Une émission du #TelSonne sur le climato-sceptiscisme avec Magali Reghezza et [email protected]

Moment savoureux, vers la fin de l'émission, lorsqu'un auditeur, Gilles, astrophysicien et féru d'économie vient chercher nos collègues sur la questions des couts du changement climatique. La réponses de Magali Reghezza est savoureuse !

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-du-lundi-28-aout-2023-5005487

L’été des climatosceptiques

Cet été, à la faveur de quinze jours de pluies, les climatosceptiques sont revenus en force, poussant même un éminent chercheur à quitter les réseaux sociaux. Vous aussi, vous avez forcément dû batailler avec un proche autour du réchauffement climatique, racontez-nous.

France Inter

L'argument de Gilles, c'est que oui, il y a un réchauffement climatique, et oui cela a et aura des conséquences, mais bon il faudrait voir à faire une étude cout bénéfices parce que le pétrole nous apporte beaucoup de bénéfices quand même.

Sans blague?

Dans le rapport du GIEC, chaque option est évaluée en fonction de ses coûts -ici une figure extraite du SYR avec les couts de mesures d'atténuation. Y-compris pour l'adaptation où l'une des dimensions de la faisabilité des options est leur cout.

Oui mais les coûts macroéconomiques?

Cela aussi cela a été évalué.

Supposons que l'on mette en oeuvre des transformations qui permettraient de stabiliser le réchauffement climatique: dans ce cas, des secteurs vont décliner (ex. automobile thermique...), d'autres vont croitre rapidement (ex. énergies renouvelables...). A la fin, le cout est presque nul. Avec toutefois un détail: dans cette évaluation, on fait l'hypothèse que le changement climatique n'a aucun impact sur la croissance!

La moindre catastrophe climatique en France a un cout de l'ordre du milliard d'Euros.

Selon la phase cycle économique au cours de laquelle intervient une catastrophe, cela peut avoir des effets positifs ou négatifs sur la croissance (en notant qu'il peut aussi y avoir des morts).

Au delà d'un certain seuil de dommages, les catastrophes finissent par déstabiliser tellement le tissu économique qu'elles créent des crises économiques, quel que soit la période au cours de la quelle elle intervient.

Enfin, a-t-on vraiment à faire à un problème éonomique qui se résoudrait par une simple analyse cout/bénéfices?

On peut en douter, c'est ce que font Clark et al. dans cet article en examinant la question de l'élévation du niveau de la mer:
https://www.nature.com/articles/nclimate2923

Dans cet article, les auteurs évaluent le cout que représenterait une élévation de quelques mètres du niveau de la mer et qui inonderait de manière permanente des villes comme New-York, Londres, etc.

Consequences of twenty-first-century policy for multi-millennial climate and sea-level change - Nature Climate Change

Most of the policy debate surrounding the actions needed to mitigate and adapt to anthropogenic climate change has been framed by observations of the past 150 years as well as climate and sea-level projections for the twenty-first century. The focus on this 250-year window, however, obscures some of the most profound problems associated with climate change. Here, we argue that the twentieth and twenty-first centuries, a period during which the overwhelming majority of human-caused carbon emissions are likely to occur, need to be placed into a long-term context that includes the past 20 millennia, when the last Ice Age ended and human civilization developed, and the next ten millennia, over which time the projected impacts of anthropogenic climate change will grow and persist. This long-term perspective illustrates that policy decisions made in the next few years to decades will have profound impacts on global climate, ecosystems and human societies — not just for this century, but for the next ten millennia and beyond.

Nature

Cette inondation permanente n'interviendra pas tout de suite, mais plutôt dans un ou plusieurs siècles selon les émissions de gaz à effet de serre et la vitesse de fonte des calottes de glace.

Or, dans les analyses couts bénéfices, on actualise le cout - cela coute plus cher de dépenser un Euro aujourd'hui que de programmer de le dépenser dans un an. Et cela ne coute presque rien de le dépenser dans un siècle.

Si vous appliquez une approche couts/bénéfice au problème de l'élévation du niveau de la mer, vous arrivez donc à la conclusion qu'il est plus avantageux de ne rien faire et de constater dans quelques siècles que le niveau de la mer a monté d'une dizaines de mètres ou davantage.

