Nous ne devions pas vivre ça. 1)

Je suis née d'enfants de la World War 2, celle qui n'était pas une production hollywoodienne, la vraie. Je suis née de parents nés sur les ruines de l'Europe, au faite de la puissance des Etats-Unis d'Amérique.
Je suis née dans une démocratie occidentale. Ça s'est joué de peu. J'appartiens à la même génération que le méprisable personnage qui gouverne ce pays, dans une époque où les choses semblaient advenir, où les combats passés avaient ouvert des chemins.

2)
J'ai appris dans les livres d'histoire la barbarie des guerres mondiales du XXe siècle. La lâcheté de l'Europe face aux fascismes. Les yeux fermés sur la Tchécoslovaquie en 1938. L'abandon horrible de l'Espagne. Plus tard j'ai compris que dans l'abandon des Républicains espagnols, il y avait forcément la formulation d'une préférence. Pour le fascisme.
3) Mais c'était aussi l'assassinat d'une possibilité, la possibilité de la résistance, de l'auto gestion, de la capacité des collectivités à s'auto organiser : le coup de poignard dans le dos des anarchistes par les communistes. Abandon et trahison. J'ai lu Brecht. Orwell. Pas seulement Animal Farm, 1984 – mais l'hommage à la Catalogne.
4)
Quand je pensais à la Catalogne de 1936, je pleurais de rage devant ce qui avait éclos, et qui n'avait pas eu lieu. Ce chemin coupé.

5)

Je crois n'avoir jamais fait le deuil de la Catalogne de 1936.

6)

Le manuel d'histoire s'ouvre. Nous plongeons dans les images, et les lettres, comme dans un album de Philémon.

7)

Photos de guerres, défaites et accords qui se signent, mains qui se serrent, bras qui se tendent en des saluts nazis. Je ne parle pas même de la fumée au-dessus des camps.

8)

Philémon : Le chat à neuf queues. Ce que nous avons appris se rejoue aujourd'hui sous nos yeux, c'est vertigineux.