#Ukraine #Offensive Comme je vois passer des analyses définitives qui me semblent plus que précipitées sur l’offensive ukrainienne en cours, je propose de revenir sur le cheminement de l’analyste sur le plan de Kyiv.
Car l’incertitude est telle qu’il est parfois préférable de prendre un peu de recul.
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#Ukraine #Offensive (2) L’idée n’est pas de critiquer les uns ou les autres, leur prévision d’échec va peut-être correspondre à ce qui va advenir, mais ce ne sera qu’un hasard, comme un résultat exact provenant d’une double erreur qui se neutraliserait.
#Ukraine #Offensive (3) D’abord, l’attaque d’une ligne fortifiée est un « classique » de l’histoire militaire. Il faut imposer un choc d’une telle puissance qu’une brèche soit ouverte, élargie pour permettre d’engager des réserves pour l’exploitation.
C’est la recherche de la percée, définie comme l’alpha et l’oméga de toute offensive.
Son succès se mesure dans sa rapidité et l’ampleur de l’encerclement dont elle est suivie.
#Ukraine #Offensive (4) Avant le début cette contre-offensive chacun partait avec cette attente, mais aussi cette grille d’analyse : le choc sera-t-il suffisant pour ouvrir la brèche ?
La brèche éventuelle sera-t-elle assez large pour lancer des réserves ?
L’exploitation par ces réserves sera-t-elle suffisamment rapide pour être profonde et disloquer le dispositif ?
#Ukraine #Offensive (5) Rappelons que les fortifications construites par les Russes depuis 6 à 12 mois selon les secteurs sont particulièrement profondes : 3 lignes de défense échelonnées sur une bande de 15 à 50 km de profondeur.
(Exemple dans le segment de Robotyne).
#Ukraine #Offensive (6) Or, les Ukrainiens n’ont pas réussi à percer.
Chaque attaque a été lancée avec des détachements trop faibles (sections ou compagnies), et n’a jamais cherché à pousser. Et les réserves ne sont pas engagées dans la brèche mais pour alimenter l’effort (continu depuis bientôt 3 mois et demi).
C’est ce qui m’a surpris dès le début.
#Ukraine #Offensive (7) rappelez-vous : J’étais tellement surpris par l’absence de recherche d’un choc initial (pour ouvrir la brèche) que j’ai douté longtemps du fait que l’offensive UKR était réellement lancée.
#Ukraine #Offensive (8) En effet, comme tout le monde, je m’attendais à un assaut initial puis un brèchâge avant une exploitation éventuelle par des réserves motorisées massées à l’arrière.
Comme les UKR l’ont fait à Balakliya.
#Ukraine #Offensive (9) Or, les Ukrainiens n’avaient tout simplement pas les moyens de percer.
Et ce n’est donc pas ce qu’ils ont cherché à faire.
Ils avancent lentement, méthodiquement. En exerçant une pression telle sur le dispositif ennemi que les Russes sont forcés d’engager leurs réserves en unités et en artillerie pour combler leurs pertes.
#Ukraine #Offensive (10) J’ai mis du temps à comprendre que le plan UKR sortait des « classiques » de la pensée militaire occidentale.
J’émets une première hypothèse timide vers le 15/06.
#Ukraine #Offensive (11) Rien de génial, juste une réaction à une énième opération de manipulation informationnelle russe.
#Ukraine #Offensive (12) Et le mode opératoire des Ukrainiens dans cette offensive est claire.
Ils cherchent à affaiblir le dispositif ennemi abordé comme un système et non à le pousser par la conquête de territoire.
La percée n’est donc pas l’objectif de cette offensive, mais un des effets de l’atteinte de l’objectif.
#Ukraine #Offensive (13) C’est l’approche de Monty lors de la 3e bataille d’El Alamein (que j’ai bcp étudiée).
Un modèle d’offensive anti-Koursk en quelque sorte.
#Ukraine #Offensive (14) Et depuis mi-juin, je n’ai cessé de voir ces opérations avec cette grille d’analyse et non celle de la recherche d’une percée.
Il ne s’agit pas d’une réédition des coups de boutoir que se sont infligés Allemands et Alliés sur le front de l’Ouest entre 1915 et 1918.
#Ukraine #Offensive (15) Et avec cette grille là (pression systémique et non recherche d’une percée), les actions UKR sont cohérentes :
- attaques par petits groupes (à l’économie) au lieu de coups massifs
- attaques sur les mêmes secteurs (mais en alternant les axes comme Monty à Alamein) plutôt qu’alternés (1918, après Koursk et Bagration)
- priorité aux actions infligeant des pertes à l’ennemi (artillerie et réserves ennemies) plutôt qu’à l’ouverture de brèche pour exploiter et encercler.
#Ukraine #Offensive (16) Et alors que la plupart des analystes occidentaux continuent à constater un échec d’une offensive qu’ils ne suivent qu’en attendant une percée qui n’est pas recherchée, les Russes ont compris.
D’où leurs actions (offensives à Koupiansk, Bakhmout…) pour divertir des réserves UKR.
#Ukraine #Offensive (17) C’est pour cela que les constats d’un échec de l’offensive UKR parce qu’il n’y a pas eu de percée immédiate sont erronés.
Et les prévisions d’un enlisement sont (au moins) prématurées.
#Ukraine #Offensive (18) Je ne sais pas aujourd’hui 12 septembre si l’offensive UKR va échouer.
Il y a trop d’inconnus et personne (même à Paris, Pékin ou Washington) ne peut faire la moindre prévision sérieuse. Seuls les responsables militaires à Moscou et à Kyiv ont les données pour savoir.
Or, les UKR continuent pour l’instant, malgré des hésitations légitimes au sein du pouvoir politique.
Et en Russie, ceux qui ont exprimé la moindre inquiétude ont été purgés.
Et il reste un mois encore.
Fin
@CedricMas pourquoi un mois ? la météo ?