Clark et al dans leur article se demandent qui peut bien croire qu'un tel raisonnement tient la route?

Peut-être Gilles, l'auditeur de France Inter qui est allé chercher nos collègues?

En résumé, ceux qui comme Gilles pensent qu'un aspect du problème du climat a échappé au GIEC n'ont aucune autre perspective que de se ridiculiser: cela fait des décennies que des milliers de chercheurs travaillent sur le sujet. Et tout ceci est résumé dans les rapports du GIEC.

Ces rapports sont une chance, utilisons les!

Bonne journée à tous.

@Goneri Sans doute un féru de Nordhaus pour lequel, 4 à 6°C de réchauffement, c'est juste quelques points de PIB en moins en 2100
@Goneri je n'avais jamais pris conscience du fait qu'actualiser les coûts dans un business plan suivait si fidèlement ce biais cognitif humain/animal du "risque du lendemain qui ne compte pas" face à l'immédiat qui est survalorisé
@xitobal pour le niveau de la mer qui a des conséquences qui s'aggravent pendant des centaines d années, je pense que c'est assez clair que les méthodes cout benefice posent des difficultés importantes et peuvent suggerer des decisions particulièrement inadaptees. Après pour des risques climatiques qui sont déjà à des niveaux modérés à fort (impacts sante vagues de chaleur...), je ne sais pas ce que cela donne.

@Goneri Déjà quand on commence en disant "Je suis astrophysicien et je connais **parfaitement** les lois de la physique" ... c'est qu'il y a un problème !

Désolé, tous les astrophysicien·ne·s ne sont pas comme ça.
Bravo @cassouman40 pour l'intervention !

@AlexSanterne @cassouman40 ah mais bien sûr ! Parmi les collègues les plus engagés sur les questions de climat et de biodiversité il y a des astrophysiciens !

@Goneri @cassouman40 En effet, nous sommes (par exemple) beaucoup à être activement impliqués dans @labos1point5 alors que notre communauté est l'une des plus émettrice de CO2 du monde académique (en 🇫🇷 au moins, mais sans doute aussi dans le monde - cf @jknodlseder et al.)

La raison de cet engagement est sans doute notre grand recul, notre compréhension profonde de l'unicité de la Terre ainsi qu'une assez bonne connaissance des causes et possibles conséquences d'un effet de serre extrême.

@Goneri @cassouman40 @labos1point5 @jknodlseder Mais malgré tout, nos labos ont encore des membres, comme Gilles, qui pensent qu'on ne devrait pas "mettre en péril notre confort de vie", surtout que "notre travail est ultra-important", tout ça alors que "la solution serait simplement de" ... (suivi d'une idée qui démontre leur méconnaissance du problème).

@AlexSanterne @Goneri

Ce qui néanmoins ne nous empêche pas de raser des montagnes au Chili (et ailleurs) pour les bétonner (avec des télescopes), ou de vouloir creuser des tunnels démesurés pour observer les ondes gravitationnelles. Certes, l'empreinte carbone des astro est faite (et elle n'est pas bonne), ils sont impliqués dans Labos1point5 et cie, mais tant que des réflexions drastiques sur la discipline n'auront pas eu lieu sur son avenir, c'est quedalle...

@AlexSanterne @Goneri C'est comme le doc d'introspection de la communauté cosmo-HEP : à part arrêter la viande dans les cantines et passer le CERN à l'énergie renouvelable, il n'y a rien...

Il faut un changement drastique de la société, et la recherche ne fait que des « petits gestes ». Certes, il faut commencer par quelque chose, mais pour pondre des projets de satellites, de télescopes, d'accélérateurs à +10-20 ans on sait faire... Par contre pour ne pas faire ça, on ne sait pas faire !

@Goneri La même france inter qui a eu le culot d'inviter Pascal Bruckner hier matin pour qu'il nous inflige sa misérable opinion sur la façon dont on doit parler du réchauffement et de ses conséquences ?
@undeuxtrois j'avoue que je n'avais pas vu. En lisant en diagonale le résumé, cela donne l'impression que Pascal Bruckner découvre péniblement le changement climatique et donne son opinion avant d'avoir pris le temps d'extraire un message clair de tous les sentiments confus que cette découverte suscite chez lui, mais je peux me tromper.