Bonjour @inrae_france !
Avec cet article, vous servez de blanchisserie à la communication de l'industrie de la viande : https://www.inrae.fr/actualites/quelques-idees-fausses-viande-lelevage
Cet article pose des problèmes éthiques graves.
Explications.
#ScienceWashing
Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage

« L’élevage émet plus de gaz à effet de serre que le secteur des transports » ou « il faut 15 000 litres d’eau pour produire 1 kg de viande » : certaines affirmations méritent d’être revues à l’aune des résultats scientifiques. Cet article relève quelques généralisations abusives, simplifications et fausses bonnes idées couramment employées à propos de l’élevage et montre qu’il est difficile d’appliquer des slogans simplistes à une problématique aussi complexe et multifactorielle.

INRAE Institutionnel
Comme je le soulignais, cet article a été instrumentalisé pour minimiser la consommation d'eau induite par celle de viande.
https://pouet.chapril.org/@factsory/113253359912472000
Factsory (@[email protected])

Attaché : 4 images La sphère des adorateurs de l'agriculture intensive s'est élevée contre l'affirmation d'UNE scientifique (tiens… encore) pourtant étayée par une palanquée d'études scientifiques. Défenseurs de la science, mais à temps (très) partiel. Thread.

Mastodon Chapril
Mais vous aviez été alertés que les chiffres sortis de cet article, et venant du lobby de la viande, étaient faux, avec une citation imaginaire.
Vous aviez promis de rectifier. Quasi rien n'a été fait.
https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/05/l-organisme-public-de-recherche-en-agriculture-et-alimentation-attaque-pour-sa-communication-sur-la-viande_6031943_3244.html
L’organisme public de recherche en agriculture et alimentation attaqué pour sa communication sur la viande

Des informations publiées sur le site de l’Inrae, visant à dénoncer des « idées fausses » sur l’élevage, reprendraient des éléments de langage de la filière.

Le Monde

Le seul changement a consisté à transformer « il faut 50 litres [pour 1kg de bœuf] » en « il faut de 20 à 50 litres par kg dans le contexte français ».

Les « nuances » que vous promettiez sont pour le moins ténues.
Avant : http://web.archive.org/web/20200111213044/https://www.inrae.fr/actualites/quelques-idees-fausses-viande-lelevage
Après : http://web.archive.org/web/20200418023045/https://www.inrae.fr/actualites/quelques-idees-fausses-viande-lelevage

Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage | INRAE INSTIT

Mais c'est loin d'être le problème le plus grave.
L'article que vous publiez n'est qu'une reprise d'un article publié ailleurs (https://hal.science/hal-02629663). La structure est identique (« généralisations abusives », « simplifications », « fausses bonnes idées »), les arguments aussi.
Peut-on encore légitimement manger de la viande aujourd’hui ?

Les connaissances scientifiques récentes apportent-elles de nouveaux arguments rationnels ou des raisons objectives supplémentaires en faveur ou en défaveur de la consommation de viande ? Voilà la question à laquelle il faut répondre objectivement avant d’affirmer qu’ « Il faut manger de la viande » ou « qu’il ne faut pas manger de la viande ». Or sur ce point, les corpus scientifiques qui étayent les discours apposés à l’élevage et à la consommation de viande font la part belle à des généralisations abusives, aux simplifications et aux autres fausses bonnes idées. Les généralisations abusives concernent le plus souvent l’absence de référence à l’espèce (oubliant ainsi les différences entre monogastriques et ruminants) ou au système d’élevage (oubliant les grandes différences entre les systèmes intensifs et les systèmes extensifs). Les simplifications consistent à ne pas mentionner les méthodes et les conditions des études scientifiques induisant ainsi facilement des extrapolations ou des conclusions erronées. Ces approximations dans le raisonnement conduisent à proposer des fausses bonnes idées qui sont des alternatives à la viande ou aux produits carnés dont les fondements ne sont pas étayés ou très discutables.

Nulle part n'est précisé cette reprise d'arguments d'une « étude » co-écrite par les deux contacts mentionnés dans votre propre article (JF. Hocquette et JL. Peyraud), scientifiques à l'Inrae.
Mais surtout cette « étude » n'en a que l'apparence.
Elle est publiée par une « revue » qui s'appelle « Viandes et produits carnés » (https://viandesetproduitscarnes.com/). Cette « revue » à l'apparence scientifique, n'a pas de comité éditorial, n'est pas référencée par les bases de données de journaux scientifiques.
La revue française de la recherche en viandes et produits carnés

La revue française de la recherche en viandes et produits carnés

Cette « revue » a néanmoins un « responsable scientifique ». Devinez qui ?
Jean-François Hocquette himself.
Le co-auteur de « l'étude » est donc responsable scientifique de la « revue » et votre « contact » pour l'article sur votre site. Le monde est très petit.
https://viandesetproduitscarnes.fr/index.php/les-collaborateurs-de-vpc
Les collaborateurs de VPC

La revue française de la recherche en viandes et produits carnés

Cette « revue » est en plus très proche de l'industrie.
Elle est éditée par l'ADIV, qui réalise des « prestations de R&D, Audit, Conseil, Expertise et Formation auprès des industries carnées ».
Le lectorat de la revue c'est « essentiellement les industriels de la viande »
Les articles proposés dans cette revue sont relus par « un expert professionnel qui veille à l’intérêt pour la filière de l’article soumis ».
Est-ce le type de méthodologie que vous prônez, le contrôle des articles par un industriel ?
Revenons sur l'« étude » elle-même, maintenant. Elle est donc co-écrite par JF. Hocquette et JL. Peyraud (scientifiques à l'Inrae) mais aussi par PM. Rosner du Centre d'information sur la viande (CIV), une asso notamment issue du lobby de la viande Interbev.
L'introduction de l'« étude » ne laisse aucun doute sur le fait que l'auteur principal est M. Rosner et non les deux scientifiques de l'Inrae, qui doivent surtout servir à apporter de la crédibilité dans la liste des auteurs.
En plus de cela M. Hocquette et Peyraud (scientifiques Inrae) ont des conflits d'intérêts avec le lobby de la viande qui ne sont pas déclarés par le site de l'Inrae. N'est-ce pas gênant ?
M. Hocquette collabore avec Meat Livestock Australia, il est au CA de « l'Académie de la viande » (un machin d'interBev https://academiedelaviande.com/bureau)
M. Peyraud intervient dans des vidéos pour Interbev (bénévolement ?) et a des recherches financées par le CNIEL (le lobby du lait).
Bureau – Académie de la viande

D'autre part, M. Hocquette est dans le déni des effets néfastes de la consommation de viande rouge pour la santé.

Rappel des connaissances à jour : « La consommation de viande rouge ou charcuterie semble plus risquée que bénéfique pour la santé humaine »
https://www.cambridge.org/core/journals/british-journal-of-nutrition/article/redprocessed-meat-consumption-and-noncancerrelated-outcomes-in-humans-umbrella-review/19677742BCB1A4B72127AC25359A7BC2

Red/processed meat consumption and non-cancer-related outcomes in humans: umbrella review | British Journal of Nutrition | Cambridge Core

Red/processed meat consumption and non-cancer-related outcomes in humans: umbrella review - Volume 130 Issue 3

Cambridge Core
Bref, Inrae, vous servez de blanchisserie à l'industrie de la viande, en publiant leurs arguments mais en cachant l'origine industrielle de ces arguments. Plus de trace du CIV, d'Interbev, des conflits d'intérêts de vos scientifiques.
Est-ce l'éthique que vous défendez ?