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Le juriste nazi Carl Schmitt définissait l’entreprise colo-
niale comme une vaste « prise de terre ». Hier, les conquêtes
impériales de l’Europe furent cruciales dans l’accumulation
primitive au fondement du capitalisme. Les indépendances
des ex-colonies – arrachées de haute lutte – n’ont hélas pas
interrompu le continuum colonial. Aujourd’hui, le mode de vie occidental dépend plus que jamais du pillage du sol et
du sous-sol des « ex »-colonies.
Il repose sur le socle de ces
« hectares fantômes » d’où sont tirées les ressources du
mode de vie occidental.
Que l’on songe à la provenance des terres rares de nos
smartphones ou à la déforestation de l’Amazonie pour nourrir les élevages industriels du Nord. Que l’on songe à ces pesti-cides dont on a fini par interdire l’usage ici mais que les entre-
prises européennes exportent encore à profusion ailleurs.
Que l’on songe à Bolloré, qui bâtit son empire médiatique néofasciste avec la rente que lui assure le contrôle de 400 000 hectares de palmiers à huile et d’hévéas dans dix pays d’Afrique et d’Asie. Aujourd’hui comme hier, la colonisation assèche la biodiversité comme la diversité des formes de vie, des langues, des us et coutumes, des arts et métiers.
Les territoires des « ex-colonies sont les premiers à subir de plein fouet les bouleversements écologiques radicaux provoqués par l’expansion mondiale du capitalisme métropolitain. C’est seulement depuis le cocon des classes moyennes
occidentales qu’il est possible de se figurer « l’effondrement »
comme une apocalypse à venir.
Pour dépasser ce point de
vue, nous devons apprendre à regarder en face les effon-drements effectifs qui partout ont déjà lieu : la montée des
eaux en passe d’engloutir les îles Kiribati dans le Pacifique,
la sécheresse et la famine chronique à Madagascar, etc.
Ces effondrements effectifs exigent de nous une hospitalité
inconditionnelle envers les réfugiés. Ils nous enjoignent de
batailler, depuis là où nous sommes, pour la restitution immédiate des terres colonisées.