C’est d’ailleurs, le cinéma hollywoodien qui le propulse au rang de superstar et norme internationale du coefficient love d’une relation.

En 1941, Jane Wyman et Regis Toomey battent le record de l’osculation la plus longue du cinéma américain avec un marathon labial de 3 minutes et 5 secondes dans You're in the Army Now), Et puis, il y a le baiser interracial de Star Trek (1968) entre Kirk et Uhura, qui a mis la télé américaine en PLS en osant un baiser interracial en plein combat pour les droits civiques.

Accessoirement, le glissement de sens baiser/ activité nettement plus physique avec les légitimes comme avec les poutres est attesté dès le XIIe siècle dans le Roman de Troie.

Bisoux à toustes.

@jeanneadebats Oh, j'aime ! En plus, contrairement à d'autres mots imbitables, il est relativement aisé à replacer dans la conversation. On peut toujours parler des regrettables épanchements osculaires des égarés des bancs publics, troublant la paix dominicale des passants honnêtes, ou signaler à la DRH la pratique harcelante d'un collègue haï qui tente de nous imposer quotidiennement ses contacts osculaires non-consentis !

@jeanneadebats et contre toute attente tu retrouves ce mot en mathématiques ^^
cercle osculateur, sphère osculatrice ... (un cercle qui "embrasse" une courbe au plus près en gros)

et j'apprends enfin ce que veut dire ce mot :D

@jeanneadebats Mais merci pour vos pouets tellement iches et intelligents ! C'est un plaisir et un privilège de vous lire !